Tertio

«Le festin de Babette».

Ça a fusé dans mon neurone y’a quelques jours, comme ça fait toujours lorsque se lance une recherche automatique. Y’a des fois où je l’initie, d’autres où mon operating-system en prend l’initiative dès lors que la fonction proof-reading n’est pas satisfaite de la réponse que j’ai pu faire à brûle-pourpoint sur un sujet donné.

[C’est pratique : ce billet s’adresse à une personne, les autres peuvent lire aussi mais comme ils pipent rien à mon charabia ils sont déjà partis.]

Là ça s’est lancé tout seul. Comme souvent, ça a mis plusieurs jours avant d’arriver à maturation. Ça fait lent et j’ai bien conscience qu’il ne me faut pas compter sur ce genre de mécanisme cognitif en intervention, mais bon pour une tâche qui s’exécute automatiquement en arrière plan, c’est pas si mal.

On discutait à l’orée du garage du SMUR, toutes les deux, et tu me parlais des films que tu avais vu à plusieurs reprises. Je t’ai répondu que ça m’était exceptionnel, idem pour la relecture d’un livre, alors qu’il m’est possible d’écouter le même enregistrement musical plusieurs milliers de fois. Motif : déjà que mon inculture cinématographique & littéraire confine à des abîmes insondables, je vais pas lire un truc 2 fois alors qu’il m’en reste plein d’autres à lire. Idem pour le cinoche. Dans «relire» il y a «lire», ce qui n’est pas gagné … Motif n°2 : si je connais la fin ça me gave (raison pour laquelle je n’ai toujours pas vu «Titanic» qui, à ma connaissance, se mange un glaçon de taille respectable), les détails itou étant donné ma capacité à mémoriser l’inutile. Je tiens pas des masses en place, pour me scotcher il faut le suspense de la nouveauté et 200 mg/h de propofol, la fête est plus folle. Motif n°3 : le trauma. Si si. Y’a des films que j’ai vu plusieurs fois ; des livres que j’ai lu, et relu, à voix haute, même. «Les Barbapapas vont au zoo», «T’choupi prend le train», «Petit Ours brun va à l’école», et j’en trépasse. Ouais, ben si c’est ça, revoir un truc, non merci.

Donc je t’ai dit avoir revu la double trilogie de Star Wars. Je crois au total 4 fois. Dont 1 fois pour éduquer mon petit frère. Y’a des mecs qui ont vu 12 fois «Tous les matins du monde», d’autres qui sont incollables sur le ciné intello sud-coréen de 1975 à 2005, not tonight Joséphine me. J’ai pas lu Proust et ça risque pas vu comme ma gamine trempe des madeleines dans du lait tous les matins du monde, ingérant une espèce de bouillasse ignoble.

J’avais oublié, quand même, ce film, que pourtant je ne pourrai jamais ôter de mon cœur. Je crois l’avoir vu 2 ou 3 fois, dont la première à l’age de 10 ans en scandinavobizarre sous-titré en anglais ou mon-chat-seul-sait quelle langue qui ne m’était pas courante à l’époque.

«Le festin de Babette»

Je me demande si Babeth la blogueuse se nomme ainsi en référence à ce film, tant je leur trouve une concordance d’humanité humble et infiniment poétique.

Tu l’as vu ?

L’histoire se passe sur une île à la fois petite, plate, morne, loin du tumulte progressiste du continent. En un mot, si t’es pas né là bas, tu peux trouver ça mignon en vacances, mais même moi qui suis une sauvageonne refoulée, je peux t’assurer qu’au bout de quelques semaines c’est la pendaison assurée. Il y fait froid, il pleut, les paysages ben c’est pas compliqué y’en a 2 (la campagne plate et herbeuse avec la mer autour, versus la campagne plate et herbeuse avec la mer autour et 3 habitations à la sobriété mélancolique, tu parles d’un contraste). Genre même les arbres ils ont pas eu le courage. Ce qui est con parce que ça aurait mis un petit peu de folie dans ce microcosme terne. Les gens y sont … désespérants d’obscurantisme, celui qui est persuadé d’avoir toujours tout su et qui incarne la xénophobie au sens étymologique du terme. Bref. Babette vient y trouver asile. Je rentrerai pas plus dans les détails. Si tu l’as vu, ça va te saouler, sinon, tu verras. Et Babette qui était cuisinière dans LA capitale mondiale de la bonne chère, gagne une coquette somme au loto. Alors, elle décide de réaliser un festin.

Tout le film y est consacré. Non pas au repas, mais à toute la bonté qu’elle met dans ce don aussi exceptionnel qu’éphémère qu’elle fait aux autres, sans chercher à savoir si ou merde les convives sont «dignes» des plats de gourmets qu’elle leur concocte.

[Du reste, j’ai eu modestement la chance de travailler dans la restauration pour financer mes premières années d’études, très peu mais assez pour apprendre des choses qui me sont utiles tous les jours dans mon taf. En effet en restauration, faut se sortir les doigts pour assurer des gestes précis et rapides, encaisser des pics d’activités lors des services du midi et du soir sans sourciller, courir dans tous les sens sans s’éparpiller et en rationalisant à grande vitesse tout acte (ne jamais repartir en cuisine les mains vides, pour ne citer que cet exemple), faire face à la multitude de situations et des personnes que l’on sert avec un nombre et une variété limités de solutions, toujours tacher de servir au mieux et avec le sourire en respectant contraintes et relations humaines. S’adapter. En équipe. Servir, c’est comme soigner : c’est donner. La seule différence c’est les pourboires. Fin de l’aparté.]

Le film est lent. Tendre. Chaleureux comme l’humain. Désuet. Si doucement désuet. Il dit tant d’amour en filigrane que je suis incapable de trouver les mots pour le décrire.

Il y a une beauté, une beauté qui persiste, qui touche, une beauté pure et vivante qui transparaît, dans cette histoire.

Ma Lionne, j’étais au volant quand j’y ai songé. Donc étant donné qui était de garde en SMUR ce jour-là, j’ai pas voulu risquer de t’envoyer un sms sur le moment. Il est trop tard ce soir pour t’appeler. Je te vois très bientôt mais je suis foutue d’oublier de te le signaler.

C’est un peu freluquet, voici un post qui t’est dédié. Il y a dans ton intelligence et ta profonde empathie de la bonté de Babette. Oui, pour répondre à ta question, il y a des films que j’ai vu 2 ou 3 fois. En particulier celui-là.

Advertisements
Cet article a été publié dans Bibiland, Gourbi. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour Tertio

  1. Babeth dit :

    Non, j’ai pas vu le film, donc non, mon pseudo n’a rien à voir avec lui, mais du coup, j’ai bien envie de le voir… donc merci 😉

  2. Il fait partie de ces rares films que, comme toi, j’ai revu plusieurs fois. Avec le même bonheur. Intact.

  3. Lazuli66 dit :

    De l’amour dans le festin de Babeth ?!? Faudrait peut-etre que je le revoie, parce que dans mon souvenir c’était une sombre histoire de vengeance, en fin de compte… ou bien je confonds avec un autre film ?

  4. Moi j’ai vu 10 fois Dirty Dancing
    Ouïe ouïe ouïe ok je sors, c’était une fin poétique et je dis n’importe quoi (mais à ma grande honte véridique).

  5. Ping : Chronique Télé de Tatouïne | Zoralie 2.0

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s