Le Masque

Du matin au soir, du soir au matin, il faut donner le change.

Pour la petite, parce qu’il ne faut pas qu’elle soit triste que sa maman le soit, bien sûr, faut donner le change. Pour la famille, le plus possible, faut donner le change. Pour les amis aussi, ceux qui ont tant l’habitude de me voir inébranlable, faut donner le change. Pour tous ceux qui m’ont tellement vu résister sans sourciller à plus dur, qui ne comprendraient pas pourquoi là, j’y arrive pas, faut donner le change. Pour les collègues, les équipes, qui sont sourires et joie de travailler ensemble, il faut donner le change. Pour ceux qui se battent pour moi, il faut évidemment donner le change, c’est le moindre des deniers que je leur dois. Pour ceux autour de moi qui nourrissent de véritables efforts tant pour me consoler, m’écouter, m’apporter soutien, amitié et tendresse ; faut donner le change aussi. Pour les patients et leurs familles, c’est bien la première fois que ça m’est si difficile, moi qui habituellement oublie tout à leur contact : il est indispensable de donner le change.

J’essaie.

J’y arrive mal, globalement. C’est épuisant.

Ne plus avoir la moindre confiance en soi, pour quoi que ce soit, ne plus avoir confiance en demain. Porter tant bien que mal le masque. Le masque d’une gaieté relative, d’une envie de vivre inaliénable, d’une combativité sans faille, épaisseur et solidité … fictives. Pur mensonge. Usante fable.

Est-ce que, sur un blog, si on fait abstraction de ceux des lecteurs qui font partie de la famille, des amis, des collègues, de ceux qui soutiennent et aimeraient bien en voir le résultat, de ceux qui voudraient me voir me battre et ne pas baisser les bras ; est-ce que sur un blog on peut dire qu’en réalité, ça ne va pas ?

Un moins pire de fin de semaine. Une accalmie de quelques heures, nichée dans l’Etoile Noire, l’impression que la lumière revient tout comme l’appétit, et puis badaboum, château de cartes, la lueur qui s’éteint, retour du vide, de la pénombre, et du froid, dedans.

Je suis fatiguée, à force d’écarquiller les yeux à la recherche d’une clarté que je ne distingue pas. J’ai envie de fermer les yeux, de me blottir dans un coin. J’ai le sentiment de ne pas en avoir le droit. Il faut donner le change, porter ce putain de masque ridicule auquel personne ne croit.

J’ai un peu du mal, là.

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18 commentaires pour Le Masque

  1. le pb quand on donne le change, c’est qu’on le fait souvent mal. un masque ça se voit même si on pense que non et au final nos proches ne comprennent pas pourquoi on n’a pas assez confiance en eux pour le faire part de se mal-être.
    ils ne comprendront pas forcément mais ils seront là pour vous quoiqu’il arrive et auront le sentiment de ne pas être inutile.
    bon courage à vous.

  2. fannoche dit :

    Accepter d’avoir mal, c’est un grand pas, et dans cette acceptation de ce que l’on vit il y a la phase où il faut être « vrai » avec les autres. On pense que de faire semblant empêche tout de s’ecrouler, que de faire semblant on empeche les soucis de s’incruster. Mais on se trompe. Je suis comme toi, je suis dans une phase où je vais mal. Et depuis que j’ai dit les choses à mon entourage, tout est plus clair. Non que le mal être soit parti, mais au moins je ne gache plus d’energie à faire semblant. Je ne sais pas si ce que j’ecris est clair.
    Je te souhaite plein de courage dans cette traversée du desert.

  3. Judith dit :

    Donner le change, au boulot pas le choix mais ailleurs ? Vous semblez bien entourée, alors craquez plutôt, vous n’en serez pas moins entourée et ça ne fait que vous fatiguez encore plus d’essayer d’être ce que vous n’êtes pas en ce moment ! Quoi qu’il arrive dans votre vie je vous envoie plein de courage pour qu’un jour vous retrouviez la lueur, bien entourée de votre famille et de vos amis.

  4. docmamz dit :

    Encore heureux que sur ton blog t’as le droit de dire que tu vas mal. Manquerait plus que ça.
    Parles-en. Les proches c’est là pour ça. Même si ils ne peuvent pas se mettre à ta place et tout comprendre, même s’ils seront maladroits dans leur manière de vouloir t’aider, au moins ils comprendront pourquoi tu n’es plus comme avant.
    Et c’est important de ne pas se sentir toute seule dans ces moments là. Même si tu as l’impression que les mains tendues ne t’atteignent pas au fond de ton trou, c’est important.

  5. zigmund dit :

    difficile de laisser un comm là dessus parce que moi aussi je porte un masque parce que aussi sympa que soit mon entourage il n’est pas possible de leur faire porter mon mal -être (comme disent les psys) et dans les rares moments où j’enlève le masque je ne suis pas écouté ou compris. tu n’es pas seule dans ce cas si ça peut te consoler .tu as notre écoute même pour ce que tu n’écris pas …

  6. Jallora dit :

    Ouille, c’est dur.
    Oui, sur un blog, on peut dire que ça va pas, c’est fait pour ça. Oui, on peut dire qu’on est crevé, qu’on voit pas l’intérêt. Malheureusement, sur un blog, les commentaires restent souvent affreusement creux, un peu vides de sens, surtout venant d’inconnus.
    Malgré tout, je voudrais te souhaiter bon courage, que la lumière te revienne vite, que ton énergie renaisse, que soit restaurée ta confiance en toi.
    Je ne te lis pas depuis longtemps, mais au fil des lignes, tantôt sérieuses, tantôt loufoques que j’ai parcourues, j’ai découvert quelqu’un de bien.
    Je pensais que ça méritait quand même d’être dit, des fois que tu en doutes. Bon courage.

  7. Rosalie dit :

    En effet, un masque ça se voit, aussi forte sois-tu chère Adré en dissimulation. On ne peut pas toujours être au top, en forme, à se bagarrer avec le démon de la connerie, à avoir une blogorrhée fantastique et une plume aussi marrante qu’acerbe et affectueuse. On a le droit d’aller mal, on a le droit de le dire, à ses proches et sur son blog. Partager sa souffrance ce n’est pas demander aux autres de la vivre à ta place, c’est juste leur donner l’opportunité de venir un peu voir dans ton seau comment ça se passe et t’aider à poser les premières prises et la ligne de vie qui va t’aider à te hisser toute seule vers le haut. Et aller mal, toucher le fond, c’est se permettre de rebondir. Accepter d’aller mal, patienter, le dire, patienter, se satisfaire de toutes petites victoires, à chaque jour suffit sa peine. Prends ton temps Adré, respire, pleure, dort, embrasse Ptit Caillou. Un jour et puis un autre et puis un autre.
    Repense à Johnatan Ciflé Cetrain ou à l’incroyable gredin qui a invité le fil sur les portions de gruyère et laissons maintenant la place au ballet de Lisbonne.

  8. Doc Véro dit :

    Bien sur, chère Adré, que tu peux laisser tomber le masque sur le blog !
    Sans doute faudrait-il le laisser aussi tomber auprès de ceux et celles qui te sont proches?
    Non seulement on a le droit d’aller mal, ça arrive à tout le monde y compris les Wonder Woman, mais on a le droit de l’exprimer. Même si le masque est très bien porté, ce n’est qu’un masque …
    Courage, l’indécrottable optimiste que je suis pense qu’il y a une lumière au bout du tunnel, même si celui-ci est long.
    Et bisous, même si on ne se connait pas.

  9. Fleur dit :

    😥 … 😦 … 😡 … 🙂 …… 😀 !! Bises

  10. Anne dit :

    Quelque soit le masque, un jour il tombe… Plus il est tard, plus tu tombes de haut…
    Alors…
    Je suis nulle en commentaires…

    *hug*

  11. wain" dit :

    pour pouvoir porter un masque là où on n’a pas trop le choix, il faut pouvoir le poser par moments, par endroits, auprès de quelqu’un / quelques uns qui savent que les personnes sont plus importantes que les masques.
    bon courage pour traverser ces jours plus sombres, plus lourds , je te souhaite qu’ils ne soient pas trop longs ni trop nombreux .

  12. tirelipinpom dit :

    a défaut d’être « écouté » tu as été lu.. il y a un endroit un lieu ou tu l’as fait. Et on n’ignorera pas que cela ne va pas! A partir de là si tu as besoin de garder le masque fait le. Cependant, concéder un peu de terrain peu permettre aux autres de s’adapter, de ne pas « fantasmer » sur le fait que c’est leur « fautes » (classique chez nos enfants que l’on veut protéger). Et puis, qui a dit qu’être médecin urgentiste, élever ses enfants nécessite d’être sans faille?
    c’est un boulot de rêve que tu fais…mais un boulot de cinglé, dans le bon sens du terme s’entends et fatiguant, très fatiguant. Cela s’accumule de façon sournoise, fait verser des larmes pour de futile vague d’émotion devant une émission de cuisine après une garde (je suis pas sûr que ce soit le meilleur exemple☺)
    Cela fait des mois que je lis ton blog, jamais je ne laisse de messages. Hors de question que l’on te perde !!! les derniers papiers sur la regul sont croustillants à souhait…les commentaires barrés sont délicieux.
    Repose toi.
    Et ne soit pas si dure avec toi même. Merde c’est fous ça! encore heureux que tu sois humaine, comment tu pourrais soigner/éduquer/aimer !?!
    au plaisir de te lire

  13. Zorgglub dit :

    my dear Adré, juste un pti conseil de vieux masque : ne t’éloigne pas de tes proches sous la fausse idée qu’ils te connaissent trop bien pour étres dupes du masque et que te voir souffrir les perturbent.
    les personnes qui ne te connaissent qu’avec ce masque …ne sont pas dupes non plus !
    bon courage et bravo pour le billet.

    Zorgglub

  14. Floverseas dit :

    Je vous lis régulièrement… et je ne sais pas si ça compte mais… j’adore vous lire, ça me permet de souffler un moment et de rire avec vous… Alors si aujourd’hui ça ne va pas fort, j’ai juste quelques mots : bon courage, et merci pour ces moments de partage!

  15. DOCDUTRAVAIL dit :

    j’ai été en congé de maladie pendant 15 jours pour une érysipèle qui s’est compliquée . Durant mon absence je n’avais pas été remplacé et l’un de mes patients (salariés) à qui l’on disait que j’étais en arrêt maladie s’est étonné et d’un air très naturel avait dit : « comment cela, un Médecin qui tombe malade ? on aura tout vu dans cette entreprise ».
    Alors, moralité bienvenue à toi dans le monde des humains. On nous prend pour des machines et tout le monde s’est habitué à notre « masque » , on nous croit surhumain, insensible, sans famille, sans crainte, sans peur, sans angoisse ou sans déprime !
    Bon courage et bon retour

  16. toubib92 dit :

    Sous le masque, il y a une mère, un médecin, un être sensible comme on a pu le lire entre les milliers de lignes qu’elle a écrites, qui a le droit de flancher un peu, et de le partager. Tiens bon !

  17. Moietmonnombril dit :

    Je ne sais pas d’ou vient tout ce noir, je ne suis pas sure que cela soit important. Alors à toi que je connais par ce blog et grâce auquel j’ai eu l’impression de faire une belle rencontre renouvelée à chaque billet, j’envoie: 1. Des bisous 2. Du courage 3. Du soleil d’automne qui fait briller les vignes et les montagnes 4. Et l’espoir que les tempêtes passent et que l’on trouve parfois des trésors dans les décombres, après.

  18. Meilleure Amie dit :

    Tu vois, eux aussi ils disent grosso modo de lâcher le masque. Craquer un bon coup peut ébranler ta planète mais ton petit monde est plus fort que ce que tu penses et peut supporter le choc. Et tu sais bien que je suis là moi. Passe prendre un café. Le soleil de ma terrasse t’est réservé. Ca te fera de la lumière (à défaut de l’avoir dans le cœur, prends la déjà sur la peau). Allez, on a déjà traversé des tunnels. Celui-là va faire comme les autres: nous lâcher les basques!

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