Rechute

Ça allait mieux. Repousse du poil de la bête ; se manifestant par pointes d’humour, sourires vrais, gnaque de faire ce qu’il me semble bon pour mes patients, envie de la minute / heure / journée suivante, instants de satisfaction, retour prudent de l’appétit, capacité certes ponctuelle à se projeter dans plusieurs mois ; bref petite lueur deviendra grande. Fini les sanglots pathétiques au réveil, au coucher et à divers moments de la journée. Ok, aucune esquisse d’un retour de la confiance en soi et en demain, mais enfin on peut pas tout avoir d’un seul coup d’un seul, la reprise du moral c’est pas la réduction de troubles du rythme ventriculaires moyennant châtaigne de palettes magiques.

Je me suis sentie portée vers la lumière par autant de bras qu’ont été les soutiens divers, variés, et chaleureux que j’ai reçu. Ceux qui dans-la-vraie-vie m’ont adressé un sourire sincère et un regard empathique, ceux qui se sont remués véritablement pour moi quitte à pas se faire que des amis, ceux qui ont fait preuve de patience en m’accordant leur précieux temps, ceux qui se sont mis en colère instantanément contre l’adversité qui m’a fait face, ceux qui m’ont recueillie chez eux avec tendresse et beignets de légumes. Ceux qui m’ont appelée alors que nos modes de communication habituels sont plutôt les sms ou autres canaux non-vocaux. Ceux qui m’ont ouvert la porte de leur disponibilité et envoyé de gentils messages par texto ou messagerie privée de réseaux sociaux, ceux qui haut et fort ont tweeté leur sympathie. Tous ceux qui ont commenté le précédent billet y exprimant un soutien compréhensif et bienveillant. J’ai reçu plusieurs longs mails de lecteurs de ce blog, pleins d’empathie et d’humour, j’ai mis un petit drapeau à chacun d’eux dans l’intention d’y répondre ; ces témoignages-là m’ont énormément touchée. Bordel, y’a des gens qui ont pris la peine de taper des lignes et des lignes de pure bonté, pour moi. Je me suis sentie portée par tous ceux-là. Enveloppée et portée.

Ma carte bleue ne l’a pas fait exprès, mais oui elle m’a été d’un grand secours aussi. Céder compulsivement à la fièvre acheteuse a été, ces derniers jours, un moyen aussi ridiculement cliché qu’efficace de conserver l’envie. Les petits cadeaux à moi-même une fois livrés m’ont été la joie qu’occasionnent les surprises, le fait de rentrer parfaitement dans les fringues glanées sur la toile m’a été l’espace d’un instant la caresse narcissique idiote sur laquelle je n’ai pas craché. D’autant que l’effet drop thymique + annihilation de l’appétit ont fait disparaître les horribles poignées d’amour qui entravaient la silhouette dans laquelle j’ai l’habitude de crécher.  Pour une fois que le miroir dit «ma chériiiie, cette robe sublime te va divinement», on va pas s’en plaindre. M’enfin là, j’ai plus de sous. Le trésor public n’était pas au courant que j’écoulais mon salaire le même mois où il allait annuellement me prélever, et j’avais oublié ce détail. Tant pis.

Ça allait mieux, un peu.

Et puis flop.

J’étais de garde hier. Ça s’est bien passé, j’étais bien entourée de mon petit-comité-de-soutien-rapproché-au-grand-cœur, je crois pas avoir fait d’énorme connerie, au contraire. Y’a une famille qui a appelé le 15 pour me remercier. J’ai eu une idée aussi lumineuse qu’efficace pour un patient que ça a amélioré voire sauvé en dehors de tout protocole. C’était une bonne garde, en somme. Pourtant, patatra.

Ce matin j’ai pleuré pleuré pleuré comme un conne. J’ai senti le moral sombrer à nouveau profondément. J’ai égrené dans ma tête tous les proches que je pouvais appeler pour ne pas être seule dans ma détresse du réveil, les éliminant tous un à un de mon esprit tant je ne voulais pas les embêter avec mon humeur tristounette. J’ai sangloté dans les bras de la Maman-du-boulot, qui m’a pêchée au sortir de ma chambre de garde.

La mine perverse de la culpabilisation m’a grondée, soulignant qu’avec tout le soutien que j’avais reçu, c’était une honte de ne pas être foutue d’arborer sourire et sérénité.

Y’a probablement de la fatigue aggravée par la garde, qui s’est pourtant bien déroulée.

Demain c’est l’anniversaire de ma princesse, et je m’en veux incommensurablement de me sentir la force de rien pour le préparer.

Manger et regarder devant m’est à nouveau devenu saugrenu, agir est douloureux, j’ai juste ce réflexe de repli et cette absence de volonté. Et je m’en veux tellement de ne pas être en train d’organiser une super fête pour ma puce, de n’avoir aucune énergie pour cela.

Damn shit la rechute du moral. Fait chier.

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11 commentaires pour Rechute

  1. Y a pas que les super fêtes d’anniversaire qui laissent de jolis souvenirs, il y a aussi de simples moments partagés, un ciné, une sortie piscine, une balade en forêt dans les feuilles qui font croutch croutch sous les pieds et puis une gaufre chaude pleine de chanitlly, ou des crêpes assises à la table du salon devant un dvd…
    On n’est pas toujours au top, ça veut pas dire pour autant qu’on est nulle. (Et on peut toujours remettre la fête pour quand ça ira mieux, si on veut, y a jamais assez d’occasions de faire la fête quand on va bien.)
    Des bises qui claquent. ❤

  2. Doc Véro dit :

    Et flûte !
    Mais des hauts & bas il y en aura encore, et ce bas ne doit pas te faire oublier que les hauts reviendront…
    Je t’envoie plein de pensées et de courage, même en virtuel, en espérant que ça marche !

  3. Dragon d'eau dit :

    Oh, doc… Pour ce soir, depuis l’aiephaune, difficile de poster, je veux juste vous serrer virtuellement dans mes bras et vous dire que je pense fort à vous.

  4. wain" dit :

    l’important c’est que tu aies eu un moment de ça-va-mieux, tu sais où est la surface pour respirer, et tes coups de talon vont être de plus en plus efficaces jusqu’à ce que tu nages de nouveau avec aisance.

    pour un anniversaire de princesse, nul besoin de qqch d’inouï, un simple petit truc inattendu et gentil, ça peut laisser des souvenirs fabuleux : une bougie plantée au saut du lit sur un gâteau d’anniversaire improvisé , une journée « totale liberté » où ta princesse mène la danse pour choisir ce qu’elle aime en transgressant les règles habituelles, une sortie restau pas prévue qui ne te fait peut être pas envie mais qui évite de se demander quoi préparer, avec une énoooooorme glace de princesse en dessert, une opération couette-dvd à un horaire improbable … ou simplement de très tendres bisous , tout doux …

    douces pensées de l’Ouest, prends soin de toi, et fais toi dorloter sans remords.

  5. Marine dit :

    Dans ces moments difficiles où l’on a la tête sous l’eau et cette impression que jamais on arrivera a refaire surface il faut trouver ce petit quelquechose qui va permettre d’esquisser le premier sourire, de pensées a autre chose et d’aider a remonter petit a petit…
    Pr moi, étudiante en D4, cest votre blog et tous vos posts qui me redonnent le courage et l’envie de me battre et d’arriver a passer ce fichu ecn… A chaque moment de decouragement vous êtes la, alors merci et courage a vous pr passer ce moment difficile..
    J’espère que vous trouverez vous aussi ce petit qqchose qui remonte le moral !

  6. Dragon d'eau dit :

    Bonjour Doc
    [je vous vouvoie car lors d’un précédent commentaire de ma part, je vous avais tutoyé et j’avais eu l’impression, à lire votre réponse, que vous m’aviez trouvée un peu familière… Sans doute était-ce une interprétation de ma part, mais du coup je reviens à un vouvoiement qui ne change rien opur ma part).
    J’aime beaucoup votre blog et la personne que vous laissez voir au travers de ces lignes. Je ne sais qui ou quoi lui a fait de la peine suffisamment pour l’abattre mais ce « qui ou quoi » me met en colère.
    Je vous admire beaucoup d’avoir le courage d’en parler, c’est tellement difficile d’avouer que l’on va mal.
    Je ne saurais malheureusement, dire quoi que ce soit de plus ou de mieux que les gens qui ont posté avant moi.
    Je voudrais juste vous dire que vous n’êtes pas seule sur terre à être pas bien. Ceci non à but culpabilisant ou quoi que ce soit, mais pour dire qu’il y a des tas de gens qui comprennent réellement.
    Moi qui vit depuis wouatmille ans avec une tristesse latente, un déséquilibre permanent, des incohérences, pas mal de désespoir, beaucoup d’espoir subconscient chevillé profond en moi qui fait que j’essaye toujours de voir le positif et de chercher la lumière loin au bout… Moi j’ai jamais été capable d’en parler. Pourtant accepter les choses, les regarder telles qu’elles sont, chercher à l’extérieur le secours qu’on ne parvient pas à s’apporter à soi-même, cela fait probablement partie des pistes pour s’en sortir.
    Je crois que c’est normal d’aller de vagues en creux…. Un évènement (ou une succession de mini évènements) capable de vous mettre à mal comme vous le décrivez ne peut être digéré facilement. Mais courage, Doc, et je le dis avec beaucoup de chaleur et d’amitié, même si nous ne nous connaissons pas. Vous êtes quelqu’un de formidable, et je peux le dire rien qu’à vous lire. Vous êtes jeune, belle, vous avez un métier précieux, aussi beau, certainement, qu’exigeant et rude ; vous avez donné la vie à une petite princesse dont je ne doute pas qu’elle est belle comme le jour.
    Et tous ça et bien d’autre choses, ce sont des éléments de vous qui vous porteront tout doucement, de creux en vagues, vers vous-même guérie et rassemblée.
    La vie, c’est dur, [c’est platitude que le dire, mais tellement vraie la platitude] mais c’est beau aussi, et plus tard vous regarderez cette période de votre vie avec peut-être encore des larmes de solidarité au cœur mais aussi de la tendresse pour le petit soldat que vous êtes actuellement et qui avec le temps s’en sortira.
    Bisous doux pour vous et votre petite princesse.

  7. Zoralieaparis dit :

    Adre, ma belle Adre, ma chère et précieuse Adré,
    Halte à la culpabilité, respire mon Adré. Je t’embrasse et t’envoie tous mes câlins.

  8. alaskan1181 dit :

    Médecin urgentiste en SMUR… se prendre de plein fouet la détresse, la peur, l’angoisse, l’espoir, le désespoir, la violence, les pleurs, les interrogations de patients et de famille.. etre soignant c’est être une véritable « éponge  » à émotions, et nous ne sommes que des hommes.. un prof a l’ifsi nous disait qu’on pouvait pas arriver au vestiaire, revêtir notre blouse et pim, devenir des « machines » à soigner… et laisser le soir au vestiaire notre blouse et notre journée de travail. Plein de Hug et d’encouragements, des vacances semblent nécessaires là…

  9. Ronan_FR dit :

    Je vous conseille la lecture de ce livre : Les mots pour le dire, de Marie Cardinal. C’est le récit poignant d’une femme qui va chercher dans les tréfonds de son âme les sources de son mal-être.

  10. Mvuninn dit :

    D’habitude, je viens lire en silence. J’évite de commenter : je suis logorrhéique (argh ! ça risque d’être long !)
    J’ai aussi un conseil de lecture à vous donner : Lait noir, d’Elif Shafak. D’abord parce qu’on ne lit pas assez d’auteurs turcs, ensuite parce que c’est un des meilleurs bouquins que j’aie lus sur la dépression. Elif Shafak souffrait de baby-blues. Elle n’a pas fait semblant, puisque cela a duré un an. C’est un beau récit de vie, et un beau voyage (pas seulement en Turquie, mais aussi dans des questions d’écrivain et de femme).
    Pour les rechutes, je n’ai pas de conseil (je n’en donne que pour les lectures). Je peux vous assurer de ma sympathie, mais elle est bien fragile, derrière nos écrans, et nous ne nous connaissons pas. Je ne peux même pas vous promettre le soleil après cette éclipse : mon niveau d’empathie avoisine celui du munster trop fait oublié au fond du frigo, et mes capacités de voyance, celles de mon chat à l’heure des croquettes (croquettes _ manger _ chouette !) Juste, continuez à écrire, par pitié. La lecture de vos billets accompagne toutes mes cigarettes fumées hors des narines de mes trois vikings (vous élevez des cailloux, j’élève des vikings : blonds, grands et barbares).

  11. Juste un petit mot pour te dire que je suis là, n’hésite pas, même à heures du mat’ ♥

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