LOSLAFA (1)

C’est devenu mon putain de Karma.

[Note de la Rédaction : Merci de ton indulgence, lecteur, ça fait des lustres que je n’ai rien blogué et je sais plus comment qu’on fait]

[Note pour moi-même : C’est cool, avec un juron dès la première phrase, t’as dégagé une bonne partie du lectorat potentiel. Enfin tranquilles.]

[Re-note de la Rédaction que t’as le droit de lire dès lors que les jurons te font pas convulser : je vais vous le livrer en plusieurs fois, ok ? Parce que ce que j’ai à dire est très long et que si je veux le publier d’une traite ça se fera jamais ; alors que là en ayant déjà mis un pied dedans je suis obligée de finir l’histoire.]

J’aime pas les scores.

C’est sans doute formidable, les scores, mais je peux pas. Les scores qui te permettent d’estimer le risque de telle pathologie en combinant selon de savants algorithmes des éléments tels que l’age du patient, son taux de cholestérol, le 3e chiffre de l’avis d’imposition de son podologue et le nombre de fourmilières qu’il aura trifouillé avec un petit bâton quand il était enfant.

Ce sont les seuls trucs sur lesquels j’ai toujours fait de totales impasses pour les exams. Tellement j’en ai rien à battre, des scores.

Hier avec une admiration non feinte j’ai écouté mon externe me détailler que Mr Z avait tel résultat au score de Wells ou je-sais-plus-quoi et que donc son risque de phlébite était comme-ci-ou-comme-ça-je-sais-plus. J’y suis imperméable alors même que j’imagine que ces trucs ont un réel intérêt. Je lui ai fait l’écho 4 points pour aller chasser la phlébite et pi c’est tout.

C’est pas ma manière de fonctionner. De nombreuses études ont largement démontré que le maquignon clinicien était mauvais dans l’estimation de certaines pathologies ou dans l’appréciation du risque individuel de complication d’autres maladies, je sais, j’ai même largement surfé sur l’une d’entre elles pour vendre l’objet de mon mémoire de médecine d’urgence. Mais bordel. Enfin reviennent en force les notions d’impression clinique, avec études soulignant qu’un toubib expérimenté (pas un tocard ni un qui a encore des dents de lait) pulvérisait tous les scores de la Création dans sa finesse diagnostique et pronostique. Le nez, bordel. Le métier. Celui là même qui m’a fait constater 30 minutes après l’avoir poussé au déchoc que le patient que je trouvais moche avait effectivement 6,84 de pH (#CeuxQuiSaventSavent) ; ce qui est moche, mais en chiffres.

Néanmoins il y a 1 score auquel j’adhère.

Le LLS.

Je l’ai découvert au SMACC à Chicago. Le SMACC est un congrès auquel 3 français en moyenne vont chaque année, dont bibi. C’est également, à ma connaissance, le seul congrès qui se joue à guichets fermés. Les places (very very chères) (en $, j’entends) ouvrent un jour et une heure donnés, et pam en 1h y’a plus rien. Mais 99,99% de tes collègues français te regardent avec cet air désapprobateur « Mais qu’est-ce que t’es allée foutre là bas ? » [« Ben je suis allée dans un congrès ou on ne m’apprend pas chaque année que les anticoagulants, ça fait saigner« ]. Il faudrait plusieurs posts pour vous expliquer ce qu’est le SMACC, je ne le ferai pas ici.

Le LLS-score me convient. Il s’appelle également le WALL-score.

Il est destiné à déterminer le seuil transfusionnel dans le cadre de l’urgence. Selon le pays et l’année, les recommandations diffèrent. Trop. Trop de blabla et de chiffres.

Le LLS est à ma portée. Le résultat est soit 0, soit 1.

LLS. Looks like shit.

Patient => moche moche moche => LLS = 1 => je transfuse. ET JE M’EN CARRE PROFONDÉMENT DU TAUX D’HÉMOGLOBINE, DE SON AGE, ET DU TOUR DE TAILLE DE SA MAÎTRESSE DE CM2.

Et puis cette année là, au SMACC à Chicago, j’ai appris une 2eme chose. (Ce qui est plutôt bien, vu que j’étais enceinte jusqu’au cou et que l’interne qui doublait ma gynéco a failli convulser quand arrivant à ma consult des 26 semaines, dans mon habit de lumière SMUR, déposée avec les gyros pour pas être à la bourre parce que je venais de ramener un patient en massant pour le mettre sous ECMO, j’avais quémandé « au fait, j’peux avoir mon certificat pour Chicago ?« . (((On failli la faire admettre au déchoc pour état de mal épileptique quand elle a su que je faisais encore du SMUR à 34 SA))))

Ceci :

E4E79FA2-EAA7-4566-B48D-84FFAA20DA08

C’était sans savoir que cela allait devenir mon Karma.

To be continued au-moins-quand-j’aurais-plus-la-vessie-pleine…

Publicités
Cet article a été publié dans Instantanés, Régul. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour LOSLAFA (1)

  1. Camille dit :

    Mais que c’est bien ! J’avais oublié que ton blog me faisait pleurer de rire une fois sur deux, que ta façon de raturer hypocritement des vérités (cf. maquignon-clinicien) est aussi savoureuse qu’un caramel mou et que tes raccourcis sont carrés, binaires, donc parfaitement idoines.
    Je dis : encore et merci !

  2. B. dit :

    Coucou,

    Ça va peut-être te rassurer, ou pas, de savoir que les scores sont aussi mauvais que les praticiens dans l’évaluation du risque en termes de morbimortalité : http://www.minerva-ebm.be/FR/Article/2117
    Mais depuis que j’ai lu « Gérer l’incetitude » de Gigerenzer, je n’ai plus qu’une confiance limitée dans le raisonnement humain… Donc de la peste ou du choléra…

    Bises

    BruitDesSabots

  3. Dona Juana dit :

    On dirait un prénom islandais , Loslafa…

  4. topolou66 dit :

    bonjour doc adré, contente de vous revoir bloguer.. merci beaucoup. j’adore votre style
    contente de voir aussi que je ne suis pas la seule à ne pas encadrer les  » scores » trucmuche..incapable de me rappeler de ces choses…
    LLS, c’est bien, tout pareil.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s