Smupermarché

Avant que la gamine ne décide, zappette à la main, de mettre Radio Classique [WTF ?!?], j’écoutais une dame dans le poste qui causait d’une niche ethnosociologique dont elle avait étudié les voyageurs : les supermarchés.

Car, comme le soulignait en introduction la journaliste, nous fréquentons tous ces temples de la société consumériste, bon gré mal gré, ne serait-ce que pour remplir les placards & autres chambres frigorifiques domestiques. Tous ? Non. Une poignée d’irréductibles fumeurs de bédos retranchés dans les montagnes & myself résistons encore et toujours à l’en-vous-avez-la-carte-du-magasin-le-petit-Yohan-attend-ses-parents-au-rayon-viande-sseur. «Mais comment fait-elle ?» s’interroge alors le lecteur curieux de découvrir tous mes secrets en 3 fois sans frais. Eh bien c’est simple : j’ai dégoté un super-homme [1 m75, l’œil vif, le poil ça vous regarde pas, bac + 30, bien sous tous rapports et dessus aussi] qui, tel un chevalier, brave le danger et va au super-marché. [Bon mais comme ça le gonfle aussi, il commande sur internet et ne pénètre dans ces édifices que sporadiquement]. Quant à moi, je claque compulsivement ma tune sur internet en commandant plus de lingerie de luxe que ce que mes tiroirs ne peuvent supporter, et le seul centre commercial que je sois capable de fréquenter sans gasper est la Suède.

Pourtant, ce serait mentir d’affirmer que jamais je ne vais faire mes courses au supermarché. Il faut le reconnaître, ça m’arrive, quand même, de m’exposer aux néons surpuissants, à la décadence et l’outrance mises en rayons, à la guidance des désirs que sont allées et vitrines directement accessibles d’un parking de 6 étages [j’en connais un qui citerait ici la Foule Sentimentale de Souchon], à l’escroquerie intellectuelle qui argue une liberté de choix entre les 15 marques de beurre aux cerveaux préalablement huilés de spots publicitaires. Bref j’y suis allergique, à ce bonbon idéologique -douceur des prix, violence du matraquage, de la surabondance & de la stimulation sensorielle – rentre dans le moule ma fille et sillonne les allées avec ton caddie pour mieux profiter de la promo à 19,90 € sur ce produit tellement indispensable à ton épanouissement que tu savais même pas que ça existait : sois matérielle et tais-toi.

Oui, je l’avoue, rien que ces deux dernières années, j’ai bien dû franchir les portes de ces antres du gaspillage décomplexé au moins 5 fois. Sans mourir. Perdue dans cet univers hostile qui ne m’est pas familier, j’ai pourtant su y dénicher mon bonheur malgré un étiquetage des rayons peu contributif vis-à-vis de mes requêtes. Se faire guider par un pompier qui t’attend à l’entrée, c’est bien pratique.

En blanc.

Je suis une adepte du smupermarché. Avantages : on se gare devant l’entrée, on peut mettre un why monstrueux sans se faire épingler par les gars de la sécurité, et on fait pas la queue en caisse. D’ailleurs, on paye pas.

Rayon biscuits : 18 ans crise de tétanie. Sauvée instantanément à la vue d’un cath orange.

Rayon frais : 45 ans, bel infarct, pas frais, le type. Amené sur table de coro avant d’avoir pu profiter de la super promo sur les petits pois surgelés.

Pseudo-boulangerie : 30 ans, tachycardie jonctionnelle réduite avec mumuse-striadyne après échec de l’eau glacée fournie gracieusement par l’enseigne.

Rayon librairie-papeterie : 50 ans, arrêt cardiorespiratoire. Mouru de la mort qui tue (et qui oblige bibi à s’adosser à un exemplaire d’un ouvrage de Marc Levy afin de rédiger le certificat de décès, véridique) malgré réa intensive, probablement car pas massé immédiatement et pour cause : pas un chat dans ce rayon et tombé dans un angle mort de la caméra de vidéosurveillance (en même temps, qui irait voler des livres ?).

Parking : 68 ans, coma hypoglycémique s’étant écroulé à bout de forces en ramenant son caddie, le coffre tristement blindé de sucreries mais verrouillé. Réveillé au carambar intra-veineux.

J’ai pas encore fait la fausse route en pleine dégustation au rayon charcuterie, mais je ne désespère pas. Ni l’accouchement au rayon spiritueux [«Gigondas, mais quel joli prénom !»].

Bon, je vous laisse, y’a ma peau-de-vache sacrée préférée qui me cherche bruyamment des noises sur twitter (oui, j’aime la linguistique, mais je préfère les linguine).

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5 commentaires pour Smupermarché

  1. Doña Juana dit :

    Y aurait-il un caractère héréditaire à cette phobie du supermarché ? Hélas , le SuperDoudou que j’ai dégotté ne m’épargne que les courses de Noël , échaudé par le magnifique « tombage dans les pommes dès l’entrée du magasin  » que je lui avais offert lors de nos débuts christmassiens . Sa pitié s’arrête là . Le reste du temps , il faut bien s’y coller chacun son tour . Alors je me venge parfois en  » oubliant  » ses gâteaux , mais le plus souvent en rapportant à la maison quelque chose qu’il considère comme inutile et encombrant .

  2. Cécile dit :

    Et le malaise, conséquence d’une crise de panique d’une quidam qui cherche désespérément la sortie dans un grand magasin, vous n’avez jamais eu ?
    Il peut m’arriver d’aller chez le Suédois mais la liste des conditions est longue :
    1. accompagnée d’un habitué des lieux (ie l’homme, 1 m 82, frise les 100 kg) qui me promet (juré-craché dessus) qu’il me fait sortir dans la minute « si ça va pas » (ie si j’hyperventile et que tout commence à tourner)
    2. on (nous deux) a établi une liste des choses à regarder pour voir si cela correspond à l’idée qu’on s’est fait à partir de la photo du catalogue (oui parce que si on est sûrs de ce qu’on veut acheter, j’ai pas besoin de venir)
    3. on (l’homme) ne regarde rien d’autre et on se mord la langue quand vient la phrase « Tiens, pendant qu’on est là, si on regardait… »
    4. on (l’homme) a pris un grand sac à l’entrée pour fourrer dedans mon écharpe, puis mon manteau, puis mon pull ; à ce stade, on a conscience qu’il faut faire fissa avant que la dame se retrouve à poil dans le magasin.

    Je ne panique pas dans les hypermarchés où, la plupart du temps, les allées se croisent à angle droit avec au bout les caisses et la promesse de la sortie et où il n’y a ni alcôves vicieuses, ni cloisons qui cloisonnent, ni boîtiers lumineux indiquant la sortie dans trois directions différentes ! En revanche, plus que le rayon « beurre », c’est le rayon « shampoing » qui me plonge dans des abîmes de perplexité : Est-ce qu’il y a vraiment des chercheurs qui s’appliquent à trouver LE shampoing pour cheveux gras de la racine, secs du bout et mous du milieu ? Est-ce qu’ils sont heureux (les chercheurs) ? Si on analysait tous ces shampoings, est-ce qu’on en trouverait deux rigoureusement identiques ? A raison de trois shampoings par semaine, combien de temps me faudrait-il pour les essayer tous ? Si je les examine tous, combien pourrais-je éliminer de shampoings parce qu’ils ne correspondent pas du tout à mon type de cheveux ? Quel est le rapport entre les shampoings et l’horoscope qu’on lit le lendemain de sa parution ? Combien de shampoings différents le consommateur moyen a-t-il essayé ? Est-ce qu’on nous prend pour des cons ? Est-ce que la dame qui regarde avec moi le rayon se demande aussi si on nous prend pour des cons ? Est-ce que je lui demande ? Qu’est-ce que je fais plantée là depuis un quart d’heure devant la rayon des shampoings ?
    Voilà pourquoi, entre autres, j’évite aussi les supermarchés !

    • docadrenaline dit :

      Vos questionnements sur les shampoings sont on ne peut plus fondamentaux, et nécessiteraient que la communauté scientifique se penche sur ces épineux problèmes.
      #MaisQueFaitLeLancet

  3. Blobfish dit :

    Dans mon service de réa, on a eu la fausse route au jambon. Le mec boulottait des tranches au rayon charcut’ en se servant dans les paquets. Et bam arrêt respi.
    Avec le fibroscope, on a retiré de jolis morceaux de couenne quasi intacts. De quoi se faire un beau sandwich.

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