Very long trip

1 an.

Un an sans écrire ici.

Il y avait ce petit être dans mon ventre, la dernière fois. Désormais j’ai du mal à imaginer comment elle a pu y tenir.

Il y avait cette vie citadine avec des allers-retours quotidiens sur un chantier qui serait un jour notre maison.

1 an.

Tout a commencé en janvier 2015.

Nous avions eu le coup de coeur pour une maison. J’avais plongé dedans à corps perdu. J’avais appris son histoire en déchiffrant plusieurs milliers de pages d’archives locales du XVIe au XIXe siècle. J’avais acquis de solides notions concernant le bâti ancien, les matériaux et méthodes de constructions de l’époque, les techniques de rénovation spécifiques. J’avais fait mien le vocabulaire des différents corps de métier des artisans (sinon ils te prennent pour une quiche). J’avais dressé les plans de cette ancienne ferme dont aucun document ne traçait l’agencement des pièces. J’avais réalisé ceux de la bâtisse rénovée qu’elle allait devenir, plaçant chaque interrupteur, calculant la possibilité de poser un escalier (sur mesure, nécessairement) à tel endroit. J’avais fait établir tous les devis qu’il était possible d’établir en peu de temps, c’est à dire qu’il allait en manquer beaucoup. J’avais monté les dossiers de prêt bancaire pour l’achat de la maison et les travaux dont le montant avait été estimé. Je m’étais battue contre plusieurs compagnies d’assurance qui rivalisaient d’ingéniosité pour ne pas avoir à couvrir l’homme, opéré à coeur ouvert trois ans plus tôt.

Le 6 janvier 2015 nous avons posté les derniers documents à la banque qui nous a envoyé l’offre définitive de prêt quelques semaines plus tard.

Le 6 janvier 2015 la première cellule de celle qui allait naître 9 mois plus tard s’est formée, décidant que Maman allait trouver ça vachement fun de devoir refaire les plans pour ajouter une chambre d’enfant sans plus pouvoir toucher aux devis.

Il y a eu la traversée d’une sorte de désert. Celle où tous les jours tu rêves de te planter. [Prenez le sens que vos défenses psychiques vous autorisent. ]

Il y a eu le début des travaux. Les tonnes de gravats qui ornent encore magnifiquement une partie du jardin devant la maison, au pied des peupliers centenaires. Les artisans qui croient que parce que t’es toubib tu vas pouvoir raquer des suppléments. La chute vertigineuse des revenus parce qu’en 2016, l’égalité des sexes, c’est que si t’es médecin et enceinte, c’est financièrement une catastrophe [sauf si t’es praticien hospitalier titulaire] [-70% des revenus pour moi], et ce même si tu pousse la bonne volonté jusqu’à faire du smur à 7 mois et 1/2 de grossesse et réguler 1 nuit sur 2 jusqu’à la veille du congé mat. Plaie d’argent n’est pas mortelle mais je tenais à signaler cette merveille de l’égalité entre homme et femme au 21e siècle. Bref, le début des travaux et bibi pour les diriger, ainsi qu’y mettre la main, enceinte crescendo. Je me suis bien marrée. Les artisans qui pour décharger du matériel pensent pouvoir couper la branche d’un arbre. Leurs mines déconfites lorsque je leur ai expliqué qu’on allait pas couper une branche qui avait mis 30 ans à pousser pour 5 minutes de déchargement, concluant : « les bras ». Je me suis vraiment bien marrée. Me voyant bosser du matin au soir sur le chantier malgré ma silhouette pachydermo-gravidique, ils ne pouvaient rien y répondre.

Il y a eu ce matin où j’ai dit à l’homme que je n’irais pas charrier mes brouettes de cailloux (je rebouchais une ornière) ce jour là. J’avais de longues semaines souhaité que ça n’arrive pas avant ce jour-là, parce que le train m’amenait ma sœur quelques jours. Ma mère est venue aussi. Décidément le fait que je n’aille pas jouer avec mes cailloux ça voulait dire qu’il fallait venir. La petite l’a compris et elle est née, dans la soirée.

Il y a eu nos semaines de cocon, toutes les deux. Sans allers-retours, sans chantier. Avec de l’amour. Des tonnes d’amour.

Il y a eu la reprise du boulot. Les horaires aménagées me permettant d’assurer un temps de travail à 100 %, voire pas mal plus (100 % = 48h hebdo), un allaitement maternel exclusif 100 % jusqu’à 6 mois (puis poursuivi mais en diversifiant l’alimentation de celle qui était déjà surnommée Morfalette), une présence sur le chantier à-temps-plein-du-reste-du-temps (huiler les parquets en sortant de 24h de garde pendant que la petite est chez la nounou ; se planquer des artisans toutes les quelques heures pour tirer le lait dans le froid d’un chantier hivernal …).

Il a eu la considérable majoration du rythme pendant une dizaine de semaines à cause du déménagement qui se profilait. Les journées qui commencent à 6h et se finissent à 23h30 sans interruption, alternées avec des gardes de 24h. Sans demi-journée off. Never.

Il y a eu la première nuit dans la maison. La super équipe de copains/famille qui nous a aidé a décidé d’installer notre lit devant la fenêtre. Le premier réveil avec les arbres pour nous dire bonjour.

Vous voyez, je n’en suis qu’en mai, et même en résumant drastiquement, ça fait beaucoup de choses à raconter.

Il reste beaucoup à dire. Les écureuils dans les arbres. La petite puce qui grandit et qui désormais se dandine en regardant la chaîne stéréo et lui envoie des bisous. La grande qui est au collège. La très grande de l’homme qui est à la fac.

Je reviendrai, bientôt. Je ne crois pas pouvoir être plus occupée que ce que j’ai été depuis 1 an.

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12 commentaires pour Very long trip

  1. DocArnica dit :

    L’énergie pure transmutée en amour ! Bises

  2. dragon 17 dit :

    Merci de revenir nous voir ! C’est toujours un plaisir ! Un bisous a Morfalette et à sa maman !

  3. Christelle dit :

    Quel bonheur de vous retrouver !!!!!

  4. Caro dit :

    Wow ! Juste … wow !!! Chapeau !

  5. Kez dit :

    félicitations pour toutes ces choses accomplies en 1 an.

    Sans avoir aucun privilège, je dénote une certaine hyperactivité qui ne doit pas remonter à la dernière année ;-). C’est bizarre le nombre de médecins hyperactifs que j’ai pu rencontré dans ma carrière. On devrait faire une étude pour voir si il y a une corrélation 😘

    En tout cas étant à l’époque de ma grossesse une privilégiée de salariée de grande boîte, j’ai pu resté 6 mois à la maison avec ma fille en piochant dans mes congés non pris. En bonne citoyenne je n’ai même pas demandé les congés pathos, et le mois supplémentaire allaitement: quelle quiche j’étais.

    Aujourd’hui étant indépendante je réalise la chance que j’avais. Bon vu mon grand age, je ne vais pas perdre de revenus pour grossesse.

    J’ai aussi connu les assurances pour prêt immobilier avec un conjoint ayant une maladie invalidante sur longue durée. Bon à part le décès tout le reste est exclu. Ça a été vite vu.

    Bref un long commentaire pour dire que en tant que urgentiste le multitâche vous (te) connaît mais attention au burn out. Et profite(z) bien de votre puce et de la nouvelle maison

  6. boulette dit :

    Ah ben mince alors, j’ai eu l’impression de relire mon propre compte rendu des travaux!!! Une maison à rénover, avec le rythme SAMU (je suis permanencière, on est en 12h pas en 24h comme vous mais bon..), être chef de chantier tout-le-reste-du-temps, les ouvriers qui hallucinent de vous voir débarquer en sortie de garde, mais qui vous prennent pas plus au sérieux pour autant (ben oui, vous n’êtes jamais qu’une femme, fut-elle en bleu de travail dégeu..) Bref, merci pour ce beau témoignage, personne n’imagine ce que c’est…Et c’est bizarre quand ça s’arrête, hein?

  7. wain" dit :

    waoh ! ce sont des mois qui épuisent et qui marquent, mais qui sont aussi si plein de vie ! l’essentiel est dit, garder en tête de savoir se poser un minimum si besoin (et tant mieux si Morfalette a permis ce recentrage spatio-temporel ) , pour le reste, quel plaisir de lire ces nouvelles 🙂 Vivement la suite ! 🙂

  8. A dit :

    Docadré, ça fait un bail que j’étais pas venue sur ce site. C’est chouette d’avoir de vos nouvelles. Demain c’est ma première garde au SMUR (d’externe hein, seulement), eh beh c’est ici que j’ai eu envie de trainer (– plutôt que relire le collège de réa que j’aurai de toute façon totalement oublié dès qu’on sera appelés…).
    Ce blog = meilleure sensibilisation au travail du SAMU. Et une auteure beaucoup trop chouette.
    J’ai un peu la trouille, mah bon. (Surtout parce que j’ai pas vraiment fait mais acheté le gâteau obligatoire ; ) J’vais m’prendre des coups de défibrillateur)
    Plein de pensées pour vous, la nouvelle petite crevette, les plus grandes crevettes, le papa crevette, et sincèrement beaucoup d’admiration pour ce que vous faites tous les jours.
    A.

    • docadrenaline dit :

      Ça va bien se passer !
      Pour ma part je serai en régul (mais probablement pas dans le même SAMU).
      Merci beaucoup pour les compliments ; je vais tâcher d’écrire un peu régulièrement ici.
      Et merci pour les pensées.
      Bonne garde demain !

      • A dit :

        J’ai survécu! ; )
        Nope, pas le même SAMU. On n’a pas du tout le même rôle que Mojito, nous.
        Merci pour les encouragements ❤
        Y a encore du boulot en ce qui me concerne…. Haha si je pouvais raconter ma garde avec autant d'humour je le ferai, mais là je crois qu'il faut juste que je dorme!!
        Bises

  9. Totoro dit :

    ❤ ❤

  10. Félicitations (en retard…) et reviens nous

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