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Bienvenue

Aventuriers de la toile, vous avez échoué sur cette page. Désolée pour vous.

Vous pouvez être un lecteur, occasionnel ou fidèle, de mes récits et pérégrinations bloguesques. Peut-être qu’on se connait ?

Ou est-ce le hasard des clics qui vous a conduit jusqu’ici ? Auquel cas, je me présente :

Je suis médecin urgentiste. Personne n’est parfait. Depuis peu, je blogue. Je raconte des interventions, j’étale le flux des âneries qui me passent par la tête, etc.

Vous trouverez ici la liste des billets de ce blog. Il y a aussi un menu (ci-dessus), un nuage de tags (plus bas sur la droite), et quelques points de repère (Abr-Utiles : Biblio-Rhum, Casting, Gloss-aire, Lisse-Ting, Liste des Abréviations).

Parfois je fais des photo-montages pour illustrer ma prose, comme ici. On compense comme on peut le fait de ne pas savoir écrire…

Voilà, en tous cas, ravie d’avoir reçu votre visite. N’hésitez pas à me faire part de vos suggestions / commenter les billets. Vous êtes surtout invités à rire, et si vous désirez me contacter, vous me trouverez sur Twitter @docadrenaline ou par mail docadrenalin@gmail.com .

Bonne promenade ! :-)

Publié dans Whatis ? | 3 Commentaires

Lettre à …

Cher Automobiliste Débile

Hier, une fois de plus, tu m’as prouvé ton ubiquité crétino-routière. Je ne puis croire en effet que vous soyez plusieurs à conduire comme des abrutis décérébrés, aussi j’imagine que c’était toi, Automobiliste Débile, qui te trouvais dans les différents véhicules motorisés que j’ai croisé et que j’ai eu intensément envie d’étrangler [mais promis je t'aurais réanimé après].

Toi qui oses griller un feu rouge sous mes yeux, à une intersection, pour mieux venir emboliser la circulation devant la VL du SMUR, et qui pourtant pile devant un feu orange-clair entravant ainsi notre passage.

Toi qui sur la 2×2 voies fais mine d’être sourd, ignorant les pimpompimpom, et dont la synapse entre le neurone visuel qui nous a vu dans le rétro [c'est pas comme si je t'avais pas vu regarder ton rétro, blaireau] et le neurone moteur sensé te faire te rabattre ne fonctionne pas.

Toi qui nous as littéralement fait une monstrueuse queue de poisson après le péage de l’autoroute au point que l’ambulancier qui a 20 ans de boutique ait une frayeur et nous avoue à posteriori s’être préparé à la collision dans le cas où son accélération pied-au-plancher soit insuffisante pour t’éviter [une chance qu'il n'y ait eu personne devant].

Toi qui pris dans ta conversation téléphonique a cru que nous étions la police et as lâché ton téléphone comme un idiot lorsque nous nous sommes engagés sur le rond-point.

Toi dont le père est anglais et la mère française, en tous cas j’imagine puisque tu roules en plein milieu de la route tant le choix est difficile entre ces deux influences.

Toi qui, une fois n’est pas coutume, effectues bien tes contrôles avant de dépasser ce qui te permet de nous voir arriver, et néanmoins prends le temps de doubler les 2 camions sur l’autoroute en roulant approximativement à 2 km/h de + qu’eux, supposant que le gyrophare et le deux-tons ne constituent qu’une animation routière festive, et ne traduisent en aucun cas un caractère d’urgence.

Toi qui te permets de froncer les sourcils en prononçant des vulgarités parce qu’un véhicule de secours, en intervention, a osé, sacrilège, te doubler [en toute sécurité] et mettre à mal l’expression courageusement publique de tes problèmes anatomiques [selon l'inverse proportionnalité de dimensions entre membre viril et voiture, et alors que oui je trouve ça courageux d'oser affirmer ainsi l'immense désarroi dans lequel tu dois être plongé pour avoir un tank qui te permet de circuler en zone urbaine].

Toi qui en plein week-end vocifère parce que le véhicule des pompiers ainsi que celui du SMUR sont garés devant le domicile d’un patient en détresse, ce qui ne te laisse qu’1m50 de marge de part et d’autre de ton véhicule pour circuler dans cette rue qui pourtant me semblait être limitée à 30 km/h [désolée mais j'ai pas vu les gyros sur ta bagnole indiquant que tu avais le droit d'outrepasser cette limite pour aller acheter ton pain].

Toi qui récemment a forcé le barrage policier qui protégeait en amont les équipes s’affairant autour des victimes d’un accident, fonçant sur la route et manquant tuer le médecin du SMUR qui faisait son travail et qu’heureusement l’ambulancier a saisi par les vêtements pour le tirer vigoureusement à lui dans l’instant où il t’a aperçu.

Cher Automobiliste Débile, je comprends que ta voiture et la façon absurde de la conduire soient ton unique bonheur terrestre.

Je comprends aussi que tu aies une irrépressible envie de voir ces véhicules blancs et rouges, scintillants de bleu et chantants de pimpoms, te porter secours.

Nan en plus c’est sympa parce que j’aime bien la traumato grave.

Mais si je peux me permettre, 3 petites choses :

1) D’abord laisse-nous finir l’inter sur laquelle on est en train d’aller. Chacun son tour. C’est comme au rayon fromage du supermarché.

2) Inutile de tuer des gens. T’inquiètes, on s’amusera déjà bien assez avec ton crane fracassé contre le pare-brise, ton thorax encastré sur le volant de ton bolide-pas-solide, ton bassin et tes membres inférieurs aussi fracturés qu’incarcérés, et avec un peu de chance tes membres supérieurs hachés menus.

3) Rien ne sert de courir, il faut partir à point. Il n’est pas nécessaire de précipiter les choses. Et tout vient à point à qui sait attendre, pour abonder dans le proverbe. Vu comme tu conduis, ne te fais pas de souci, on t’a repéré. Tu fais partie de ceux que, lorsqu’on croise leur route, l’on appelle les «futurs clients».

Allez, je te laisse, demain j’ai des vies à sauver. On se verra peut être, qui sait ? D’ici là, à défaut de t’acheter un cerveau, vas t’acheter des airbags.

Publié dans Coups de gueule | 15 Commentaires

Supercherie

Dans la série «Auto-psychanalysons-nous pour pas cher en bloguant», voici l’angoisse du Quand.

Quand est-ce qu’ils vont s’apercevoir, bon sang, que je ne suis pas du tout à la hauteur de ce qu’ils espèrent ??? Que je sais rien, ni rien faire ? Angoisse récurrente depuis … Le secondaire environ. Pas vraiment une angoisse, d’ailleurs, tant je suis persuadée qu’il est inéluctable que ça arrive un jour. M’y suis préparée.

Y’a que pour les patients que ça m’angoisse. De chier dans la colle tellement c’est au dessus de mes compétences & capacités, de les prendre en charge correctement.

Me prendre un tir par ma hiérarchie, être la risée de mes collègues, honnêtement, je m’en carre. C’est un moindre mal.

Non mais les patients, quand même, merde. J’aimerais être un super-méga-bon-médecin-trop-fort, mais au fond de moi je sais que ça n’est pas le cas.

Et le temps passe.

Le Quand n’arrive pas. Des petits quands, des «quand l’autre fois j’aurais du envoyer un SMUR d’emblée», des «quand j’ai sombrement galéré pour intuber», des «quand c’était pitoyable ma gestion de l’équipe», ça oui, ça arrive régulièrement.

Mais le Grand Quand, pas encore.

J’ai l’impression d’avoir une chance inouïe, de passer entre les gouttes sans même le faire exprès. Pour m’être toujours retrouvée dans des situations où j’arrive, tant bien que mal, à gérer.

Pour l’extra-médical, ma technique est simple : l’enjeu n’étant que le rapport humain ou éventuellement les retombées positives éventuelles sur ma petite personne, je pratique, dès lors que tout va trop bien, l’auto-sabordage. Avec art, et sans aucune forme de contrôle, tout en étant parfaitement consciente de ce qu’il s’agit. Par abandon pur et simple d’autrui, par non-envoi du papier essentiel, par lâchage d’une idiotie monumentale devant la personne clé, bref que du beau, du lourd, de l’art de l’auto-sabordage. Auto-déclenchement du quand-on-réalise-que-je-ne-suis-qu’une-nullasse => fin du problème.

Oui mais avec les patients, point de sabordage possible.

Avec les patients, j’ai toujours un peu au fond de moi cette angoisse du quand, cette peur de ne pas y arriver, de ne pas faire ce qu’il faut comme il faut au moment où il le faut. C’est en partie de ça que vient la petite poussée d’adrénaline lors du départ en inter.

Alors je ne me soigne pas, parce que j’aime l’adrénaline. Et parce que je crois que c’est cette angoisse qui me pousse à continuellement apprendre.

L’angoisse du quand, de ne pas être à la hauteur, ne vient pas me turlupiner sur intervention. J’ai l’adrénaline positive, une fois que mes surrénales commencent à essorer je trouve des ressources dont parfois je ne savais même pas que j’en disposais. Toujours. Elle ne me taraude pas de façon insistante lorsque je suis dans mon train-train, boulot / repos de garde / boulot.

Oui mais là j’étais en congés. Hier j’ai pas fait de grosses inters, si bien que mon axe cortico-surrénalien n’est pas sorti de sa torpeur vacancière.

Demain je bosse.

Et depuis plusieurs heures j’ai l’angoisse du quand. La peur de ne pas savoir faire mon boulot, en tous cas ce qu’on est en droit d’attendre de moi, auprès de mes patients.

Ça va passer, je le sais, dès que je remettrai le pied à l’étrier. La peur va se transmuter en une intense activité de réflexion [soit 10 neurones fonctionnels contre 2 hors-intervention], la plus rapide possible, tachant d’être pragmatique en restant pleine de précautions.

En étant avec ce patient, x ou y, je ne penserai plus qu’à lui et à l’optimisation de sa prise en charge.

En attendant, oui, je suis un peu inquiète, du Quand, le Big-One, la supercherie sera révélée au grand jour, «et oui les gars, désolée, je ne suis que moi».

Rien que pour l’ampleur que prend l’angoisse du quand au moment de reprendre, je hais les vacances.

Yoda, tu me manques.

Publié dans Bibiland | 9 Commentaires

Dictons & 2-tons

«À la Ste Denise, blogues des bêtises»

Mes proverbes de médecine d’urgence pré-hospitalière ;-)

- «La nuit, tous les caths sont gris». Référence à la traumatologie routière nocturne et la nécessité du remplissage vasculaire inhérent.

- «Tout traumatisé crânien est un traumatisé cervical jusqu’à preuve du contraire». Parce qu’un collier cervical ça met toujours un peu de piment dans une intubation oro-trachéale dans le fossé.

- «Qui a fibrillé refibrillera» valable aussi pour les convulsions, adage qui souligne la tendance de certains patients à pratiquer le comique de répétition.

- «Un mort qui n’est pas réchauffé n’est pas un mort», bien que le micro-ondes n’ait jamais prouvé son efficacité dans la réanimation de patients raides. Correspond aux cas d’arrêt cardiaque sur hypothermie, et non à l’inverse.

- «Au SAMU, manges quand t’as pas faim, pisses quand t’as pas envie, et dors quand t’as pas sommeil». Parce que quand tu auras envie, ça sera ptêt pas possible. Un de premiers messages enseignés aux étudiants lors de leur première garde.

- «Le temps c’est du myocarde» & «Time is brain». Parce qu’y'a des cellules comme ça, qui sont de véritables chochottes.

- «Un défenestré du 6e étage est un mort … Ou un polytraum.» Cf «Graviton de nuit».

- «Trouble neuro, dextro». Bête et systématique même quand on y croit pas. Peut rapporter gros.

- «Arrêt du matin, chagrin». Le classique décès constaté aux aurores…

Merci à @DocCapuche et à @Rosebonbon6 pour leur contribution.

P.S. Suis preneuse de tout autre aphorisme :-)

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Empreinte

Mes grands-parents habitaient près d’une petite ville de campagne, 5000 âmes à tout casser, mais qui drainait tous les hameaux et villages à 30 km à la ronde. Voire 50 en allant vers le sud. Au centre ville il y avait une librairie-papeterie-journaux-etc, la seule du canton.

J’avais 9 ans 1/2. Noël approchait, chacun effectuait ses derniers achats. Ma tante m’avait emmené choisir mon cadeau : un beau stylo. Il faisait froid, la nuit était déjà tombée, il y avait du monde, et j’étais toute emmitouflée dans mes vêtements d’hiver. J’hésitais beaucoup, parce qu’il y en avait un qui me plaisait, mais il était cher. Je regardais les autres stylos. Ma tante en profitait pour choisir quelques livres. Au moment de passer à la caisse, elle désigna le stylo si joli, si fin et si élégant qui m’avait tapé dans l’œil. Il était bleu sombre, et sa plume en or. D’où le prix. Dans les 150 francs je crois. Une somme énorme à mes yeux. Un très beau cadeau. Je l’ai encore, d’ailleurs, et bien que je sois devenue une adepte du clavier ou du bic, il me sert à écrire des mots chargés de sentiments, à l’occasion.

Les enfants grandissent.

Pour mes 13 ans, [en plein été], mes grands parents m’ont amené choisir un stylo. Dans la même boutique. Au taquet de centimètres en plus, la puberté en action [non pas plein de boutons !], une petite robe estivale. En pleine après-midi caniculaire, autrement dit pas un chat, ni dehors, ni dans le magasin. J’ai choisi un stylo sobre, gris. Dans les 50 francs. Ma grand-mère [petite, blonde, aux yeux et à la peau claire ; tandis que ma tante est une grande brune] et moi nous sommes avancées au comptoir pour payer.

Alors que ma grand-mère tendait un billet à la commerçante, elle me dit : «Pourtant vous en avez déjà un très joli».

J’étais soufflée.

Au delà du simple aspect «commerçant», qui retient les visages des clients, je me suis demandé comment cela était possible.

À ce jour je n’ai pas trouvé d’explication.

L’empreinte que nous laissons tous, chaque jour, dans notre sillage, dans la mémoire de ceux que nous croisons.

Où l’humain façonne continuellement l’humain, au travers de rencontres si fugaces soient-elles.

Je n’ai jamais eu la moindre mémoire des visages, madame la libraire, mais je me souviens de vous, comme je me souviens de nombreux autres. L’espace d’un instant, d’une parole, ils auront laissé en moi un souvenir discret, ajoutant à ma caverne d’Ali-Baba mnésique l’empreinte d’une rencontre, alimentant mon trésor.

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Plûme

Il était une fois un vilain petit canard avec des dents. Un jour, le vilain petit canard avec des dents alla rendre visite non pas à sa mère-grand, mais à ses cousins éloignés.

Ils habitaient très très loin. Le vilain petit canard avec des dents avait tout de même envie d’aller voir ses cousins bien qu’il su que d’affreuses ampoules tortureraient ses pattes avant même d’arriver. Pour la plupart, c’était la première fois qu’il les rencontrait. Le vilain petit canard avec des dents était heureux de retrouver ses cousins qui partageaient avec lui cette caractéristique assez rare chez les canards, le fait d’avoir des dents. Dont la transmission est génétique. Sa famille, même éloignée.

Quelle joie de rencontrer enfin d’autres canards dentés ! De passer du temps avec eux, les découvrir …

Mais. Il y a un mais.

Leurs plumes étaient si belles. Tantôt vertes, tantôt blanches, parfois oranges. Certaines étaient irisées. Leurs pattes palmées étaient si drôles. Cela plaisait beaucoup au vilain petit canard avec des dents. Cependant ses pattes à lui, ainsi que sa robe, ne paraissaient pas attirer la bienveillance de tous ses cousins. Oh de la plupart, si, mais il sentait bien que ses pattes et sa robe posaient un problème.

Enfin la principale difficulté était que ses cousins se plaisaient à une vie de groupe qui lui échappait complètement. Le vilain petit canard avec des dents n’avait jamais eu la vie en communauté facile, mais ça se comprend. Les autres canards le regardaient de travers à cause de ses dents. M’enfin là, il se retrouvait avec d’autres canards dentés, ses cousins éloignés, et ne savait pas si son incapacité à se sentir à l’aise dans un groupe relevait de l’habitude, de la paranoïa, d’un besoin de solitude frisant le pathologique, ou d’un réel rejet de la part de certains de ses cousins.

Il eu envie de partir. Il eu envie de rester. Il se sentit de plus en plus «pas à sa place» parmi les canards qui se plaisaient à patauger dans une mare ou à voler ensembles. Oh il avait grand plaisir à passer du temps avec ses cousins dentés, mais pas tous à la fois. Et puis mettre les pattes dans de l’eau, ou s’élever dans les airs, non mais quelle idée ?

Tous les autres canards semblaient tellement s’amuser et ne pas être en prise avec ces sentiments partagés.

Au gout du vilain petit canard avec des dents, il faisait trop froid, trop humide, les bords de la mare familiale étaient trop carrés bien que très bien aménagés.

Le vilain petit canard avec des dents se sentait de plus en plus seul avec ses cousins qui pourtant étaient si proches de lui comparés à tous les canards dépourvus de dents qu’il avait connu jusque là.

Mais il ne caquetait pas comme les autres malgré tous ses efforts.

Et puis un jour, le vilain petit canard avec des dents vit sur son iphone qu’il avait un appel en absence et un message [ne me dites pas que vous n'avez jamais vu un canard pourvu de dents en train de jouer avec son smartphone, je ne vous croirais pas].

Le message émanait d’une petite voix qui était ce qu’il y avait de plus précieux pour lui. Celle de son petit caneton.

«Miaouuu» disait en substance le message, tel une complainte. [Ce qui veut dire «Maman, c'est quand que tu rentres ?»]

Son sang ne fit qu’un tour.

Le vilain petit canard avec des dents prit ses clics et ses clacs, expliqua maladroitement à quelques uns des autres canards qu’il avait décidé de retourner chez lui.

Il avait peur que ses cousins soient fâchés d’un départ précipité, sans explications, alors même qu’il n’avait pas fait preuve d’enthousiasme lors des jeux de vol ou de baignade avec eux. Il se dit que ses cousins ne voudraient plus de lui.

Mais son cœur lui disait de rejoindre son petit caneton dont la voix résonnait à présent dans sa tête comme un impératif tord-boyaux.

Alors le vilain petit canard avec des dents pris son baluchon et rentra chez lui.

En chemin, il réalisa deux choses :

- En fait il n’était pas un canard. Il était un chat. D’où les pattes si différentes et pas du tout palmées, d’où ces plûmes si bizarres qui en réalité étaient des poils [le premier qui fait un commentaire sur le fait que le vilain petit canard avec des dents ne fréquente pas suffisamment son esthéticienne ...]. D’où le fait qu’il n’ait jamais réussi à caqueter convenablement. D’où son sens inné de la solitude, son gout pour les rencontres et les relations en petit comité mais son allergie aux rassemblements familiaux. D’où son incapacité à voler, son manque d’entrain pour nager en eaux froides, etc.

- Ses cousins non plus n’étaient pas des canards. Certains étaient des girafes, d’autres des lamas, oui il y avait bien un ou deux moutons, il y avait aussi des lions, des gazelles… Et même trois ptérodactyles (2 mâles et 1 femelle). À posteriori la plupart semblaient savoir qu’aucun n’était canard, mais tous semblaient jouer le jeu, comme ces animaux qui au cirque apprennent à faire des numéros sur lesquels on peut s’extasier mais qui ne sont pas leur nature profonde.

Mais les chats n’ont jamais été capables d’apprendre le moindre numéro [à part le 15 pour filer leur bilan à la régul].

Et les mères-chats, lorsqu’elles entendent leurs petits miauler, se précipitent à la rescousse de leur progéniture, au risque d’affronter les plus terribles canidés munis de jumelles sur les bords des sentiers.

En retrouvant son chaton, le vilain petit canard avec des dents eut une pensée pour ses cousins, espérant qu’ils s’amusaient bien et qu’ils ne lui tiendraient pas rigueur d’avoir décidé d’aller user de sa langue râpeuse pour réconforter son petit plutôt que d’imiter très passablement le «coin coin» qu’il n’avait jamais su prononcer.

Publié dans Gourbi | 7 Commentaires