Air-wars Épisode 3 : Le retour du Banzaï

Le moment d’appeler la régulation pour passer son bilan, lorsqu’on a rien compris à ce qu’avait le patient, est toujours désagréable. Ça va pas l’aider à trouver une place dans un service adapté, le gars que t’as au bout du fil.

[Avis aux spécialistes ès Star Wars : je sais que j’ai numéroté 1, 2 et 3 ce qui devrait être numéroté IV, V et VI. Quant à la chronologie, c’est du n’importe quoi. Pour me rattraper, je m’engage à prochainement publier sur twitter une photo d’une peluche à l’effigie du seigneur Vador dans un hélico.]

«La cause de la détresse vitale tu identifieras» m’avait dit Yoda. Ouais ben il est bien gentil, mais c’est pas forcément évident.

Ce soir là, nous fûmes déclenchés pour dyspnée aiguë. Mon régulateur m’informa par téléphoniepathie que le requérant avait à peine pu donner son adresse à C3-PO qui avait décroché l’appel. Tellement il respirait comme un rancor.

Ça sentait le piège en arrivant. Une petite maison, pas de lumière, un portail fermé. Le sens des responsabilités La Force nous poussa à tenter notre chance malgré tout. Chewi fut le premier à sauter par dessus le portillon en mugissant un truc. Je lui emboîtais le poil angora pas. Docteur-Knocking on the patient’s door, nous nous attendions à devoir défoncer la porte comme dans les films d’action trouver un mort.

Mais non. À bout de souffle, un homme vint nous ouvrir. Chewi shyriiwooka encore un truc, et soutint le patient qui ne devait faire que le quart de son poids sans compter les poils jusqu’au canapé, demi-assis of course. Scope, oxygène, voie veineuse, examen clinique.

Fréquence cardiaque 95, tension 13/7, sat 85 % remontant rapidement à 98 % sous un peu d’oxygène, ECG normal, examen clinique pauvre en dehors de quelques crépitants des bases et une dyspnée de rapide amélioration sous O2.

Une fois Mr Malmondos un peu mieux, je lui demande quels sont ses antécédents et ce qui s’est passé ce soir.

Mystère.

En dehors de quelques lombalgies traitées par du mépris et un peu de paracétamol, Mr Malmondos, 83 ans, n’a aucun problème de santé. Il vit seul avec ses 50 kg tout mouillé et ses petites manies qui ont bercé sa vie de milliers de névroses [♫].

Et il a manifestement fait un OAP de constitution si rapide qu’y’a forcément un loup, et qui pour une raison surprenante commençait à spontanément s’améliorer juste avant notre arrivée ; sans quoi il n’aurait jamais pu nous ouvrir la porte. Mr Malmondos décrit très bien une dyspnée d’apparition brutale, intense, puis decrescendo après quelques minutes.

On ne devient pas insuffisant cardiaque grave d’une seconde à l’autre sans raison. Sauf que la justification physiopathologique à sa dyspnée brutale, je ne la trouve pas.

Ça sonne pas ischémique. Pas de douleur thoracique, ECG normal, nada argument pour cela. Ça souffle pas rupture de cordages non plus. Ça tape pas anormalement ce qui élimine le trouble du rythme. La poussée hypertensive aiguë à 13/7 de tension, pas ça non plus. Oui mais quoi, alors ? Je sais pas. Bien que Mr Malmondos crépite un peu des bases, ce qui signe la queue de comète de l’OAP, s’égrènent les diagnostics différentiels dans ma tête. Pas d’imputabilité du repas : oublions la fausse route. Rien qui ne fasse maladie thrombo-embolique. Rien non plus qui sente le sepsis, ni même le pic fébrile mal toléré. Rien, rien, rien. Donc, je sais pas. Ni ce qu’il a, ce brave homme, ni comment le traiter, en dehors de l’apport d’oxygène.

Spagrave, on va appeler la régul histoire de passer pour une débile une fois de plus. Quand on aime, on ne compte pas les occasions de susciter la consternation. Je compose le 15. ♫ Tan tan tan, tan tataan, tan tataan ♫ [Quand je serai Ministre de la Santé Dans mes rêves les plus fous, la musique d’attente du SAMU = Marche Impériale] [Avouez que ça serait la classe].

«Ui allo c’est Leiadré, je suis à Naboo avec Mr Malmondos, et …» Et le scope affiche soudainement une fréquence cardiaque à 180. «J’te rappelle».

Banzaï le rythme, de retour.

Un ECG et plusieurs points d’interrogation plus tard, je comprends pas bien qu’est-ce que c’est que ce rythme. Mais au moins je sais pourquoi le patient a présenté une dyspnée brutale : il a eu cette même accélération, sauf que sans O2 sur le pif, ça passait moins bien. Faisant préparer un antiarythmique océanique (iodé, quoi), observant que la tolérance clinique est trop bonne pour faire mumuse bref-dodo-défibrillation-remise-des-pendules-à-l’heure, rageant de ne pouvoir trop tenter le massage des plaques d’athérome probables des carotides ni la luxation rétro-auriculaire des globes oculaires, je me dirige vers la cuisine. Le cœur est un chat échaudé, voyons voir si il craint l’eau froide. Très froide. Armée d’une touillette, je shake your body baby eau et glaçons.

On a gagné 30 points de fréquence dans le sens du raisonnable (soit 150 bpm pour ceux qui savent pas compter) en faisant boire cul sec le cocktail polaire à Mr Malmondos. C’est bien mais c’est pas encore ça. J’arrive toujours pas à savoir ce que c’est que ce putain de rythme, en dehors du fait que c’est supraventriculaire, régulier, que ça ressemble pour autant pas vraiment à une belle TJ. Y’a aucun des éléments signatures des différentes possibilités : ni toits d’usine, ni onde delta, ni moule à gaufres. J’ai juste cru voir à un moment l’éventualité d’un rythme atrial rapide de type tachysystolie atriale avec réponse ventriculaire rapide elle aussi. M’enfin en gros je savais pas.

J’ai rappelé la régul. Exposé le problème et la tolérance clinique pas trop mauvaise moyennant les 30 points de fréquence glanés et l’oxygène. «Quand tu sais pas tu roules» «Quand tu sais aussi» disent les proverbes Jedi-SMUR. Le cardiologue esquissa une grimace en voyant Chewbacca l’ECG. «En toi, la réponse tu trouveras» résonna la voix d’Obi-Wan qui est persuadé que j’ai les ressources nécessaires pour faire face à la cryptogénie électrocardiographique de bordayl-qu’est-ce-que-c’est-que-ce-tracé en toutes circonstances. Le cardiologue a dit «Mouais…» ce qui signifie «En fait je sais pas non plus» en langage cardioloSith.

Et la régul nous demanda par radio intergalactique de nous libérer pour enchaîner sur une autre inter. Si si. N’allez pas croire que je mets un point final à ce récit palpitant, au propre et au figuré, pour fuir le regard flippant du mouton en peluche qui me fait face.

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4 commentaires pour Air-wars Épisode 3 : Le retour du Banzaï

  1. Doña Juana dit :

    Va falloir mettre des lunettes noires à ce mouton !

  2. Fleur dit :

    Trop bien le feuilleton thématique !! A une époque, j’avais la Marche Impériale quand la régulation me rappelait 😉

  3. Ju dit :

    Moule à gaufres ?

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