Gloss-aire

Définitions approximatives et non-brillantes de quelques-unes des notions présentes dans ce blog. Sont soulignés les termes correspondant eux-mêmes à une définition dans ce billet.

Bougie : idée lumineuse. Meilleure amie de celui qui cherche désespérément la glotte.

– Cerveau : organe susceptible ne se prenant pas pour de la merde, n’ayant pas tort d’avoir une si haute considération de soi-même, s’allouant le quart des ressources en oxygène et en glucose d’un organisme faisant 50 fois son poids, et d’une fâcheuse fragilité dès lors qu’il ne les reçoit pas ou lorsqu’il gonfle d’œdème dans la cavité osseuse qui l’entoure. Objet de tentatives de préservation de la part de l‘urgentiste. Mieux compris par les neurologues.

– Chéri d’Amour : joie quotidienne, patience infinie, source de réconfort intarissable, cuisinier hors-pair, youp-la-boum de génie, empêcheur de penser-en-rond surdiplômé, père de Petit-Caillou et Ado-Rée, coup chance que je n’ai toujours pas compris.

– Cœur : prouesse technologique de Mère Nature, pompe-à-sang au rendement normal faisant pâlir toutes les autres pompes de la Création. Composé de 4 cavités, alimenté par 2 artères et leurs principales divisions, contenant 4 clapets ultra-sophistiqués, entouré d’une enveloppe magique anti-frottement, doté d’un système électrique autonome permettant un déclenchement automatique ainsi que la transmission de cet ordre tout en restant sensible aux influences supérieures. Parfois malade.

Coro : Table où sont montés des guides puis inflatés des ballonnets et parfois des ressorts mis en place, dans le cadre du débouchage d’une ou plusieurs artères coronaires. Le tout sans sherpa ni yéti.

Déchocage : Réa des urgences ou porte d’entrée de la Réa.

– Douleur : truc de merde qui devrait être interdit.

– Enfant : petit patient s’exprimant avec borborygmes et émissions de liquides biologiques divers. Serait facile à prendre en charge si il n’était pas constamment accompagné de parents.

Externat : partie des études de médecine au cours de laquelle on apprend à pousser un chariot, rire quand le chef fait une blague consternante, et se taire le reste du temps.

– Google : source d’information bibliographique et médicale du sénior.

– Hélicoptère : ventilateur géant ayant également la capacité de se mouvoir afin d’aller porter secours à un patient qui n’habite pas en face de l’hôpital.

Inter : promenade en hélico, en vleue ou autre moyen de transport, au cours de laquelle on rencontre comme de par hasard un patient.

Internat : partie des études de médecine au cours de laquelle on regrette l’externat, ses horaires cools et l’absence de responsabilités. Tout en rêvant être sénior et avoir encore plus de responsabilités. Correspond également à une période pendant laquelle on pense savoir enfin des trucs qui peuvent servir dans la prise en charge des patients. Premiers vrais salaires. Premières vraies emmerdes. Terme désignant aussi spatialement un endroit où l’on peut éventuellement trouver à manger à des heures indues.

– Journaliste : catégorie incongrue n’étant pas un patient ni un parent et vous posant néanmoins des questions à la con. Pourtant profession noble et indispensable.

– Langage des couleurs : mode de communication propre à la médecine d’urgence pré-hospitalière.

Loi de Murphy : principe fondamental s’appliquant encore plus en médecine d’urgence extra-hospitalière et vis-à-vis de laquelle il est indispensable d’anticiper en mode paranoïaque.

– Medline : source d’information bibliographique médicale de l’interne, parce que le sénior lui a interdit de se contenter d’une recherche Google.

Pardee (ondes de) : Variété flamboyante de ST+. Se thrombolyse et/ou s’amène sur table de coro. «Pardi ! Regardes les belles ondes de Pardee que v’là !»

– Parent : animal posant perpétuellement des questions, remettant en cause chaque détail de votre diagnostic et de votre ordonnance, tout en laissant jouer son marmot avec les prises électriques.

– Patient : centre de l’univers, surtout quand il va mal. Impatient quand il va bien. Personne qu’on ne connaissait pas et  pour laquelle on est prêt à se lever à 3h du mat, et dont le décès est vécu comme un drame personnel.

Platane : végétal de grande taille et d’une solidité exceptionnelle, remarquable par son agressivité l’amenant à s’en prendre à des automobilistes dont l’alcoolémie n’est pourtant que de 3 g/l.

– Poly : support pédagogique écrit acquis, annoté et peinturluré par l’externe ;  consulté par l’interne et conservé par le sénior. On ne sait jamais qu’internet tombe en panne.

Polytraum : patient décrit par le poly comme ayant plusieurs lésions dont au moins une vitale (lorsqu’il est adulte, puisqu’enfant sa définition est différente), chantier pour soignants, parfois dans cet état à cause d’un platane.

– Prunelles de mes yeux :  Petit-CaillouAdo-RéeFilleul et FilleuleFrèreSœuretteQuasi-frère-mais-vrai-cœur. Pour ne parler que d’eux.

Radio : terme recoupant plusieurs acceptations, chronologiquement au cours d’une journée-type : 1) fait également réveil. 2) informe que l’on aurait mieux fait de prendre un pull plus chaud mais c’est trop tard parce qu’on est déjà en route pour le boulot. 3) permet de communiquer avec la régulation. 4) image bizarre en noir et blanc sensée correspondre à une portion anatomique du patient.

Réa : activité consistant à utiliser des tuyaux et/ou des médicaments sans lesquels le patient serait mort rapidement. Service dans lequel on exerce cette activité «dans les murs» hospitaliers. Spécialité consistant à exercer cette activité mais en restant au chaud dans ce service.

Régul : Entité au profil différent selon le point de vue. De l’extérieur (pour les professionnels de santé) : bandes de feignants vautrés au chaud dans de confortables fauteuils, répondant à quelques appels en y envoyant le moyen que ça embêtera le plus, ne comprenant rien à rien. De l’extérieur-proche (pour les SMUR) : entité divine totipotente, «les voies de la régulation sont impénétrables», capable de vous envoyer à l’autre bout du département d’un simple clic, disponible pour répondre à vos questions existentielles, pourvoyeuse de renforts selon votre demande, … De l’intérieur : enfer terrestre où le téléphone sonne tout le temps, où tout le monde vous demande tout tout le temps, sur lequel chacun décharge sa responsabilité, et où on vous demande de vous faire un avis médical avec marge d’erreur étroite sur un patient que vous ne voyez pas.

Renfort : requête rare mais parfois nécessaire, qu’il serait dangereux de se retenir de demander quand on en a besoin, et dont l’attente semble interminable lorsqu’on en a fait la demande.

Sat : Pince appliquée généralement au bout du doigt et informant l’Urgentiste que la cyanose, c’était pas une blague.

– Sécu : organisme grâce auquel on envoie des hélicos et on administre des thrombolyses.

Sénior : médecin qui pense, au début, savoir des trucs utiles contrairement à l’interne, raison pour laquelle il touche deux fois plus d’argent pour ses gardes. Et qui s’aperçoit très vite que le champ de son ignorance est encore vaste, mais que maintenant il ne peut plus se cacher derrière le sénior.

Servitrice : notion servant à l’auteur de ce blog pour se désigner soi-même, à laquelle un petit ® est accolé car le terme a été validé twitteresquement par un confrère qu’on peut considérer comme une référence.

Smart-phone : objet de petite taille servant au SMURiste de Cerveau, de calculatrice, d’appareil photo, et de «Allo la régul ! Trouvez-moi une place en réa» ou «Allo la régul ! Heeeelp !».

SMURiste : variété débile d’Urgentiste, travaillant dans l’immédiateté, quelles que soient l’heure et la météo. Communiquant par couleurs et onomatopées. Ne connaissant que 3 catégories dans lesquelles classer les patients : pas-grave, grave, mort. Méprisé par l’ensemble des praticiens des autres spécialités médicales, qui sont bien contents de lui laisser l’intubation à 1m du platane nocturne et le transport des patients instables qu’ils savent prendre en charge, eux. Considéré comme une star par son externe, du moins tant qu’il est externe. Votre servitrice® l’est et nourrit une profonde passion pour son métier.

ST+ & non-ST+ : Distingue les variétés à déboucher au plus vite versus à déboucher à peine plus tard des Syndromes Coronariens Aigus. Mieux adapté aux limites intellectuelles du SMURiste, ainsi qu’à l’urgence du débouchage, que les anciennes notions d’infarctus avec Onde Q et sans Onde Q, qu’il était facile de confondre (mnémotechnique : Onde Q = pas de cul.)

Surrénales : organes glandulaires permettant au patient de survivre un tout petit peu plus dans certains cas, et permettant au SMURiste d’activer son cerveau.

Thrombolyse : destop pour artères coronaires (et cérébrales aussi pour les neurologues), machine-à-remonter-le-temps lorsqu’efficace, capable de faire saigner tout vaisseau non intègre mais surtout ceux de la tête du fait de la Loi de Murphy.

Tuyau : matériel creux de longueur et diamètre variable. Au singulier : sonde d’intubation. Au pluriel : cathéter veineux périphérique et/ou cathéter veineux central et/ou cathéter artériel et/ou sonde d’intubation et/ou sonde gastrique et/ou sonde urinaire et/ou drain (thoracique ou autre), etc.

Urgentiste : médecin s’efforçant de travailler sa souplesse. Grand écart permanent entre cas de gravité variable (de l’angine qui se présente quand même aux Urgences à l’arrêt cardiaque), patientèle variable (nouveau-né, parturiente, adulte, personne âgée) , relevant de spécialités variables (cardiologie, chirurgie viscérale, réanimation, médecine générale, …), praticien du court terme essayant de garder à l’esprit le moyen et le long terme, et en prenant plein la gueule dès lors qu’il n’excelle pas mieux que le spécialiste ou qu’il ne connait pas le patient comme le généraliste.

Vleue : principal mode de déplacement professionnel, blanc avec gyrophares et inscriptions bleues, permettant de faire fi des embouteillages, des stops et des feux-rouges pour aller voir le patient. Et tenter de lui venir en aide.

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13 commentaires pour Gloss-aire

  1. Elisa dit :

    Voilà d’autres definitions, j’ai moins d’humour alors c’est moins drole mais c’est ce que l’on peut ressentir face à l’arrogance médicale.

    Parent : adulte en charge de la protection de ses enfants contre les différents dangers dont les médecins et les apprentis médecins.

    Externe : apprenti médecin enfilant comme des perles des années de stage rebaptisés « années d’étude » qu’il brandira une fois son diplome acquis pour justifier un salaire beaucoup plus important que les reste de ses concitoyens sans questionnement sur la valeur de son activité.

    Interne : apprenti médecin enfilant comme des perles des années de stage au cours desquels il est mis en situation de prendre des décisions et de faire des choix thérapeutiques sur des malades sans en avoir la compétence.

    Sénior : médecin diplomé formant les externes au respect sans faille des séniors et à l’utilisation de mots compliqués utilisés pour tenir à distance les malades auxquels on n’a pas encore retiré le cerveau et qui continuent à penser.

    Sénior : médecin diplomé envoyant à sa place les internes à la rencontre des malades, ces êtres souffrants, geignants et parfois puants.

    Patients : matériels humains mis à disposition des apprentis médecins et médecins pour justifier leur existence, servir de témoin à leur grandeur, d’où le nom de patient et non de malade.

    Médecins : seules personnes ayant le droit d’exercer la médecine ( en dehors des apprentis médecins non diplomés), juge et partie de l’efficacité de leur pratique, protégeant vigoureusement leur droit par des lois visant à interdire l’exercice illégal de la médecine et auxquels les malades sont obligés d’avoir recours quand il n’y a plus d’autres solutions.

    Médecins: personnes justifiant les conneries de leurs ainés ( morts) en en faisant porter la responsabilité à leur concitoyens qui ont cru de telles conneries.

    • docadrenaline dit :

      Elisa,
      J’avais écrit un billet pour vous. Pour répondre à votre commentaire sur « Cher confrère« . Et puis j’ai trouvé que c’était pédant de vous répondre par une explication de texte pompeuse, alors je n’y ai pas apporté de mise en page et ne l’ai pas publié. Je suis à nouveau tentée de le faire, mais je ne voudrais pas que vous perceviez cela comme une tentative de vous faire taire.
      Non.
      Parce que bien qu’une certaine animosité transpire à travers vos mots, à laquelle on serait tenté de répondre par un « Rien ne vous oblige à lire ce blog« , il y a du vrai mais aussi de l’humour (bien plus que vous ne le dites) dans vos propos.
      Du vrai :
      – l’arrogance médicale, dont il est fait référence dans le « biblio-rhum« , probablement comme le dit Desproges, une façon pour les médecins de se protéger face à leur propre peur de la mort.
      – les parents : je vous rappelle que j’en suis. J’ajouterais que la maladie est un danger encore plus grand que le médecin.
      – interne : oui ils sont amenés à faire des choix dans des situations où ils aimeraient que leurs prescriptions soient relues, parce qu’ils sont les premiers à en avoir peur, mais ce n’est malheureusement pas toujours le cas étant donné que les besoins médicaux augmentent mais que la quantité de médecins ne suit pas, pour d’obscures raisons économiques (la bureaucratie ayant décidé que moins de médecins = moins de prescriptions).
      – médecins : seules personnes ayant le droit d’exercer, en tous cas légalement, s’enfermant ainsi dans une sorte de population fermée « qui peut signer une ordonnance« .

      De l’humour :
      – j’adore vos mentions à l’enfilage de perles, en particulier au sujet des internes qui travaillent entre 70 et 95 heures par semaine, bac+6 et au delà, nuit et week-end sans égard à leur propre situation familiale, pour la modique somme de 1350 euros mensuels. Raison pour laquelle il ne faut pas faire médecine pour l’argent.
      – les malades geignants et puants : ceux là même que la société entière rejette et que les soignants tentent parfois maladroitement d’aider.
      – l’exercice illégal de la médecine mis en parallèle avec les apprentis médecins : oui la médecine est complexe et ne peut être laissée à des internes bac+6 sans contrôle, mais en pratique cela se fait, alors pourquoi ne pas la laisser à tous ceux qui rêvent de l’exercer mais qui ne justifient d’aucun cursus universitaire ?
      – enfin globalement comme vous soulignez que les médecins sont des nantis qui n’ont jamais rien fait, qui ne savent rien, qui sont puants d’arrogance, qui passent leur temps à jouer au golf ou que sais-je, et qui pour cela sont grassement payés. J’ai cru un instant que cette insinuation était sérieuse, mais je n’étais pas bien réveillée. Quel délice de réaliser qu’en fait vous dénoncez avec humour la tendance actuelle qui est de choisir cette profession comme bouc-émissaire de tous les maux possibles !

      Merci de votre commentaire, Élisa.
      Je vous laisse me dire si vous souhaitez que je publie le billet qui se voulait une réponse à votre précédent commentaire, ou si vous préférez que je laisse ouvert le sujet. Vous comprendrez que mon amour inconditionnel pour Pierre Desproges est à mettre en parallèle avec une hantise personnelle, celle de fermer le clapet aux remarques pertinentes, alors que mon voeu est juste d’expliquer mon propos sans jamais couper court au débat d’idée, pourvoyeur d’une stimulation intellectuelle rafraîchissante et seul garant de l’indispensable éternelle remise en question de soi.
      A bientôt.

  2. Elisa dit :

    Bonjour,

    comme c’est votre blog vous en faites ce que vous voulez. Pourquoi lis je ce genre de blog, parce que j’y trouve un intérêt, que la santé, la façon dont la médecine est pratiquée et par qui m’interessent.

    Vous avez répondu à mes propos mais aussi à ce vous avez imaginé que j’ai pensé mais que je n’ai ni écrit ni pensé.

    Je vous pose à mon tour une question pourquoi écrivez vous un blog accessible à tout le monde si les commentaires que vous risquez de recevoir ne vous plaisent pas? Pourquoi ne pas faire les mêmes articles et les envoyer par mail aux personnes qui ont la même posture que vous, les mêmes expériences professionnelles, les mêmes idées?

    Vous ne rendez surement pas compte que les postures que vous pouvez tenir sur ces blogs sont très agressifs vis à vis des gens qui ne sont pas médecins.

    Il y a une grande arrogance des médecins, vous faites état de vos doutes dans vos choix thérapeuthiques mais refusez absolument les doutes ou critiques des malades sur ces mêmes choix alors qu’ils sont concernés au premier chef. Les conséquences des mauvais choix ce sont eux qui les subiront.

    Tout le monde connait des victimes de mauvais gestes médicaux pratiqués par des médecins : on entre en salle d’op pour le retrait d’un fibrome on ressort sans utérus ni ovaires… ce sont des partiques courantes. Si elles sont devenus plus rares ( celles ci dessus), il y en a d’autres et toujours pratiquées par des médecins sans remise en cause possible car les médecins sont juges et parties.

    J’ai découvert les blogs de medecin il y a peu par un très bon (celui du docteur coq qui était déjà fermé, je le trouve bon parcequ’en plus de son humour, son propos transpire de bonheur à être médecin et de bonheur à être tout court, qu’il a vis à vis de l’argent une posture saine : il a envie d’en gagner point), j’ai parcouru un bon nombre de blog, beaucoup ne m’interessent pas car les propos ne m’apportent rien ou parceque ceux qui les animent tiennent des propos détestables.

    Très cordialement

    • docadrenaline dit :

      Re-bonjour,

      Comprenez, Elisa, que j’ai pu me sentir personnellement attaquée par vos commentaires, que j’y ai perçu, peut-être à tort, de la haine, et que j’ai été touchée par cela. Alors oui j’ai réagi probablement trop frontalement, vous attribuant des propos que vous n’avez pas tenu.
      Vous semblez oublier que je suis un être humain. Que le fait de coucher quelques lignes sur un blog ait pu vous sembler motivé par un besoin d’affirmer sa divine toute-puissance, soit. Ce n’est pas le cas. On a pas besoin d’écrire, surtout anonymement, pour se faire mousser. Je n’écris pas forcément pour être lue. En effet qui suis-je pour imaginer que mes introspections puissent intéresser qui que ce soit ? J’écris parce que c’est libérateur émotionnellement, de la joie comme de la peine. Pas que j’aie BESOIN de vider mon sac, après tout j’ai fait sans écrire depuis 15 ans que ces études puis ce métier m’ont amené au contact de patients, et par conséquent de questionnements et de charges émotionnelles complexes liées au soin. J’écris depuis moins d’un mois, un peu par hasard en fait. Par hasard aussi, j’ai quelques lecteurs, occasionnels ou assidus. J’ai souvent honte de la nullité littéraire à laquelle je les expose. Certains sont médecins. Pour la plupart d’une autre spécialité que la mienne, et n’ont pas forcément beaucoup de sympathie pour la médecine d’urgence et ses praticiens. Beaucoup sont étudiants en médecine, et me reconnaissant, il y a encore peu, en eux, je tente d’avoir un ton « didactique » au sens « si elle présentée de façon attrayante, une notion est bien plus facile à retenir« . D’autres lecteurs sont soignants, de professions diverses et variées. D’autres enfin sont « de l’autre coté de la barrière« . La barrière est un rempart de protection qui n’a jamais eu (en tous cas pour moi) pour objet de se mettre à distance des patients, mais plutôt de la maladie, afin d’arriver à être « neuf » avec un patient alors qu’une heure plus tôt on était plongé dans l’horreur. Cette barrière, j’ai un projet +/- avancé de billet pour en parler, alors je ne m’étendrai pas plus ici.
      Je n’en donne peut-être pas l’impression, mais je suis plus ouverte à la critique que vous ne semblez le croire, pourtant. Qu’elle émane de spécialistes comme @nfkb ou de vous. C’est pourquoi ce blog est libre d’accès. C’est pourquoi, contrairement à ce que m’ont suggéré de nombreux autres lecteurs, je n’ai pas supprimé vos commentaires en tant que « modérateur« .
      Vous parlez de postures agressives sur « ces » blogs. Je n’en tiens qu’un, mais le fait que vous disiez cela me laisse penser que vous incluez le mien dans le « ces« . Ok. Si vous avez lu tous les billets, y compris le « 20 000 lieues sous les mers » (dont l’accès est restreint par un code que je vous communiquerais par mail si vous le souhaitez), et qu’au décours de cette lecture, vous pensez que je tiens une posture « agressive« , et bien soit, je l’entends, je ne puis pas vous affirmer que je ne trouve pas cela injuste, mais j’en suis désolée.
      Pour ce qui est des mauvais choix, j’ai vu que vous aviez fait un autre commentaire du billet, j’y répondrai globalement.
      Enfin, j’ai lu certains blogs de mes confrères. Une infime minorité d’entre eux m’a paru aussi détestable que ce que vous décrivez, mais ce ne sont peut être pas les mêmes. La plupart m’ont semblé témoigner d’une grande humanité, avec un grand H.
      Je n’ai pas lu celui du docteur coq. Je ne peux vous dire ce que j’en pense, donc.
      J’ai grand, grand bonheur à être médecin. Mes billets ne le traduisent peut être pas, dans la ligne du « on ne parle que des trains qui n’arrivent pas à l’heure« . Quant à l’argent, je n’ai pas du choisir la bonne spécialité. J’aime pouvoir acheter des petites robes trop mignonnes à mes enfants lorsque je sors de garde. Cela compense mal mon absence de la veille. Mais clairement, si c’était une motivation importante à mes yeux, j’aurais fait autre chose que de la médecine d’urgence, et autre chose que du service public. Satisfaire ma bonne conscience en soignant tous ceux qui relèvent de ma spécialité, du mieux que je peux, à toute heure, compte manifestement plus. Bien moins que la passion que j’ai pour mon métier, cependant.
      Cordialement.

  3. Elisa dit :

    Re bonjour,

    j’ai encore une question, souhaiteriez vous que votre enfant soit pris en charge par interne qui en est à sa 95 ème de travail de la semaine?

    Les critiques que les non médecins font vis à vis des médecins et de l’organisation de la médecine ou de l’organisation des études de médecine sont le reflet de l’inquiètude qu’ils ont vis à vis des gens à qui ils confieront leur santé et parfois leur vie.

    Il y a beaucoup à dire sur l’organisation des études de médecine. Pourquoi un externat si long, pourquoi ne pas réduire oe nombre de stages inutiles, pourquoi ne pas faire l’orientation dès la fin du premier cycle et focaliser les étudiant sur ce qu’ils auront à savoir dans le cadre de leur pratique future? Pourquoi maintenir ces pratiques débiles de garde de 24h et plus dans le cadre des études de médecine ( pensez toujours à votre enfants pris en charge par l’interne non encore diplomé et crevé)?

    • docadrenaline dit :

      Les erreurs sont humaines. Les mauvais choix le sont aussi. Ce sont ceux qui en sont l’objet qui en payent le prix fort, je suis entièrement d’accord. Ne pensez pas que ceux qui en sont à l’origine en sortent indemnes et encore moins heureux.
      Je tiens à rester anonyme, mais je peux vous affirmer que je ne suis pas ministre de la santé, ni de l’éducation.
      Il y a tant à dire au sujet des études de médecine.
      Oui les étudiants devraient être plus au contact des patients, restant séniorisés afin de ne pas dire ni commettre d’âneries, plutôt que d’être considérés par l’hôpital comme de la main d’oeuvre low-cost pour remplir des taches de coursier, de secrétariat, et que sais-je encore qui n’a jamais appris la médecine à personne. J’ai la chance de travailler dans un environnement professionnel où ces taches ne sont pas dévolues aux étudiants. Dans un environnement où les étudiants sont au plus proche des patients, apprennent à leur être utiles médicalement, que ce soit en leur tenant la main qu’en leur administrant un choc électrique salvateur. En étant en permanence sous le contrôle d’un médecin sénior. En ayant droit, à chaque instant, de dire « je ne sais pas » ou « je ne sais pas faire » lorsqu’une tache leur est demandée, et que dans le seconde suivante un membre de l’équipe va leur montrer et leur expliquer comment effectuer.
      Les internes ont du se battre, manifester, il y a quelques années, pour rendre légalement obligatoire le « repos de sécurité » qui veut qu’on ne prenne pas en charge de patients lorsqu’on a été de garde la nuit précédente. Aujourd’hui encore, comme à l’époque, ils ont essuyé les critiques, si ce n’est les insultes, de tous ceux qui les considèrent comme des nantis, des feignants. Par les mêmes qui estiment que les médecins dans leur ensemble, à de rares exceptions près, ne sont qu’un ramassis de bien-nés à qui tout est toujours tombé tout cuit dans le bec, sans effort aucun, et qui bénéficient de privilèges honteux alors qu’ils sont incapables de réflexion. Lorsque les internes, et les médecins, réclament le droit de travailler un peu moins, c’est à ceux là qu’ils se heurtent. Ceux qui ne comprennent pas qu’au delà de l’hypothétique recherche de confort personnel, cette demande vise à pouvoir prendre mieux soin de nos patients.
      Pourquoi ne pas filiariser dès le début des études en fonction de l’exercice futur ? Pourquoi d’ailleurs, ne pas choisir d’emblée une carrière dès la maternelle ? Réponse ironique, bien sûr. Aussi parce qu’il serait dangereux d’ôter toute culture médicale « solide » sortant du champ de la spécialité qu’ils pratiquent, à tous les médecins. Déjà qu’à mon gout l’hyperspécialisation, bien que génératrice d’un haut niveau d’expertise, est source de dramatiques erreurs…

      Je ne voue pas une admiration béate et sans borne envers les médecins. De même que je n’ai aucune espèce de mépris pour ceux qui ne le sont pas. Si vous le pensez, c’est que vous ne m’avez soit pas lue, soit pas comprise.
      Je partage avec vous le sentiment qu’il y a fort à faire pour réformer les études médicales. Ce n’est néanmoins pas de mon ressort d’en décider.

      A bientôt, Élisa.

  4. Elisa dit :

    Je vous remercie de m’avoir répondu si sincèrement, cet échange m’a beaucoup plus.

  5. Elisa dit :

    Je suis nulle en orthographe, bonsoir.

    • docadrenaline dit :

      Pour l’orthographe : bienvenue au club !
      Ma mère ne me lit pas (elle n’en a rien à carrer) mais tant mieux, sinon elle me tomberait dessus à chaque virgule ! On la surnomme Maitre Capello.

  6. B. dit :

    @DocAdrenaline :
    Ce qui m’épate dans la prose épistolaire, c’est cette possibilité linguistique infinie de rester courtois, tout en se maravant sévère…
    En tout cas, Doc Smuriste, quelle verve !
    L’interne que je suis te dit : merci, et de tout coeur.

    @EIlisa :
    Tout aussi absurdes qu’ils soient, il est triste de constater que les clichés ont la vie dure…
    L’interne que je suis ne peut s’empêcher de hurler : Kamoulox !

  7. MllePouic dit :

    Exactement comme B., je suis impressionnée par ces réponses calmes…
    Je suis une nouvelle adepte de ce blog, et grâce à mon emploi du temps d’externe qui enfile des perles je vais pouvoir le lire de fond en comble, pour mon plus grand plaisir 😉 Merci pour ces écrits !

  8. Casque Houille dit :

    Ta mère , qui te lit , est navrée de voir que tu consacres autant d’énergie et de patience à cette connasse d’Elisa dont les commentaires puent l’aigreur , la jalousie , et qui effectivement est nulle en orthographe . Autant la majorité de tes lecteurs sont sympathiques , autant celle-là est une vraie tête à claques !

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