Huile

C’est une chaîne.

Et comme toutes les chaines, la roue tourne d’autant mieux que les engrenages et les maillons sont en parfait état. C’est sûr qu’avec un élément pété, ça marche moins bien. Mais l’huile, bon sang.

La chaîne de soins. Celle, si particulière, de la (ma) médecine d’urgence. On ne fait pas de grands miracles quand y’a pas assez de personnel, pas assez de moyens, trop d’éléments structurels ou extérieurs qui sont autant de grains de sables dans un mécanisme qui au mieux, s’adapte. Certes.

Mais le pire, le plus con, le plus dommage, c’est quand le souci vient juste de la carence en huile. Or les soucis, même avec des mailles en acier galvanisé et des engrenages en titane, surviennent inévitablement, si l’huile n’y est pas.

Ça me pèse. Beaucoup.

On a tous nos ego. Surtout moi. On a tous nos compétences, nos qualités. Des limites, aussi. Humaines, techniques, etc. L’immense barda qu’est la machine humaine fait qu’une faille isolée n’est souvent pas suffisante à faire tout foirer, pour peu que le reste de la chaîne fonctionne. AVEC DE L’HUILE, BORDEL.

L’huile, c’est l’interaction. Le respect mutuel. La compréhension. La communication.

Faudrait des encarts sur les bureaux des uns & des autres, comme sur les paquets de clopes, pour le leur rappeler : «SE HAÏR ENTRE SOIGNANTS NUIT GRAVEMENT À LA SANTÉ DE VOS PATIENTS».

Globalement, si fatigué / surmené / intellectuellement limité / mal réveillé qu’il soit, le soignant, dans la chaîne, parvient à faire sa part du travail, saisissant le témoin avant d’à son tour passer le relais. Aux autres maillons de la chaîne. Et ça se passe.

Les médecins, ceux-là même qui s’engagent en prêtant serment à notamment faire preuve de confraternité, sont les champions toutes catégories du crachage à la gueule de leurs pairs. Omettant que c’est la meilleure façon de faire péter la chaîne.

Forcément, du crétin de généraliste, en passant par le connard de régulateur, puis le demeuré de smuriste, jusqu’à l’abruti des urgences : l’énergie mécanique d’efforts conjoints se meurt, noyée dans des torrents de haine orangoutanesque.

Ça me pèse. Vraiment.

C’est pourtant si beau, une chaîne qui fonctionne bien. C’est pourtant si simple. Y’a pas besoin d’être des dieux de la médecine. Croyez moi. Le b.a.-ba de l’efficience, c’est la lubrification.

J’en ai chié, aujourd’hui. Pas techniquement. Pas directement. J’en ai chié de la prégnance, si pesante, autour de moi, du mépris des maillons envers les maillons. Ça m’use, quand bien même ça ne me touche pas personnellement.

Mettez de l’huile, les gars.

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6 commentaires pour Huile

  1. Doña Juana dit :

    Il y a ici des associations de FMC regroupant des MG et des spécialistes , libéraux et hospitaliers , et qui se retrouvent une fois par mois , avec ou sans topo . Quand il n’ont pas d’intervenant extérieur , l’un d’entre eux fait une revue de presse , et ils traitent deux ou trois cas cliniques . Puis c’est le dîner , offert par le labo dont le délégué a mis à disposition les stylos et les blocs-notes , et éventuellement poussé l’outrecuidance à disposer les fiches poso de ses produits sur une table . Oui , je sais , ça fout des boutons à certains , mais ainsi les soignants se rencontrent , ce qui est un grand pas pour que tout baigne…dans l’huile .

  2. doudou13314682 dit :

    bien dit! ma recette:90 d’huile 9 % de citron car les gentils purs n’ont aucune chance de survie 1% de sable car parfois les dérives sont telles qu’il faut bloquer l’engrenage pour repartir sur de bonnes bases

  3. Fleur dit :

    « L’huile, c’est l’interaction. Le respect mutuel. La compréhension. La communication. »
    C’est le secret de la vie en société ! Merci de le dire

  4. scolastik dit :

    Je n’ai jamais commenté, je viens parfois lire, et aujourd’hui ça me parle beaucoup. Je travaille dans l’EN et si seulement les gens pouvaient utiliser l’énergie qu’ils mettent à se mettre des bâtons dans les roues à canaliser leur haine, on ferait sans doute un peu moins de mal aux gamins qui nous sont confiés et qui la plupart du temps nous font confiance.

    Merci pour ce poste.

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