Sweet home

Il y a eu trop de bazar. Assez pour que la soupape du jardinage soit dépassée, que j’en pète, que je me sente trop à l’étroit et pas libre de faire ce que bon me semblait. Alors j’ai demandé à Mr Rrrrrr. (il les roule suffisamment pour qu’on en mette plusieurs), proprio de mon chez-moi-chez-lui-en-fait, si il serait disposé à vendre. Rrrrr-junior, qui s’occupe des affaires courantes, m’avait jadis avertie que le père voudrait jamais. Néanmoins, grâce à mon sourire ravageur et à mes aimables (bien que je doute qu’il se souvienne de ma gueule) relations avec le meilleur gériatre de la région auquel je l’ai un jour adressé, v’là ti pas que Rrrrrr-sénior acquiesce, à la condition que Junior s’aligne. Se retranchant derrière de politico-fiscalo-boursicotofinancières tendances actuelles défavorables (ça dépend pour qui) auxquelles je ne puis rien malgré mon usage systématique du droit de vote, Junior me fit un couplet m’exposant en quoi c’était pas le moment et que donc niet. Non sans avoir lorgné mes seins, ou mes cuisses, ou peut-importe quoi du moment qu’il ne m’avouait pas les yeux dans les yeux que Papy-Rrrrrr avait bon dos.

Donc. Renonçant à mon vœu de vivre comme un patachon éternellement, j’ai décidé d’acheter une maison. Ça me fait encore mal entre les ischions, conceptuellement.

Et là, c’est le début des compromis (même pas de vente), or comme le dit la maxime familiale : «Concessions, pièges à cons». [C’est de cette éducation que découlent mes talents diplomatiques si délicats de bazooka croisé avec un pitbull de Komodo, y’a pas d’secrets.]

J’ai voulu acheter la maison située à R. Grande, immense jardin, dépendances, véranda mignonne, etc. Pas trop loin du boulot de Mr ni du mien (comme de par hasard d’un coté et son opposé de la BigCity locale, sinon c’est pas drôle). Prix : quasiment que dalle. Me souvenant que l’homme refusait de vivre «chez moi» et que cela impliquait qu’il participe à l’achat, je lui ai donc demandé son avis. Défavorable. Shit.

Ensuite nous avons commencé à visiter des maisons. Juste assez pour m’apercevoir que les annonces immobilières fourmillent de spécificités langagières qu’il convient de décortiquer. Exemples :

– «Proche TelBled» = à 15 km de virages au bas mot.

– «20 minutes de BigCityCentre» = même en hélico, on met pas moins de 30 min, et encore juste pour en atteindre la périphérie la plus proche.

– «Jardin intime» = 2m² d’herbe.

– «Gros potentiel» = tout pourri dedans.

– «Évolutif/ve» = tout pourri aussi, en gros t’en a pour 4 fois le prix de la baraque de tout refaire.

– «Dans un quartier calme et résidentiel» = dans un putain de lotissement. Je HAIS les lotissements.

– «Maison d’architecte» = dessinée spécialement par le gamin de l’archi, âgé de 5 ans 1/2, manifestement déjà gros consommateur de ganja voire d’acides.

– «Maison de village» = tu peux te brosser pour avoir un jardin.

– «Vue sur <insérez ici le panorama le plus enviable de votre région>» = Au bout du monde, et si t’as le même dealer que le gamin de l’archi, il n’est pas exclu que par temps clair tu puisses dire dans quelle direction se trouve le panorama enviable régional.

– «Atypique» [NB : dans une annonce de professionnel, j’ai authentiquement trouvé ce mot écrit «ATHIPIQUE». Si si.] = Honnêtement, ça ressemble à rien.

– «Commerces à proximité» = Soit direct sur le parking de l’hypermarché, soit au contraire à quelques encablures … en hélico.

Et puis nous avons trouvé celle qui a fait l’unanimité. Et puis elle n’a plus fait l’unanimité dès lors que ma banque a dit «ok» les yeux fermés et la langue sur les babines (mioum les bons clients), et l’homme a commencé à rêver trouver mieux.

C’est quoi mieux ? Pour concilier nos critères, c’est chaud. C’est de l’ancien rénové parfaitement, avec une cuisine équipée ouverte sur le séjour immense, avec une cheminée, de vaaaaaastes chambres, facile à chauffer, de belles salles d’eau/de bain, avec un jardin immense, une piscine, des arbres, du calme, hors lotissement, à coté de son boulot [et moi, je peux crever la bouche ouverte quand bien même il me reste vachement plus de temps avant la retraite et que je paye les 2/3 du crédit], accessible en transports en communs, avec tout un cursus scolaire de qualité à portée.

Pour pas cher.

On en a trouvé 1. Qui soit parfaite. Sauf que la route qui la longe, bien que cachée par assez d’arbres pour se baigner à oualpé tranquillou, est bruyante. Groumpf. J’ai trouvé la parade avec un mur anti-bruit. L’homme a trouvé la parade en prétextant que le chemin de randonnée qui passe devant la maison, traverse ensuite la propriété voisine et que donc il ne peut pas aller courir.

On en a trouvé une autre, qui n’était pas ancienne, mais très sympa quand même. Qui lui plaisait. Elle nous est passée sous le nez le temps qu’il tergiverse.

J’en suis au stade où j’hésite à lui faire signer un compromis sous propofol.

Sinon, reste l’option d’acheter une des splendides demeures qui ont le seul défaut d’être à Perpette-Les-Oies. Faut que je demande au taf si ils veulent pas me prêter un hélico avec un forfait kérosène-pilote payable en sourires ravageurs.

Parce que là, j’en pète. Je veux déménager maintenant. Vraiment.

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3 commentaires pour Sweet home

  1. Doña Juana dit :

    Mon propre homme ( j’aime bien…) et moi-même avons beaucoup crisé lors de la recherche de notre propre home ( oh oui , j’adore ! ) . C’était la période faste pour les vendeurs , et notre région étant très convoitée , on nous proposait des ruines en bord de route pour le prix d’un château …
    Notre histoire a souvent failli capoter , parce que bien sûr , chacun avait droit de veto ( on ne s’endette pas grièvement pour des décennies pour une maison qu’on n’aime pas ! ) , mais avec le recul , je crois surtout que j’avais plus envie de rester où nous étions locataires , c’était un crève-cœur que de quitter cet endroit où j’avais vécu si longtemps . Peut-être ton homme aime-t-il votre home actuel ? Dans ce cas , il aura besoin d’un vrai coup de foudre pour arriver à sauter le pas .
    Alors ne désespère pas , multiplie les visites , tu l’auras ta merveilleuse maison !

  2. Fleur dit :

    ça fait loin Perpette-Les-Oies !!

  3. Agathe dit :

    Quelle plaie de vivre avec un rêveur-girouette ! …

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