La Crise du Logement

Mon Chéri il est super fort. [Trémolos admiratifs dans la voix]

Même qu’il sait descendre des pistes noires. Perso, je ne descends que des verres de vin blanc, c’est beaucoup plus sûr au plan traumatologique. Et là, il s’est mis au ski de rando. Voilà. [Si j’en vois un faire une moue signifiant que c’est banal, je m’engage à lui prêter une pince pour ramasser au sol ses dents que je lui aurais préalablement cassées.] Donc il s’est mis à faire du ski de rando, a pris des cours toussa, s’est inscrit à un groupe qui organise et encadre des sorties à la fac (il enseigne sur un gros campus).

Aujourd’hui il a fait une sortie «Tout public» ou «Tous niveaux», je-sais-plus-je-sors-de-garde, m’enfin une sortie pas que pour les stakhanovistes du truc, quoi. Et il s’est payé un moniteur qui a un gros gros problème de crise du logement. Dans son crâne.

Le mec, pour sûr, il est super méga fort. Normal. C’est pour ça qu’il devance le groupe au point de ne pas pouvoir repérer si y’en a qui se gaufrent. C’est pour ça qu’en pleine sortie, il abandonne carrément ses brebis pour aller se faire son petit exploit en solo, de préférence à un endroit où tous peuvent l’admirer.

C’est «Tout public / niveau». Ce qui explique sans doute l’absence totale d’accompagnement de ceux qui se retrouvent en difficulté technique. Le rythme effréné. Gravir un sommet, arriver le premier, attendre les autres, et quand le dernier arrive (ce qui à mon sens signifie que c’est celui qui en a le plus chié, enfin ça n’est que mon idée, hein…), prétexter un risque de changement météo et repartir aussi sec. Pas une minute de répit. C’est con, j’ai vu les photos, je skie pas mais je connais assez la «montagne» pour savoir dire que là, non, point de grain à redouter dans la demi-minute. D’ailleurs y’a pas eu de grain. Groumpf.

Tous lui ont dit, à mon Chéri, qu’ils espéraient juste que ce mec avec une boite crânienne trop petite pour contenir des neurones autres que dédiés à une activité motrice pure ne l’ait pas dégoûté d’une telle activité. Avant, pendant, et après la sortie.

Le type, une des rares fois où il s’est adressé à une des seules brebis de son groupe à avoir approximativement son âge, soit une quasi-cinquantaine, mon amoureux donc, ça a été pour lui lancer sèchement un «ton problème, c’est qu’il faut que t’apprennes à skier». À quelqu’un qui a réussi malgré tout à suivre ce qui n’était pas une sortie «Tous niveaux» malgré l’étiquette.

[Pause couchage d’enfant et carressage de chat]

L’idiot. Son problème à lui, c’est qu’il faut qu’il apprenne à penser. Et c’est pas gagné.

Que dans un groupe «Tout public», y’a éventuellement des gens qui sont pas aussi fabuleusement doués et entraînés que lui. Ne serait-ce que parce qu’ils sont généralement occupés à faire d’autres trucs, comme de faire de la recherche et d’enseigner à la fac. Ne serait-ce que parce que se taper des dénivelés de tarés, j’aimerais savoir si il en serait capable, ce demeuré, en étant à moins d’un an d’une chirurgie à cœur ouvert. Avec des bétabloquants qui entravent le cœur dans l’effort. Crétin.

Mon Chéri n’a pas l’air traumatisé. Il est tellement au-dessus qu’il ne lui est pas rentré dedans. J’ai pas, ça. Cette sagesse. Je crois que comme mon homme, j’aurais encaissé, longuement. Ruminant. Pour mieux le démolir ensuite.

Un p’tit TC grave sur la neige, avec son crane dans le rôle de l’extrémité céphalique traumatisée, ça m’aurait détendue. Promis je me serais décarcassée dans la prise en charge et la prévention des ACSOS, histoire de limiter l’œdème cérébral potentiellement délétère pour ses deux neurones moteurs, dans sa boite crânienne déjà trop étroite pour héberger d’autres cellules grises.

C’est pas mon boulot, le ski. Et puis j’y connais rien, à part les magnifiques fractures de jambe inhérentes. C’est pas mon boulot, la pédagogie.

Par contre c’est dans mes cordes de dire : «Non, là, désolée, mais y’a plus de cerveau, il a trop manqué d’oxygène [l’altitude ?]. Y’a plus rien à faire. On arrête la réanimation.» [Et venez pas me saouler avec l’idée que le froid, ça protège les neurones. Ça peut pas protéger des neurones qui ont jamais été là.]

Groumpf qu’il m’a agacée, ce demeuré manquant de place dans son crâne. J’ai pas la sagesse, non.

Lui aurais bien fait bouffer ses skis. Par le nez. Grrrrrr.

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4 commentaires pour La Crise du Logement

  1. Cécile la quadra dit :

    Pour être parfaitement charitable il faut vérifier que les skis peuvent ressortir aisément après qu’il les ait bouffé. Pour cela il convient de s’assurer qu’ils passent par le trou de balle, une fois ce contrôle effectué et validé on peut en toute quiétude les lui faire avaler par les trous de nez.
    Suis pas très sage non plus face à ce genre de petit cerveau déconnecté de la réalité, j’aime le ramener à des considération bien plus matérielle et concrète.

  2. Galilea dit :

    Complètement dac avec toi; amatrice de sports de montagne, et ex épouse d’un médecin militaire dans les chasseurs alpins, j’ai eu l’occasion à maintes reprises de voir à l’oeuvre ce genre de personnage, avec les envies de meurtre qui vont avec…groumpf…
    Petite devinette: quelle différence y a t il entre Dieu et un moniteur de ski???? hein?
    Réponse: Dieu, lui, ne se prend pas pour un moniteur de ski…!

  3. Aluthiel dit :

    Ah ! ces gens qui aiment se montrer, prouver qu’ils sont les plus forts, les plus beaux, les plus doués, qui aiment briller en société en ayant rien à cirer des pauvres gens qui les entourent, si ce n’est pour que ceux-ci relatent leurs exploits.. Que du bonheur !
    Je n’aurai pas non plus eu la patience de ton chéri !
    j’aurai envisagé aussi de lui faire bouffer les bâtons de ski par les oreilles ! Et qu’on aille pas me dire que ça ne communique pas avec le reste du système digestif, c’est un moyen comme un autre d’essayer de le prouver ! ou de s’en servir de base comme cours d’anatomie tiens..
    (bon c’est là qu’on voit que je suis nulle en anatomie, si ca se trouve ca communique et j’me ridiculise, mais on s’en fout, j’suis pas là pour briller en société moi ! ^^ )

  4. CChristine dit :

    il a trop manqué d’oxygène [l’altitude ?] ^^ … ben oui… et ça fait longtemps que ça dure !

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