LOSLAFA (5 & demi)

Nec plus Ultrasons. Suite.

Dimanche. Il fait beau. La nature nous émerveille de fleurs et de feuillages verdoyants. Le soleil fait chanter les piafs. Même au dessus de la rocade. Les robes des dames laissent entrevoir tout le pognon qu’ont dû se faire les esthéticiennes à l’annonce d’un week-end magnifique sur le plan météorologique.

Au SMUR, les équipes s’apprêtent à déjeuner. Il est 11 heures.

Ding dong.

La régul ne respecte rien. Pas même le repas délicieux concocté par l’industriel qui dessert les cuisines hospitalières. Pfff. «Analgésie». C’est pas une urgence vitale. Ça ira vite. Pim-pam-poum-morphine et fin du problème. À nous les champignons à l’austérité grecque et les endives braisées.

3 kilomètres, 4 étages, 1 couloir, 2 ambulanciers déjà présents.

«On arrive pas à l’installer, il a trop mal».

Il est surtout trop gris.

J’aime pas.

Il a mal au pli de l’aine, à droite. Tension 125/75. Fréquence cardiaque 100. Sous bêtabloquants. Un truc cloche.

C’est aussi l’avis de Grisette, l’IADE du SMUR, qui sait bien que le gris n’est joli que dans ses cheveux. Pas comme fond de teint aux patients. Pour la peine, elle a posé un cath gris. Et de la morphine, transparente.

L’examen clinique est pauvre. Sagement, l’échographe attend. Je l’amène avec moi pour toutes les interventions. Dans la voiture. On sait jamais qu’on enchaîne. Du coup, je l’ai pris. Ça lui fait du bien de se promener. Il aime beaucoup ça, voir du pays. On lui explique. «Tu vois, là, c’est le fleuve. Si t’es pas sage, on pourrait te balancer dedans. Ou pire, on pourrait te laisser là, au delà de cette limite. Dans un autre département.» Terrifié à l’idée de se retrouver entre les mains de tocards carencés en iode ou nourris exclusivement à base de canard smuristes de départements limitrophes avec lesquels il n’a pas encore d’intimité, il se tient à carreaux.

Puisqu’il a été mignon, je le laisse sortir de sa sacoche.

Holy shit.

L’aorte. 6 centimètres de diamètre. L’artère iliaque primitive gauche. 5 centimètres. L’artère iliaque primitive droite. 8 centimètres.

image1

Bifurcation aortique. Allégorie. L’aorte donne naissance aux artères iliaques primitives.

«Quels sont vos antécédents, Monsieur ?»

Des anévrismes. Un chapelet d’anévrismes.

En fait un chantier opératoire est prévu bientôt. Ok. Un truc cloche quand même. Ça ressemble à un syndrome fissuraire, dit le Démon Fouilleur-de-merde-à-la-pelleteuse.

Qui dit caca dit papier, il faut ouvrir l’épais dossier du patient. Bingo. Un schéma. Avec les dimensions récentes de chaque dilatation anévrismale. Aorte, 6 cm. Artère iliaque gauche, 5 centimètres. Artère iliaque droite, 6 centimètres. «Je le savais !» hurle le Lucifer-des-Aortes.

«Pfff, Adré et ses aortes.» De la déception du régulateur qui pensait, en m’envoyant sur une banale analgésie, que j’allais me retenir de chasser les monstres pulsatiles ; à l’incrédulité du médecin des urgences chaudes dont je dirais bien qu’elle était au bout de sa vie si je n’avais pas peur de violentes mesures de rétorsions de la part de ma Lionne [qui ne supporte pas cette expression, NDLR].

C’était pas une aorte. C’était une artère iliaque primitive. Fissuraire. Qui a rompu quelques minutes après que nous ayons déposé le patient à l’hôpital. Preuve de mon innocence aortokarmique.

image2

Anévrysme de l’artère iliaque primitive de le monsieur. Belle bête.

Moralité : l’échographie est ton amie.

Plouf plouf.

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