Air-wars Épisode 1 : La menace indigo

Vendredi, tout est permis, même les triptyques bloguesques. Allez zou, 3 histoires de SMUR qui débutent par une dyspnée.

Plantons le décor.

Dark-Vador a tellement terrorifié Leia Smurwalker (j’ai arrêté le chignon, ça me donnait un air débile, vous inquiétez pas) avec sa logique implacable et ses connaissances encyclopédiques qu’elle a peur de se faire éclater la gueule si jamais elle fait de la médecine «popotte» (= cuisine approximative) sur de «l’impression clinique que» et de «l’intuition thérapeutique que-mais-si-mais-pourquoi-pas», qu’elle en a oublié qu’elle a La Force (également appelée «Défibrillateur»). Conséquence : elle essaie de réfléchir, en dépit des risques d’implosion de son unique neurone ; et de pas inventer de la médecine approximativo-oui-mais-là-j’ai-envie au gré des situations cliniques que ledit neurone ne sait pas faire rentrer dans une case connue-apprise-maîtrisée-maîtrisable.

Heureusement, elle est plus têtue qu’une mule, et pire encore, elle sait que Dark, finalement, il n’abhorre pas totalement ce petit côté borné qu’elle a, Leia, et que son insubordination congénitale l’amuse. Du moment qu’elle arrête de se faire des chignons affreux en portant des tenues ridicules.

Une nuit, elle part en intervention. Soloécébiendommagessituveumonavis (que nous appellerons S, pour l’anonymat) l’ambulancier conduit la VL smurlénium, et dans l’hyper-espace nocturne [«Oh, on est déjà arrivés ?!? Non, j’ai pas ronflé pendant le trajet !»] ne met que quelques minutes à atteindre Méméouine, la planète des vieux maison de retraite de cette charmante galaxie à l’autre bout du système solaire départemental. L’équipe entre dans la chambre de la patiente. Chewi, l’externe [vous pensez bien que je vais pas appeler une infirmière comme ça, je tiens à préserver la qualité des relations que j’entretiens avec les wookies équipes paramédicales] scope la patiente tandis que S dégaine un masque à oxygène digne de ce nom (parce que 12 litres aux lunettes, ça serait à se pisser dessus de rire si j’avais pas une capacité vésicale de 5 litres), alors que ce faisant R2D2 plante mécaniquement un cath vert dans une veine de la dame.

Et la dame, elle est bleue. Bleue, bleue. En sueurs. Elle tire. Elle balance. Elle est encore bien éveillée, oui-puisque-je-le-lui-demande elle a bien une petite douleur constrictive épigastrique, un ECG normal, des antécédents de cardiopathie hypertensive avec effectivement un beau 19/10 au brassard, et pi voilà.

Donc c’est un OAP.

La nuit + cardiopathie + détresse respi brutale + tout-ci-tout-ça, c’est un OAP.

Ma fille, t’es docteur, sers-toi de ton stétho, dit le lutin pro-usage du stéthoscope nocturne. Je m’incline. Au stétho … Ah ben rien. Pas de crépitants. Shit. Pas non plus de pseudo-asthme cardiaque qui sibile voire qui n’expire quasi pas tellement le frein est intense. Non. Une auscultation pulmonaire de jeune fille. Ah. Et un ptit souffle cardiaque ou vasculaire ? Que dalle. Zut alors.

Quid de l’embolie ? Possible. Détresse respi brutale avec poumons qui ni ne sifflent, ni ne ronchonnent, ni ne crépitent, ni ne grésillent, la fourberie embolique est envisageable.

Oui mais non, mononeuronalement, exit le stétho : c’est un OAP. Une détresse respi bleue nocturne qui a une cardiopathie (ou pas) j’ai décidé que c’était un OAP. Voilà. C’est ainsi.

Poussons du risordan (encore lui) qui si c’est une EP, pliera peut-être la dame. Soyons joueurs, et comme elle est bleue schtroumpf, dégainons également la VNI anti-bleuïtude. Gargamel, mon ami pour la nuit.

C’était un OAP. Évidement. Qui a très bien répondu à la thérapeutique mumuse pressions multiple. Vasculaires / intrathoraciques / intraneuronale-de-bibi. Un OAP de constitution si rapide que t’as pas le temps de réfléchir, que la détresse respi s’installe sans laisser le temps au doux bruit du crépitement bilatéral d’apparaître, un OAP massif.

De l’intérêt du réflexe monosynaptique : bleu la nuit => VNI. Je le sens => risordan. [J’aime les rimes débiles => ne me jetez pas aux crocodiles]

Si t’attends que Chewbacca ait fini son épilation au sabre laser et que le patient crépite, c’est instructif, mais c’est post-mortem. Un OAP qui te nique tes raisonnements parce qu’il ne crépite pas encore et qui évolue plus vite que la musique, ça s’appelle un OAP flash. À cause de la grande lumière blanche que voit le patient si tu te sors pas les vésicules pré-synaptiques du dendrite à vite, vite, le traiter comme tel.

Ça s’appelle la MTLCBM, en référence à l’EBM acronymique de l’Evidence Based Medicine. La Magne-Toi-Le-Cul Based Medicine. Un concept pas forcément aisé à justifier à des pairs maîtres Jedi terrorifiants de rigueur scientifique.

Du reste, il est plus facile d’envoyer chier ses propres lutins intracrâniens évocateurs d’hypothèses diagnostiques farfelues (non mais sans rire, une embolie … pffff ces lutins) que de ne pas compulsivement chercher à se planquer derrière la tapisserie ou l’externe lorsque ceux (et celles ….) qui, capables de vous tordre le cou d’un simple regard, approchent, avec cet air d’avoir envie de faire un mort pour l’exemple.

Bon, je vous laisse, faut que j’aille aiguiser mon sabre laser. La suite au prochain demi-litre de vin blanc épisode.

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4 commentaires pour Air-wars Épisode 1 : La menace indigo

  1. Doña Juana dit :

    Moi , je trouve que le chignon te sied à merveille !

  2. Carodoc dit :

    J’adore! Encore!

  3. doume dit :

    Excellent !

  4. Doudou13314682 dit :

    De l’intérêt de la sémiologie fine:taper sur la tête de l’externe(pour faire rentrer)en hurlant:un OAP flash ne crépite ni ne sibille!
    Si le patient à la courtoisie d’avoir encore un peu de Ta le Risordan est bon pour tout(hurlement dans la deuxième oreille de l’externe la première vibrant encore)

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