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Bienvenue

Aventuriers de la toile, vous avez échoué sur cette page. Désolée pour vous.

Vous pouvez être un lecteur, occasionnel ou fidèle, de mes récits et pérégrinations bloguesques. Peut-être qu’on se connait ?

Ou est-ce le hasard des clics qui vous a conduit jusqu’ici ? Auquel cas, je me présente :

Je suis médecin urgentiste. Personne n’est parfait. Et blogueuse. Je raconte des interventions, j’étale le flux des âneries qui me passent par la tête, etc.

Vous trouverez ici la liste des billets de ce blog, ici une liste des abréviations utilisées, ici un glossaire capillotracté, et une présentation des personnages récurrents.

Parfois je fais des photo-montages pour illustrer ma prose, comme ci-dessous. On compense comme on peut le fait de ne pas savoir écrire…

Voilà, en tous cas, ravie d’avoir reçu votre visite. N’hésitez pas à me faire part de vos suggestions / commenter les billets. Vous êtes surtout invités à rire, et si vous désirez me contacter, vous me trouverez sur Twitter @docadrenaline (ou Google+Facebook) ainsi que par mail docadrenalin@gmail.com .

Bonne promenade ! :-)

Publié dans Whatis ? | 8 Commentaires

Urticaire

Je suis furaxe. Et je sors de garde.

Ah je les vois déjà, les quelques-uns en train de préparer le popcorn à la lecture de cette simple introduction. Vous emballez pas, les gars, 1) Je n’ai pas attaqué le vin blanc ; 2) J’ai pas le temps ; 3) Ça fait tellement longtemps que j’ai les doigts muets du clavier que la maison ne saurait se porter garante de la qualité de la prose rageuse.

Il se trouve que ce matin, très tôt, j’ai en mode raaaaaaaaah lâché quelques tweets comme d’autres se font claquer les articulations en tirant sur leurs doigts pour passer leur hargne. En voici une rapide retranscription, pour ceux qui n’auraient pas d’addiction tweeteralle (ou ceux qu’auraient autre chose à faire que de suivre chacun de mes tweets) :

«Cher interne dans un service lambda… Une douleur thoracique typique et reconnue par le patient comme celle de l’infarctus, quand l’ECG montre un sus-décalage systématisé avec un miroir électrique, ça n’est pas "rien", et ton dosage de tropo on s’en tape. Bisous.» «P.S. Ne pas savoir, à bac + 7, est discutable … Mais ne pas demander sans délai à qqun susceptible de savoir (le 15 ?) : indéfendable. Kiss» «Et qu’on ne vienne pas me crier que je suis méchante, trop exigeante, vous comprenez ces pauvres choux mal encadrés …» «Quand le patient te dit que c’est comme l’infarct, il te le dit, non ? Suffit de l’écouter. À la base.» Puis quelques précisions en réponse à des réponses [faut suivre], et : «Leçon du jour : non le traitement de l’infarctus n’est pas le mépris, et le traitement de la douleur n’est pas le dosage de troponine.» «C’est con, je croyais pourtant que le métier de soignant impliquait de soigner les gens.» Enfin, à un tweetos (que je salue ! c’est pas contre toi, ce post, t’inquiètes !) me signalant que «Après, appeler le 15 depuis un service parce que "on ne sait pas" … Je ne sais pas dans quel hôpital tu seras bien reçu, hein.» j’ai répondu : «Un jour faut oublier la peur de prendre un soufflon parce que quand on est adulte on raisonne l’intérêt du patient. Point.»

Moi, énervée ? Nooooooon. En fait, jusque-là, ça allait. Le défouloir tweeteral faisait effet. Et puis un interne, s’improvisant avocat de la défense de son collègue que pourtant je n’ai pas nommément diffamé, et auquel je n’ai pas physiquement arraché les globes oculaires ni parlé puisque n’ayant pas eu de contact direct avec, a argué ça : «Lol c’est vrai que dire ou faire des conneries ça n’arrive jamais aux urgentistes ou smuristes.»

Et là, coite sur le plan moteur, ça s’est déchaîné dans ma tête pourtant post nuit blanche.

Le défenseur auto-inventé est probablement un type très bien avec lequel je partagerais bien des opinions, il n’a peut-être pas réfléchi, il sortait peut-être de garde lui aussi, voire venait de vivre une situation difficile pour un de ses patients avec un crétin d’urgentiste en face. Probablement. Mais n’empêche.

Le «lol» a sonné comme un WTF tu gaspilles 3 caractères dans un tweet limité à 140 dans ma tête. «Lol». «Laughing out loud». Sauf que ça ne me fait pas du tout rigoler.

L’hyper-résonance du non-argument employé après cet acronyme malvenu m’a fait passer au stade RAAAAAAAAAH.

Passons rapidement sur la véracité de l’idée «les urgentistes font aussi des conneries». Oui, bien sûr que les urgentistes nous faisons des conneries, et en prononçons. Des tonnes, même. Moi la première ! Est-ce un argument recevable ? À mon sens, non. C’est un des arguments les plus pourris qu’il m’ait été donné d’abhorrer.

Déjà parce que son émetteur semble confondre deux choses : erreur et faute. Loin de moi l’idée de disserter sur des notions juridiques en sortant de garde. Il faut lire ici ces mots dans leur sens «commun», celui qui ne nécessite pas d’avoir fait 15 années de droit pour être compris.

J’ai été outrée par une accumulation de fautes, avec une belle dose d’erreurs aussi, mais c’est vraiment le coté «fautif» de mon jeune confrère qui m’a abominée. L’erreur est humaine, comme dit proverbialement celui qui a la sagesse d’oublier qu’il aurait pu s’agir de son grand-père [pas celui pété de tunes et acariâtre, l'autre]. Ok, et donc les urgentistes ne commettent jamais de fautes ? Si. Dont moi.

Oui mais alors ?

Ben ça soulève une famille de lièvres qui font 250 kg/pièce.

Traduisons d’abord la situation en français.

Vous êtes interne (donc jeune médecin, mais médecin quand même) affecté dans un service hospitalier (mettons de la rhumato). Vous êtes appelé pour un patient qui a très mal. [Je fais volontairement cette phrase «nue» de plus de détail... ] Atrocement mal. Ce patient a pour antécédents le problème de genou pour lequel il est dans votre service, et une belle crise cardiaque (un infarct, quoi, roooh). Et il a mal, très mal …. dans la poitrine. Et vous dit «ça fait mal comme l’infarctus». Vous faites un électrocardiogramme (ou jetez un œil a celui fait spontanément par l’infirmière) sur lequel le tracé, très différent du tracé sans douleur d’il y a 1 semaine à l’entrée, est typique d’un infarctus massif. Quand je dis typique, considérez que c’est l’équivalent du raccourci intellectuel faisable entre «il y a des nuages, de fines gouttes d’eau en tombent, c’est mouillé sur le sol, on est en Bretagne [désolée, @UnDruide, c'est pour métaphoriser l'argument clinique de terrain] …» et «il pleut». Rappelons que vous avez à vos cotés un breton qui affirme qu’il pleut (le patient qui, déjà passé par cette douleur, dit que c’est identique à l’infarctus). Alors certes s’il faut commencer à donner du crédit à tout ce que disent les patients bretons, on a pas le cul sorti des ronces. Mais quand même.

Avant de faire pire, médicalement, humainement, éthiquement, que le jeune confrère incriminé dans mes tweets, va falloir vous accrocher. Pour vérifier que je n’étais pas dans un délire de spécialistes intolérants à la moindre expertise de confrères «normaux», j’ai soumis un résumé clinique à un panel représentatif de gens qui n’y pipent rien. À savoir mon mec (au réveil), ma gamine de 8 ans, et mon chat. Si si. Aucun des trois ne peut revendiquer le cursus médical qui vaut à n’importe quel toubib interne ou sénior le «respect» de ses décisions par l’infirmière qui a 30 ans de boutique, qui sait bien ce que ça évoque et que ça pue du cul du myocarde, et qui est sommée de fermer sa gueule et d’appliquer les prescriptions rédigées par le dieu-vivant de la médecine qu’elle a en face d’elle. [Cas non rare, mais ici heureusement pas cette notion].

Aux questions : «1) Tu en penses quoi ?», «2) Du coup tu fais quoi ?», & à la question bonus après exposition de 3 secondes chacun des ECG «de base» & «quand ça fait mal» du patient (sur un écran de smartphone) «3) et les 2 images, elles sont pareilles pour toi ?» ; les sujets interrogés ont répondu respectivement :

- 1 : «C’est un infarctus, non, ça craint, hein ?» / «Ben je sais pas mais c’est peut-être une grave problème du cœur !» / «Miaou».

- 2 : «J’appelle le SAMU, le cardio, le chef, ma maman ; je flippe ma race ; et on peut pas lui donner un doliprane ou quelque chose ?» / «Je fais le 15» / «Miaou».

- 3 : «Non» / «Non, sur cette image-là il y a des grands machins qui dépassent» / «Miaou».

Preuve s’il en fallait que mon chat est prêt pour passer sa thèse.

Voilà qui nous amène à la faute de compétence. J’ai une amie (qui se reconnaîtra et que ceux de mes lecteurs qui la connaissent reconnaîtront) qui ne supporte pas l’incompétence. Erratum, j’ai plusieurs amies dans ce cas. Dont une qui sera identifiée par certains sans aucun doute. Mon avis sur ce problème d’incompétence est plus modéré que le sien, en général. Et pour cause, j’aurais du mal à croiser le miroir si l’incompétence n’était pas, à mes yeux, permise dans une certaine mesure. J’estime qu’un médecin n’est pas censé être omniscient de la médecine. Mais penser «infarctus» quand le breton vous dit qu’il pleut, même un orthopédiste ou un expert comptable peuvent le faire. Du reste, il y pense, cet interne, à l’infarctus, puisqu’il fait doser une troponine (méthode consistant à placer dehors un pluviomètre afin de constater après plusieurs heures si oui ou merde il a plu). Malheureusement, au-delà d’être incapable de voir sur l’ECG le tracé livresque d’infarctus, il néglige le fait qu’un tracé se modifiant est par essence suspect, et surtout il ne traite pas. Traiter, dans l’infarctus, c’est faire en sorte que l’artère bouchée soit désobstruée en urgence absolue (notamment en confiant immédiatement le patient à un cardiologue dans un plateau technique adapté), refiler de l’aspirine, et saupoudrer de fines herbes thérapeutiques qu’il ne tue personne d’oublier. Donc donc donc …. Ne connait pas les signes cliniques et ECG typiques d’infarctus, ne fait rien pour traiter…. L’excuse de l’incomplétude de formation (il n’est qu’interne) ne vaut pas. Ça, c’est 0 à l’internat et retour en 6e année.

"Des grands machins qui dépassent". La vérité sort de la bouche des enfants.

Un jour où j’étais interne en pédia, je demande à un externe de me calculer une des seules posologies exigibles au concours qu’il doit passer 15 jours plus tard. Celle du … paracétamol. «Je sais pas». Étonnée, j’apprends de sa bouche par la suite que «T’façon, je m’en fous, je veux faire médecine générale». Crétin. Alors que je n’ai pas encore eu le temps de dégainer ma batte de baseball, il complète : «Je veux m’installer en zone rurale. J’ai pas besoin de bosser ces trucs relou, les gens dans ce trou paumé ils ont pas le choix, ils ont besoin d’un toubib». Saint-Antoine a cessé ses cachotteries et j’ai verbalement mis son crane dans un état tel qu’il n’était pas loin de pouvoir donner ses organes. [Rassurez-vous, c'est le seul petit connard à m'avoir sorti un argumentaire aussi terrifiant de tous ceux que j'ai pu croiser.] Tout ça pour dire que la faute de compétences, à des points pareils, ne me parait pouvoir être imputable qu’à une deuxième faute : celle de j’en-ai-rien-à-carrer-du-patient-isme.

J’en rapproche 2 autres fautes : la faute bloubiboulga et la faute tennis.

La faute bloubiboulga c’est celle qui consiste, quand on ne sait pas, à ne pas s’en rendre compte, et/ou à ne pas prendre les mesures supplétives à sa propre incompétence. Il l’a malheureusement su, cet interne, qu’il ne savait pas. C’est lisible dans les quelques mots qu’il a tracé dans le dossier, assortis d’un point d’interrogation. De même que l’hypothèse grave, il l’a émise. Mais il a douté. Trop une bille pour être sûr. Soit. Mais pourquoi pas l’appel à un ami ????? Excuse facile : la peur. De se faire engueuler par le sénior d’astreinte / le cardio / le SAMU / mon chat ; de ne pas savoir primo, voire secundo d’avoir appelé "pour rien". Et alors ???? Quel est le souci ? C’est plus grave quoi, un patient qui passe l’arme à gauche alors qu’il avait encore de beaux jours devant lui, ou se farcir un aîné acariâtre mais compétent ? Peut-on vraiment, quand on est professionnel, bac + 7, faire l’impasse sur le recours nécessaire à l’évaluation médicale fiable et ainsi la prise en charge d’un être humain, sous prétexte qu’on a la peur puérile que Maman gronde qu’on ait encore fait caca à la culotte d’avoir eu peur du loup ? Vraiment ? Comment la fierté, l’impossibilité de dire «oui oui» en fermant les écoutilles le temps de se prendre un savon par l’éventuel blaireau mécontent d’avoir été alerté pour des symptômes suspects, peut justifier l’idée de laisser crever le patient desdits symptômes suspects ? Vous vous imaginez, vous, expliquer à la famille d’un patient mort dans la douleur (en plus) prématurément, que «oui bien sûr je l’ai pensé que ça pouvait être grave, mais vous comprenez le chef la dernière fois il m’a traité de mauviette quand je l’ai fait lever en pleine nuit, alors oui j’ai 25 piges passées et je me targue d’avoir le droit de prescrire, mais là vous comprenez j’ai pas osé l’appeler». J’essaie, même en pleine nuit, de ne pas prendre de haut toute sollicitation d’interne / infirmière / aide-soignante / etc, qui affolé, m’appelle pour un patient qui de prime abord n’agonise pas. Cependant ça doit m’arriver, d’être odieuse. Mais je peux vous jurer que quand ils veulent, ils peuvent. Et ils l’obtiennent, la réassurance / le renfort / la réponse à leur question concernant tel signe clinique. Faut arrêter avec cet argument de «han mais ils ont peur» à toutes les sauces. J’ai été interne. Et externe. Dans la vraie vie. J’ai majoritairement eu des chefs qui aimaient dormir, caractériels de surcroît. J’étais peut-être pas pleutre, médicalement, allez savoir. Peut-être que je connaissais mieux mes limites ; m’enfin mes cours, ça m’étonnerait, pas jusqu’à tard. N’empêche que quand j’avais un patient qui m’inquiétait, mais bon sang, je les réveillais, les gars, pas de pitié ! Et en général je réveillais le réa de garde + mon chef, quitte à ce que ça soit par excès ! J’avais trop peur, moi aussi ! Peur pour le patient !!!! DONC : argument bidon. C’est pas du courage que de ne pas vouloir en être réduit à contempler les conséquences envisageables de son inaction, ou celles de l’absence de maîtrise de ses propres limites. La voilà, l’inexcusable faute de prudence.

Non et puis la faute humaine, merde. Il a mal. Mettons qu’on soit persuadé qu’il a mal parce qu’il est tombé et que c’est pas grave. Mais il a mal. Très mal. On le soulage, bordel de bordel !!! On a pas fait médecine pour regarder les patients gueuler de douleur, leur dire «je vous marque une prise de sang, hein !» et repartir se coucher pendant que le patient, non seulement se voit mourir, mais en chie de douleur. J’ai rédigé, dans ma jeunesse, des prescriptions d’analgésie aussi pathétiques que celles que je constate souvent dans les dossiers de mes cadets. Ouaip c’est sûr qu’un demi-doliprane pour une fracture ouverte, c’est léger. Ça fait sourire. Voire râler. Mais dans l’intentionnalité, ça n’a aucune commune mesure avec le fait de ne prendre AUCUNE mesure thérapeutique (ni médicamenteuse, ni non médicamenteuse) visant à réduire la douleur pourtant décrite comme intense par le patient. Et je rappelle ici, pour les quelques internes qui me liraient, qu’en dehors des douleurs neurogènes ou de douleurs complexes carcinologiques (et encore …), il n’y a pas de douleur aiguë qui ne puisse pas être soulagée, ne serait-ce qu’en très grande partie, par des moyens thérapeutiques usuels. [À l'époque @nfkb & bibi avions commenté en ce sens un article joli mais naïf et par conséquent dramatique, comme j'aurais pu l'écrire quand j'étais jeune interne, sur le blog d'un interne. Je constate en voulant insérer le lien que les commentaires ont été supprimés.] Il n’y a que des gens qui ne savent pas prescrire les antalgiques, faute d’une formation adéquate ; et des situations qui n’aident pas (balancer 15 mg de morphine IVD sans possibilité de surveillance infirmière, d’oxymétrie de pouls, d’antagonisation éventuelle et d’oxygénothérapie, chez un patient qui n’en prend jamais, c’est pas couillu c’est pire… pourtant avec ces précautions on le ferait bien plus volontiers). Sous-traiter la douleur, c’est dommage, et certains vous diront que c’est gravissime. Je me réserve ce mot pour désigner l’attitude consistant à ne pas prendre en charge DU TOUT la douleur. Nada. Que dalle. Même pas un suppo de doliprane pour bébé à un mec de 85 kg ni une compresse d’eau fraîche à appliquer sur la peau. C’est pas juste médicalement nullissime. C’est inhumain. Et si on sait pas prescrire un antalgique ? Ben on demande à ceux qui savent. Même à 3h du mat.

En plus de faute humaine n°1 qui est celle sus-citée d’omettre que notre premier rôle de médecins c’est de soulager nos patients, on a ex-æquo en termes de zéro absolu de la conscience éthique : la faute d’écoute. Du patient. [D'où le «faute tennis» : double faute. Je sors de garde. Me cherchez pas sur les jeux de mots.] Ça va avec. Ne pas le soulager ni le tenter, c’est une manière de lui montrer de façon désinvolte qu’on a même pas entendu sa plainte douloureuse. On a entendu «thoracique» alors genre on a une réflexion diagnostique autour de l’ECG, tracasserie intellectualo-médicale culminant en dessous de rien, n’aboutissant d’ailleurs à aucune décision thérapeutique autre que l’attentisme involontairement équivalent à «ça passe ou ça casse» ; mais faut clairement ne pas avoir entendu «douleur» pour ne pas, ne serait-ce qu’empathiquement, être tenté de la soulager ; et n’avoir absolument pas écouté pour ainsi y avoir été sourd. Si à l’écran de mon ordi s’affiche, à 3h du mat, un message d’erreur alarmiste chelou, et que je suis trop dans le pâté pour prendre en considération, et bien après tout je m’en branle ! Ça n’est qu’un ordi ! Je vais me pieuter sans même en lire le détail et le lendemain je demande à mon frère ! M’enfin un être humain, qui dit avec tous les trémolos de la confiance qu’il accorde à votre port de la blouse blanche, «Docteur j’ai très mal» (peu importe ici où et comment ni pourquoi, à la limite) (oui les patients, d’autant plus qu’ils sont dans une détresse vitale / douloureuse intense / psychique aiguë / etc, vous affublent de «Docteur» alors même qu’ils vous connaissent comme étant l’étudiant de 2e année de médecine et sont neurologiquement parfaits, à 3h du mat), quand le type [et si je veux je rajoute encore 12 parenthèses dans la phrase, me cherchez pas, j'ai pas dormi] (je dis «le type» parce qu’au-delà de sa qualité de «patient» et de la votre de toubib, c’est un humain et vous aussi, bordel) vous sort ça, n’est-il pas pour le moins curieux d’y réagir en un «on va vous faire une prise de sang, allez, bonne nuit» et de se casser ? Le 2e effet kiss-pas-cool de cette surdité brutale à ce que dit le patient, c’est que ce patient, il l’a donné, le diagnostic. D’emblée. «Ça fait mal comme l’infarctus». Ce qui même si ECG normal justifie d’instaurer un traitement antalgique et à visée tu-vas-pas-faire-ta-maligne-la-coronaire-je-te-vois et de mettre en oeuvre une prise en charge adéquate.

Il m’arrive d’être bigleuse devant un tracé ECG. D’être sourde à une plainte d’un patient. D’être idiote dans mon raisonnement. Souvent. Parfois les 3 à la fois. Il m’arrive d’être conne par pêché d’épuisement. Il m’arrive d’être imprudente. Si vous saviez, chers tous potentiels appelleurs du 15 un jour où je taffe, tout le potentiel de merdoiement que je sais déployer à l’occasion… Mes pauvres, ne croyez pas vous en sortir en évitant soigneusement mes jours postés et mon département ! Les autres aussi, ils chient dans la colle, souvent. [Sauf toi à qui je pense. Et toi, et toi, aussi.] Grosso merdo vous encourrez statistiquement un risque de tomber au mauvais moment avec n’importe lequel d’entre nous. Plus ou moins sévèrement. Pour autant, je crois qu’il est sain, pour ceux qui ne sont pas situés dans une de ces horreurs spatiotemporelles là, aux mêmes moments, de s’indigner pour le patient. Parce que s’indigner ça n’arrive que quand le sort du patient vous tient à cœur, d’une part. Parce que s’indigner c’est prendre soi-même un claque de la connerie des autres, mécanisme qui permet d’apprendre comme par vaccination et rappels éventuels les différents écueils dans lesquels il est périlleux de choir ; pas seulement à partir de ses propres âneries mais celles des confrères, multipliant ainsi les tapes préventives dans nos têtes à chacun. Donnant du grain à moudre intellectuel, l’indignation génère la prévention de récidives, pour sa propre pratique et pour celle de nos collègues, de concordance de fautes & d’erreurs par l’application mentales voire institutionnelles de mesures permettant de les éviter. En ne critiquant jamais rien, fus-ce au prétexte que la perfection n’est pas de ce monde, je doute que la seule augmentation de l’entropie dans le système soit à l’origine d’améliorations … Et ce quel que soit le référentiel. J’ai pas hurlé sur cet interne. J’avais autre chose à faire, de bien plus vital et urgent. Fort est à parier que ça ne soit pas un mauvais bougre jusqu’au bout des doigts ; simplement un jeune toubib un peu grisé par ses nouvelles prérogatives, malheureusement trop surmené pour avoir connecté le neurone droit et le neurone gauche, voire aussi formé de façon insuffisante (la faute à qui ?) ; qui lorsqu’il apprendra les conséquences de ses actes (et non actes) s’en morfondra sincèrement. Ou bien c’est un ptit con sous la forme pure. Y’en a. Peu, mais y’en a. Cf celui qui considère que rien ne pouvant contrarier son projet professionnel, il n’est pas nécessaire qu’il sache, de mémoire, dire à la mère d’un gosse de 10 kg fébrile qu’elle peut lui administrer un suppo de 150 mg de paracétamol, ni même avoir l’idée de l’option-B-en-cas-d’oubli-de-poso : «donnez lui en pipette jusqu’au trait "10 kg"». Tellement c’est un petit con. Je l’ignore. Je sais juste que j’ai vu autour de moi des petits cons devenir de bons toubibs, malheureusement parce qu’ils ont pris des claques, soit réalisant leurs propres erreurs, soit se les faisant insuffler dans les bronches si fort que ça les en a marqué, soit percutant vertigineusement que tel drame arrivé à tel patient de co-interne/externe/chef aurait pu advenir à un de leurs patients tant ils avaient commis les mêmes fautes que narrées dans le drame. Honnêtement le seul intérêt que j’avais à tweeter ces quelques lignes ce matin, hormis l’exutoire que je peux trouver ailleurs, c’était cette pichenette-là, à la manière de «Hey, les jeunes, faites gaffe. Ça craint.» Oui, il y a une sorte d’impériosité à vouloir répandre maladroitement un «Plus jamais ça», anonyme, dans ces tweets comme ce post, auprès de la modeste audience que je peux recueillir. La fatigue aidant à croire qu’ils pourraient par magie participer à changer l’évolution naturelle d’un p’tit con d’interne (/externe) ou deux, déviant leur train évolutif du terminus «vieux con de toubib».

Parce qu’un vieux con, c’est un p’tit con qui a vieilli sans entrave, et c’est vachement plus dangereux qu’un petit con. Mon avis. La bonification tardive, mythe ou réalité ? On en parle ? ;-)

«Lol c’est vrai que dire ou faire des conneries ça n’arrive jamais aux urgentistes ou smuristes» = non argument absolu. Sans rancune pour son auteur.

[Mes propos sont excessifs, catégoriques, péremptoires, pleins de préjugés : oui, je sais. Merci. <3. Le jour où ils ne le seront plus, mettez-moi dans un scanner fissa. Et sinon, pour la psychanalyse : je peux pas, c'est trop ruineux. Alors je blogue crevée, dénuée de recul et de retenue réflexive.]

Publié dans Coups de gueule | 18 Commentaires

Verveine

À l’instar de Verveine fondant sur sa proie, il arrive que l’homme se jette précipitamment sur sa pitance. [Verveine est le prénom qu'à trouvé ma gosse pour désigner notre nouvel animal domestique]. Cependant, contrairement à la sauterelle, le steak se rebelle parfois. [Oui, Verveine est une mante (religieuse soi-disant). Le jeu de mots est copyright ma gamine, preuve de la lourde hérédité jeu-de-mots-esque qu'elle porte aux tréfonds de son ADN. Oui nous avons une mante, tout comme j'en avais une quand j'étais petite, et l'enfant la nourrit de sauterelles qu'elle saisit vivantes avec un art certain, lâchant ces dernières dans la boite transparente servant de domicile à Verveine. Ceci nous permet d'assister à la chasse de la bestiole, ressemblant à celle d'un chat. Je propose aux gnagnagna qui nous qualifieraient de sadiques de songer aux conditions dans lesquelles est élevé le bétail dont ils mangent les bébés. Et toc. Une mante qui dévore une sauterelle, c'est la nature, et par conséquent, c'est choupinou.]

Bref.

J’ai un collègue qui définit la régulation comme l’art de savoir envoyer un SMUR quand cela n’est pas nécessaire et de ne pas en envoyer un lorsque la situation le requiert ; je lui dédicace ce post (ce qui lui fait une belle jambe étant donné qu’il ignore ma bloguesque identité secrète) : c’est lui qui ce soir là, nous déclencha.

Sur l’informatique embarquée y’avait juste écrit «agité, tout rouge». Si bien que j’ai cru à une daube. En vérité c’était bien de la viande, mais du bœuf. Comme quoi se faire couper les roubignoles peut agacer l’animal.

Ça roulait vachement bien, pour aller à Bledouilli-Près-Des-Sempiternels-Bouchons. Vous vous en carrez peut-être, mais un jour je fusillerai votre moral en vous narrant comment les sempiternels bouchons proches de Bledouilli peuvent participer à bousiller la vie d’une famille entière. Ça roulait tellement anormalement bien qu’on se l’est dit, avec l’ambulancier du SMUR, avant d’arriver sur place. Nous sommes entrés dans la résidence dont le portail était ouvert, nous sommes garés, les pompiers juste derrière nous faisant de même.

Nous l’avons vu. Je me suis tournée, j’ai gueulé un truc (genre «l’O2 ! L’ambu ! Le sac !») aux pompiers & à mon équipage SMUR, et j’ai couru. Oui, vous avez bien lu, j’ai couru. Alors même que ma religion me l’interdit. Ouais ben là, j’ai fait une exception.

De loin on le voyait gris, mais en fait il était bleu. Il était debout, dans le jardin de la résidence, se tenait à une rambarde, et il était moche comme un type qui va crever. Et qui le sait, de surcroît.

J’ai foncé derrière lui et j’ai tenté de lui faire une Heimlich. Échec. J’ai d’ailleurs appris par la suite qu’il avait tenté de s’en faire lui-même, sans plus de succès, la preuve. Mon infirmier, arrivé à une vitesse assez fulgurante pour son gabarit [1) j'ai d'autant plus de plaisir à écrire «mon» infirmier que je sais que ça agace ceux qui n'ont pas fini de s'étouffer à l'idée que je nourrisse une mante, et qui n'ont toujours pas compris que mes co-équipiers me désignent comme «leur» docteur d'une part, et que d'autre part je dis «mon» et pi c'est tout. 2) A rapprocher de l'étonnante vélocité de Violette Retancourt, lieutenant ascendant armoire à glace chez Vargas]. Retanlong (on a qu’à l’appeler comme ça) a laissé choir le sac SMUR et a tenté la manœuvre à son tour. Trois fois.

«C’est plus la peine» ai-je dit en tenant l’homme qui était en train de s’affaisser. Arrêt hypoxique.

Quand j’ai relevé la tête après avoir fini d’accompagner la chute de l’homme (arrêt hypoxique + trauma crânien, ça le faisait pas), un des pompiers était arrivé. Les autres couraient encore avec le matos à quelques mètres de nous. Je l’ai saisi et l’ai collé au massage. Cela fait, j’ai ouvert le sac, saisi la poche intubation, et en l’ouvrant j’ai senti l’ombre du reste des troupes. Mon ambulancier m’a proposé de préparer (l’intubation), voyant que j’avais pécho la poche. Ne lui laissant pas finir sa phrase, j’ai décliné, «j’me débrouille», lui demandant plutôt de brancher l’oxygène sur l’ambu. Avec une douceur dans la voix de type «l’ambuuuuuuuuuuuuuuu !!!!! Branchez l’O2 sur l’ambuuuuuuuuuuu !!!!!» x 90 décibels. Tout en délivrant quelques autres directives, dont celle de positionner à ma portée une aspiration fonctionnelle.

Le pompier qui massait depuis 15 secondes a eu l’air de s’inquiéter de si oui ou non je voulais qu’il interrompe le massage, pendant que maintenant placée à la tête du patient, j’en ouvrais le gosier. «Pas la peine. Continue le massage. J’te dirai».

J’ai armé le laryngo, l’ai introduit dans le bec du monsieur, tracté pour voir sa glotte, et de la pince qui patientait dans ma main droite, j’ai saisi le large morceau de steak qui obturait complètement la trachée. Saleté de bœuf.

J’ai chopé l’ambu blindé d’oxygène qui était à ma droite, calant bien le masque sur le visage de l’homme, et demandé au pompier d’arrêter de masser. 5 insufflations. C’est pas, c’est plus les recommandations, et je m’en tape comme du profond problème posé par l’emploi du possessif pour désigner des co-équipiers. «On reprend le massage». Avec un nouveau pompier, arh la machine bien huilée du massage cardiaque avec relais à chaque interruption programmée, ça m’émeut. [Non j'plaisante. Ça ne m'émeut pas, c'est juste que c'est beau, quand ça roule parfaitement comme cela.] [Quand les pompiers sont bien gaulés, c'est là que ça m'émeut.]

La vision de mon pauvre externe qui se débattait avec les câbles de son scope m’a fait sourire. Tellement je m’en cognais, du scope. J’ai fait interrompre le massage au bout de 30 secondes [fuck les recommandations] pour ventiler à nouveau une paire de fois. Et de faire reprendre le massage. 5 secondes. [adieu les recommandations]

Il a bougé. J’ai fait arrêter le massage encore, insufflant encore un peu d’oxygène pur, profitant qu’en tenant l’ambu plaqué sur son visage je pouvais checker son pouls du bout de mes longs doigts graciles [j'aurais bien brodé sur mes longues jambes galbées mais l'intégration de ce détail anatomique ne trouvait aucune crédibilité dans ce récit]. Un bon pouls bien frappé. Et une ventilation spontanée en prime.

«Monsieur, monsieur !!!!!» toutes les 10 secondes en continuant de le ventiler, ou plutôt en servant généreusement en oxygène ses propres mouvements ventilatoires. Jusqu’à ce qu’il ouvre les yeux. Je lui ai collé un masque haute concentration en veillant à ce qu’il persiste à remonter la pente vers nous. Il émergeait peu à peu. Je l’ai fait mettre en PLS, songeant qu’il serait judicieux qu’il ne gerbe pas dans ses voies aériennes le peu de steak qu’il avait su orienter judicieusement vers son estomac.

J’ai confié à l’externe le recueil de paramètres vitaux chiffrés, et à Retanlong la stimulation et la surveillance du patient. J’ai rejoint un des pompiers vers l’appartement du monsieur, qui donnait sur le jardin, tout en composant le 15.

Une identité. Si j’avais une identité à refiler à la régul, ça serait pas mal. Pendant que le pompier mettait la main sur un portefeuille, je me retenais de prendre en photo ma découverte. Une assiette. Avec un steak bien cuit dedans. Coupé en 3. Initialement, en 4, mais le quart manquant était désormais au bout de ma pince, dehors. Un steak de 25 cm sur 15 cm, en 4. Voilà voilà voila.

«Mais il est conscient maintenant ?» m’interrogea, incrédule, la voix de ma régulatrice, qui semblait douter qu’un arrêt hypoxique sur fausse route [NDLR = sans AUCUNE réserve en oxygène, donc, soit bien plus mal barré que l'arrêt sur fibrillation qui aurait moyen d'être défibrillé immédiatement] puisse être parfaitement conscient et non pas comateux au décours de l’extraction d’un quart de steak de son gosier ; tandis que je lui rapportais les détails de ce qui était allé plus vite que la musique, une des plus brèves réanimations de ma jeune vie de smuriste éleveuse de mantes.

Le doute consœurternel fut levé à l’instant où elle ouït la voix du patient qui récitait sa propre date de naissance.  Ce qui n’aurait probablement pas été possible si les sempiternels bouchons avaient gêné notre passage pour atteindre Bledouilli, ou si le collègue nous ayant déclenché avait hésité à le faire devant les hurlements des voisins. Alors que pourtant, les hurlements de voisins, c’est pas forcément synonyme de SMUR. Sinon 1) faudrait 15 fois plus d’équipes par département ; 2) y’aurait une VL H24 campée en face de chez moi.

Enfin tout ça pour dire que le steak, c’est comme le lapin, c’est profondément méchant. Et que si les grands prédateurs se jettent sur leurs proies, il s’agit de la chasse et non de la déglutition. Chose que l’homme moderne, dont le repas n’est plus apte à prendre la fuite mais peut malgré tout se rebeller, a tendance à oublier. Le fond de la bouche est en effet, avec l’autoroute, un des endroits où le contresens est souvent fatal. Spapourien qu’on appelle ça le «carrefour» aérodigestif.

Plouf plouf.

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Clamation

On se côtoie, sans se parler, habituellement.

Dans le boulot, on se connait, muettement.

Nous avons su nous respecter mutuellement ;

souvent nous battre, nous affronter, frontalement.

Il m’est arrivé de rager, voire de pester,

d’échouer face à vous, (à toi ?), après ces combats,

estimant que vous manquiez, parfois, de fair-play,

exagériez dans la rudesse des circonstances.

De bonne guerre, je vous en ai arraché,

du bout des doigts, souvent, c’est vrai, du rab de vie.

Je viens ce matin avec une requête.

Quelques heures suffiraient à alléger ma peine.

Il s’agit en effet, d’épargner mon grand-père,

de patienter la journée avant de l’emporter,

à minuit en effet le cap sera passé,

la date, ce symbole, sur le calendrier,

n’ayant plus, le 26, cette saveur si amère.

Ma maman, aujourd’hui, fête son anniversaire.

Son travail la conduit à le passer très loin.

Cela semble désuet, mais je serais très triste,

que la même journée, elle perde ainsi son père.

Je ne me battrai pas, je vous laisserai faire,

je n’userai d’aucune de mes ficelles de pro,

ma volonté première est qu’il s’éteigne serein,

confortable, entouré, sans souffrance, sans heurts.

Je vous demande juste d’avoir la politesse

de remettre à demain la mort de mon grand-père,

qu’il demeure un peu plus pendant ces courtes heures

dans ce que ses enfants appellent un doux sommeil

et que dans mon jargon on nomme un coma calme.

Merci.

[Et si j'me suis fait suer, en sortant de ma garde,

à vous écrire en vers, m'arrachant le neurone,

veuillez considérer, madame la faucheuse,

qu'c'est une humble manière d'y mettre un peu les formes,

et y lire ainsi qu'ça me tient beaucoup à cœur. ]

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1808

«Mais vous, au départ, c’est pas trop votre truc, non ?» dit l’agent immobilier à l’Homme.

«Euh, ben j’étais pour l’idée de mettre les pieds dans un truc déjà tout prêt, neuf en fait, mais booooon, vous savez, je suis [NDLR : du verbe suivre]» répondit l’Homme.

Et l’Homme fut gratifié d’un gros bisou par sa greluche d’urgentiste qui tenait un sourire jusqu’aux oreilles tandis que son regard brillait quasiment autant que quand elle part sur un truc bien chaud, genre un carnage par arme à feu avec plusieurs passoires victimes.

Elle est tracée sur les plans cadastraux napoléoniens datés de 1808, avant quoi on ne sait pas, faute de gars obligé de se farcir le recensement et le dessin de tous les chemins & habitats du coin. Et le mec qui s’imaginait ramener ses valises dans du neuf a cosigné un compromis de vente, la preuve s’il en fallait une que je suis une déesse absolue au pieu son amour est sans faille.

Alors certes je pourrais vous parler d’un arrêt récupéré. Certes. D’autant que je vous écrit avec une alcoolémie non négligeable (disons que depuis le champagne d’il y a 3 jours, j’ai pas l’impression d’avoir eu le temps de décuver, spamafaute c’est bientôt mon anniversaire). J’ai même eu des velléités de vous parler d’une question de fond, celle de la communication avec les familles (celles dites «difficiles» par ceux qui prennent pas la peine de leur adresser la parole et s’étonnent que ça grince ensuite), mais ça c’était vendredi, et vendredi je conduisais.

Hier, y’a la gamine qui nous a coupé le souffle à table, alors qu’on parlait innocemment Histoire (avec une historienne, bisous au passage), nous sortant un «Je sais pas pourquoi je peux dérouler des pensées mathématiques dans ma tête» (han han, j’ai comme une idée….).

1808… Tant de calculs mathématiques…. 1808…

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Des news de Dallas

Après une période initiale de manque, mon fan-club serait, selon mes sources, en train de creuser gentiment l’ulcère. So. Telle une adolescente partie avec 3 de ses congénères loin de tout moyen de communication (à part le téléphone, internet, la bonne vieille carte postale, voire le pigeon voyageur) [ceci est à peine un message subliminal à destination d'Ado-Rée], je n’ai pas donné signe de vie depuis des lustres. Rassurez-vous, je vais bien.

C’est juste que j’ai le cœur ailleurs. [Grosso modo dans le thorax]

J’ai une grande nouvelle.

Non, je ne suis pas allée (enfin) chez le dentiste. Non, je n’ai toujours pas de carte professionnelle (pourquoi faire ?). Et non, je ne suis pas enceinte.

Nous sommes tombés amoureux, l’homme, les gamines, & moi, d’une maison. Compromis de vente dans quelques jours. Puis une petite année de travaux.

C’est une grande et belle maison ancienne. Si ancienne que même les plus âgés de mes patients ne pourraient pas rivaliser (c’est dire). Si ancienne qu’on a pas le gluteus sorti du rubus fruticosus. Mais voilà, c’est décidé, nous l’aimons.

Je vous serai donc gré de me désigner dorénavant par un titre autrement plus honorifique que «Docteur», étant donné ma future vie de châtelaine. Enfin surtout si vous comptez être invités à la crémaillère (mi 2015).

Puisqu’on en est à parler titres honorifiques, big up à mon prof de fac scientifique d’une discipline universitaire de grands tarés de chéri qui a été promu 1ère classe.

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Sweet home

Il y a eu trop de bazar. Assez pour que la soupape du jardinage soit dépassée, que j’en pète, que je me sente trop à l’étroit et pas libre de faire ce que bon me semblait. Alors j’ai demandé à Mr Rrrrrr. (il les roule suffisamment pour qu’on en mette plusieurs), proprio de mon chez-moi-chez-lui-en-fait, si il serait disposé à vendre. Rrrrr-junior, qui s’occupe des affaires courantes, m’avait jadis avertie que le père voudrait jamais. Néanmoins, grâce à mon sourire ravageur et à mes aimables (bien que je doute qu’il se souvienne de ma gueule) relations avec le meilleur gériatre de la région auquel je l’ai un jour adressé, v’là ti pas que Rrrrrr-sénior acquiesce, à la condition que Junior s’aligne. Se retranchant derrière de politico-fiscalo-boursicotofinancières tendances actuelles défavorables (ça dépend pour qui) auxquelles je ne puis rien malgré mon usage systématique du droit de vote, Junior me fit un couplet m’exposant en quoi c’était pas le moment et que donc niet. Non sans avoir lorgné mes seins, ou mes cuisses, ou peut-importe quoi du moment qu’il ne m’avouait pas les yeux dans les yeux que Papy-Rrrrrr avait bon dos.

Donc. Renonçant à mon vœu de vivre comme un patachon éternellement, j’ai décidé d’acheter une maison. Ça me fait encore mal entre les ischions, conceptuellement.

Et là, c’est le début des compromis (même pas de vente), or comme le dit la maxime familiale : «Concessions, pièges à cons». [C'est de cette éducation que découlent mes talents diplomatiques si délicats de bazooka croisé avec un pitbull de Komodo, y'a pas d'secrets.]

J’ai voulu acheter la maison située à R. Grande, immense jardin, dépendances, véranda mignonne, etc. Pas trop loin du boulot de Mr ni du mien (comme de par hasard d’un coté et son opposé de la BigCity locale, sinon c’est pas drôle). Prix : quasiment que dalle. Me souvenant que l’homme refusait de vivre «chez moi» et que cela impliquait qu’il participe à l’achat, je lui ai donc demandé son avis. Défavorable. Shit.

Ensuite nous avons commencé à visiter des maisons. Juste assez pour m’apercevoir que les annonces immobilières fourmillent de spécificités langagières qu’il convient de décortiquer. Exemples :

- «Proche TelBled» = à 15 km de virages au bas mot.

- «20 minutes de BigCityCentre» = même en hélico, on met pas moins de 30 min, et encore juste pour en atteindre la périphérie la plus proche.

- «Jardin intime» = 2m² d’herbe.

- «Gros potentiel» = tout pourri dedans.

- «Évolutif/ve» = tout pourri aussi, en gros t’en a pour 4 fois le prix de la baraque de tout refaire.

- «Dans un quartier calme et résidentiel» = dans un putain de lotissement. Je HAIS les lotissements.

- «Maison d’architecte» = dessinée spécialement par le gamin de l’archi, âgé de 5 ans 1/2, manifestement déjà gros consommateur de ganja voire d’acides.

- «Maison de village» = tu peux te brosser pour avoir un jardin.

- «Vue sur <insérez ici le panorama le plus enviable de votre région>» = Au bout du monde, et si t’as le même dealer que le gamin de l’archi, il n’est pas exclu que par temps clair tu puisses dire dans quelle direction se trouve le panorama enviable régional.

- «Atypique» [NB : dans une annonce de professionnel, j'ai authentiquement trouvé ce mot écrit «ATHIPIQUE». Si si.] = Honnêtement, ça ressemble à rien.

- «Commerces à proximité» = Soit direct sur le parking de l’hypermarché, soit au contraire à quelques encablures … en hélico.

Et puis nous avons trouvé celle qui a fait l’unanimité. Et puis elle n’a plus fait l’unanimité dès lors que ma banque a dit «ok» les yeux fermés et la langue sur les babines (mioum les bons clients), et l’homme a commencé à rêver trouver mieux.

C’est quoi mieux ? Pour concilier nos critères, c’est chaud. C’est de l’ancien rénové parfaitement, avec une cuisine équipée ouverte sur le séjour immense, avec une cheminée, de vaaaaaastes chambres, facile à chauffer, de belles salles d’eau/de bain, avec un jardin immense, une piscine, des arbres, du calme, hors lotissement, à coté de son boulot [et moi, je peux crever la bouche ouverte quand bien même il me reste vachement plus de temps avant la retraite et que je paye les 2/3 du crédit], accessible en transports en communs, avec tout un cursus scolaire de qualité à portée.

Pour pas cher.

On en a trouvé 1. Qui soit parfaite. Sauf que la route qui la longe, bien que cachée par assez d’arbres pour se baigner à oualpé tranquillou, est bruyante. Groumpf. J’ai trouvé la parade avec un mur anti-bruit. L’homme a trouvé la parade en prétextant que le chemin de randonnée qui passe devant la maison, traverse ensuite la propriété voisine et que donc il ne peut pas aller courir.

On en a trouvé une autre, qui n’était pas ancienne, mais très sympa quand même. Qui lui plaisait. Elle nous est passée sous le nez le temps qu’il tergiverse.

J’en suis au stade où j’hésite à lui faire signer un compromis sous propofol.

Sinon, reste l’option d’acheter une des splendides demeures qui ont le seul défaut d’être à Perpette-Les-Oies. Faut que je demande au taf si ils veulent pas me prêter un hélico avec un forfait kérosène-pilote payable en sourires ravageurs.

Parce que là, j’en pète. Je veux déménager maintenant. Vraiment.

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Juin

En mai fais ce qu’il te plait … Tu parles. Arnaque. Alors, est-ce qu’en juin, blogue à propos de rien ? Ma foi, oui.

Juin.

Ce terrible mois où y’a déjà du soleil mais encore du peuple sur la route le matin. Cette période ingrate où j’ai quasiment plus de séries à regarder bordayl, déjà que la semaine dernière nous avons été plusieurs millions à regretter qu’HBO, pour ne pas la citer, nous prive de notre épisode à 10 millions de dollars pour cause de jour férié étasunien. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi c’est un cruel rappel de la décadence de ce monde.

À part ça … Les lys sont en fleur. Et c’est beau.

J’ai trouvé une maison. Enfin je crois. Elle plait à l’homme. Et aux gamines, m’enfin les gamines, tout comme le chat, je n’espère pas qu’elles participeront à financer son achat. Alors je vais aller voir mon banquier. Cette semaine.

Juin.

Se ravive une terrible ambivalence. J’aimerais être tout de suite en train d’emménager dans la baraque en question. Y être chez moi, demain. Et ça me saoule incoerciblement de rentrer dans le moule en devenant une bonne fille rangée qui achète une maison. Moi la locataire surtout pas mariée. Quant à l’idée qu’en fait, tout ça, c’est grandir … Ça me hérisse.

Juin.

La fatigue. Ça doit être la fatigue. J’ai dans la tête, souvent, d’amères pensées que je galère à chasser. Et de plus en plus de mal à trouver ma place ici-bas. Ils ont l’air de savoir qui ils sont, où ils sont, ce qu’ils veulent, et où ils vont, tout ces gens qui caracolent autour. C’est un peu étourdissant. Incompréhensible.

Juin.

Des fois, j’ai le sentiment d’être perdue et pas confortable. Alors, j’attends le soleil.

En juin, ça sera bien. J’espère.

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Oural

D’un appel à l’autre, un monde. C’est si particulier.

Des passages calmes, où l’on profite pour plaisanter avec le permanencier dont le visage s’éclaire derrière son ordi ; des vagues de rush s’assimilant à de véritables tsunami téléphoniques.

La dame qui veut un conseil pour son fils, 12 ans, asthmatique notoire, à laquelle il faudra tirer les fils du nez à travers le combiné pour en déduire qu’il s’agit bien là d’une crise grave.

Les proches qui ont mis la main sur la lettre laissée par celui qui va nous faire déployer de grands moyens afin de le localiser, comateux, l’estomac plein de somnifères.

Le clash avec ce pompier qui a décidé unilatéralement que le patient pouvait rester chez lui, s’offusquant qu’on attende de lui un vrai bilan, ah-bah-non-c’est-pas-possible-on-est-déjà-rentrés-à-la-caserne-et-non-les-constantes-on-les-a-pas-prises.

La magie de la compréhension, à demi-mots, de celui de la caserne d’à coté, qui vient d’arriver sur les lieux d’un accident. «Je t’envoie une équipe», et son approbation, audible.

Le fou rire retenu, en prenant le bilan d’une ambulancière, qui maintient que si, si, la patiente a pour antécédent une ablation de la prostate. Mais oui mais oui.

Le sms au smuriste qui roule vers ce chantier au beau milieu duquel un homme s’est écroulé, victime d’un arrêt cardiorespiratoire. «Pas de no-flow. DSA posé. 1 CEE» [Traduction : massage cardiaque débuté d'emblée, défibrillateur semi-automatique mis en place, 1 choc électrique externe délivré] [Traduction de la traduction : homme jeune, fibrille, bon pronostic, FAUT SE BATTRE LES GARS]. L’oreille tendue vers le permanencier qui depuis 4 minutes, guide les collègues du patient dans la réalisation des gestes qui lui sauveront la vie.

L’âpre négociation, pressée par le temps du fait des appels en attente qui s’empilent, avec le médecin de garde qui théoriquement ne fait pas de visites, oui mais là, elle a 96 ans, ses symptômes rentrent pile-poil dans la case qui justifie un avis médical mais vis-à-vis desquels on aimerait lui épargner 35 bornes en ambulance et la nuit aux Urgences en prime.

L’énième régulation d’une douleur thoracique mi-figue mi-pas-figue. Pas celle où l’outre-tombesque voix du patient vous fait éluder toutes les questions puisque de toute façon, lui, on lui envoie une équipe, d’emblée, avec la peur au bide qu’il fibrille avant leur arrivée. Ni l’anxieux de 18 ans dont la douleur intercostale est déjà cadrée par son médecin traitant mais récidive… Et pour cause, il n’a pas pris ses antalgiques. Non. Celle où je me félicite autant que je m’auto-irrite de poser toujours les mêmes questions, quasiment toujours de la même façon, avec ma manière de transformer une question fermée en question faussement ouverte et inversement, sachant très bien ce que je cherche sans vouloir influencer la réponse du patient. Ce coté «machine à réguler de la douleur thoracique» un peu effrayant tant il relève d’un automatisme déshumanisé, mais si efficace.

Ce regret de ne pouvoir tendre la main, au bout du fil, à cette dame qui vient de découvrir le cadavre froid de son mari, «40 ans de mariage, vous comprenez», l’empathique pas envie de raccrocher après sa réponse à un désuet «vous avez de la famille à prévenir ?».

Y’a de la vie dans le téléphone.

Des flots d’appels. D’injures reçues, parfois. D’émotions, aussi.

Identifier le malaise comme étant un arrêt, faire masser, cliquer le départ des secours, dire au secouriste improvisé de ne jamais s’arrêter en comptant avec lui au rythme des compressions thoraciques, et plus tard organiser l’accueil armé sur un plateau technique adapté de ce patient réanimé par le SMUR, apprendre un peu plus tard que le pronostic neurologique est bon.

Féliciter ce jeune papa qu’on a assisté dans sa première expérience d’obstétrique (et la maman, aussi, faut pas déconner). Flash d’endorphines au moment d’entendre le cri vigoureux d’un nouveau-né, par téléphone, garanti.

Essayer de surmonter l’amère sensation laissée par la mesquinerie d’avant dormir, la garde finie, tentant de trouver un peu de sérénité dans ce tumulte émotionnel. Pas gagné.

Y’a des types, j’en connais, qui s’imaginent que réguler consiste principalement en une sorte de sieste bien calé dans un fauteuil, entouré d’ordis, dégainant une brouette à chaque appel, l’orientant ensuite vers la structure que ça fera le plus chier. En demeurant au calme.

J’ignore où ce trouve cet Eldorado paisible. Ma régul d’hier, comme de souvent, se situait davantage vers la Sibérie. Dans les montagnes russes. Si ça ne tenait qu’à moi, on rebaptiserait la salle de régulation «Oural».

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Huile

C’est une chaîne.

Et comme toutes les chaines, la roue tourne d’autant mieux que les engrenages et les maillons sont en parfait état. C’est sûr qu’avec un élément pété, ça marche moins bien. Mais l’huile, bon sang.

La chaîne de soins. Celle, si particulière, de la (ma) médecine d’urgence. On ne fait pas de grands miracles quand y’a pas assez de personnel, pas assez de moyens, trop d’éléments structurels ou extérieurs qui sont autant de grains de sables dans un mécanisme qui au mieux, s’adapte. Certes.

Mais le pire, le plus con, le plus dommage, c’est quand le souci vient juste de la carence en huile. Or les soucis, même avec des mailles en acier galvanisé et des engrenages en titane, surviennent inévitablement, si l’huile n’y est pas.

Ça me pèse. Beaucoup.

On a tous nos ego. Surtout moi. On a tous nos compétences, nos qualités. Des limites, aussi. Humaines, techniques, etc. L’immense barda qu’est la machine humaine fait qu’une faille isolée n’est souvent pas suffisante à faire tout foirer, pour peu que le reste de la chaîne fonctionne. AVEC DE L’HUILE, BORDEL.

L’huile, c’est l’interaction. Le respect mutuel. La compréhension. La communication.

Faudrait des encarts sur les bureaux des uns & des autres, comme sur les paquets de clopes, pour le leur rappeler : «SE HAÏR ENTRE SOIGNANTS NUIT GRAVEMENT À LA SANTÉ DE VOS PATIENTS».

Globalement, si fatigué / surmené / intellectuellement limité / mal réveillé qu’il soit, le soignant, dans la chaîne, parvient à faire sa part du travail, saisissant le témoin avant d’à son tour passer le relais. Aux autres maillons de la chaîne. Et ça se passe.

Les médecins, ceux-là même qui s’engagent en prêtant serment à notamment faire preuve de confraternité, sont les champions toutes catégories du crachage à la gueule de leurs pairs. Omettant que c’est la meilleure façon de faire péter la chaîne.

Forcément, du crétin de généraliste, en passant par le connard de régulateur, puis le demeuré de smuriste, jusqu’à l’abruti des urgences : l’énergie mécanique d’efforts conjoints se meurt, noyée dans des torrents de haine orangoutanesque.

Ça me pèse. Vraiment.

C’est pourtant si beau, une chaîne qui fonctionne bien. C’est pourtant si simple. Y’a pas besoin d’être des dieux de la médecine. Croyez moi. Le b.a.-ba de l’efficience, c’est la lubrification.

J’en ai chié, aujourd’hui. Pas techniquement. Pas directement. J’en ai chié de la prégnance, si pesante, autour de moi, du mépris des maillons envers les maillons. Ça m’use, quand bien même ça ne me touche pas personnellement.

Mettez de l’huile, les gars.

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Panne

Vautrée sur le canapé avec un score de Glasgow si bas que je me demande si ce n’est pas plutôt un score de Portree, la pensée coupable «Ça fait un bail que t’as pas blogué» m’a atteinte. Notez qu’aucune réflexion critique à type de «Bouge-toi le c.. feignasse» ne m’anime au sujet de ma déclaration d’impôts (j’ai encore largement le temps) / de la photo d’identité que je dois envoyer depuis des lustres afin d’obtenir une carte professionnelle (bah quoi il est très bien le parking visiteurs) / des 50 mails urgents auxquels faut répondre (soit moitié moins qu’y’a 6 mois) / ni même de la tonne et demi de linge propre qui attend sagement d’être plié et rangé dans les placards familiaux.

Ça fait une éternité que je n’ai rien blogué. Rien à dire. La panne.

Puis, songeant qu’une panne de blogorrhée était moins galère qu’une panne de matos au taf et encore moins qu’une panne de wifi à la maison, le soupir rassuré m’a permis de rattraper l’avance acquise par ce tricheur de chat au décours de ma journée de SMUR au jeu de QuiGlandeGagne.

J’ai même pas la force de vous narrer la fois où il a fallu se précipiter dans la voiture blanche et bleue une fois qu’il s’est avéré illusoire que l’hélico décolle ; ni celle où on a flingué la batterie du scope sur un arrêt récupéré avec sortie grande échelle et tout le transport de sorte qu’une fois arrivés sur l’intervention suivante à l’autre bout du monde il a fallu se débrouiller sans monitorage électronique (la clinique, la clinique, la clinique …) ; encore moins celle où la dame qui tchuquait l’oxygène via le respi, en des proportions aussi gigantesques qu’indispensables, nous a tombé 2 bouteilles remplies de ce gaz pendant le temps nécessaire à ce qu’une satanée porte d’ascenseur daigne s’ouvrir à nouveau.

L’absence de fulgurance bloguesque est un moindre mal, comparée à la faillite inopinée d’un pousse-seringue électrique délivrant 5 mg/h de noradré, quand on y pense.

Après tout y’a déjà eu étalage véridique ou déliré de ce qu’occasionne une panne dans mon métier, respectivement ici et .

Un jour, quand j’étais gamine, nous sommes tombés en panne sur le chemin des vacances. Cassé, foutu, le carrosse familial. Ma grand-mère, tenue au courant par téléphone, s’excusa auprès des amis qu’elle recevait pour prendre l’appel de ma mère. Alors qu’elle revenait vers ses invités, l’un d’eux, éminent professeur de lettres, s’enquérissant de nouvelles de ma mère, se vit répondre : «Elle est en panne à Riom». Naïvement, il demanda dans quelle région du globe se situait ce pays qui lui était inconnu, le Panarion.

Je crois que c’est dans cette contrée imaginaire que mon esprit navigue, en ce moment.

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