Êtes-vous fait pour le SMUR ?

Après avoir répondu au test, vous en avez cherché en vain les résultats. Bah oui mais j’étais de garde. Je me voyais mal dire : «Attendez, je dois rédiger un post» à Sa Majesté De La Cyanose (il était bleu roi). Petite analyse de réponses :

  • Vous avez une majorité de A.

Ou plus exactement de «Aaaaaaaaaaaaaaaa !!!!». Le SMUR, c’est pas votre tasse de camomille. Si votre fréquence cardiaque est plus élevée que le patient qui lui peut revendiquer une cardiopathie rythmique, si vous tremblez plus que celui en état de mal épileptique auprès duquel vous intervenez, si un bruit de foreuse émanant de votre estomac couvre le son des pimpoms ; la médecine d’urgence préhospitalière n’est peut-être pas faite pour vous.

Pourtant, votre système d’alarme interne a su détecter quelque chose de crucial : la situation clinique du patient est grave. Rien que ça, sachez-le, c’est un atout. C’est toujours mieux que de causer sereinement à un pauvre gars qui gaspe, et que de mettre de grandes claques dans le dos à un polytraum.

Pour vous rassurer, souvenez-vous : un patient en arrêt cardiaque est un mort, jusqu’à éventuelle reprise d’une activité circulatoire. Ça peut donc pas être pire, vous ne pouvez que l’aider à revenir d’entre les défunts. Sinon, un bon truc, c’est de dire à l’équipe «on fait comme d’habitude», demander à l’externe de lire l’ECG d’un air inquisiteur, solliciter l’avis du régulateur sur la thérapeutique, s’injecter une ampoule de 5 mg de midazolam avant chaque intervention, et demander du renfort systématiquement assez facilement.

  • Vous avez une majorité de B.

Ok, je vous l’accorde, le SMUR, c’est trop cool. Vous avez manifestement le profil d’un SMURiste écervelé débutant, vous aimez ce métier, et c’est pas moi qui viendrai vous le reprocher.

Cependant rappelez-vous :

– que l’intubation orotrachéale n’est pas considérée comme un traitement préventif de la récidive de douleur thoracique d’origine pariétale ;

– que les familles ont parfois du mal à comprendre des propos du type «Votre mari est en arrêt cardiaque ? Wouah, trop chouette, j’adoooooore les arrêts cardiaques !» ;

– que les plafonds des ambulances, des AR et des VSAB ne sont pas très hauts et que vous pourriez vous faire mal à force de sauter de joie.

  • Vous avez une majorité de C.

Vous n’êtes pas rongé par le stress, et c’est déjà bien. Vous savez prendre du recul. Voire vous allez bosser à reculons. Blasé, désabusé, démotivé. Si vous vous démerdez bien, vous passerez pour un sage.

Une bonne cure d’amphétamines de sommeil, et je suis sûre que vous retrouverez votre entrain d’antan.

  • Vous avez une majorité de D.

Vous croyez que ça marche une seule seconde avec moi, le coup du type parfait ? Mouarf. Game over, try again, comme on dit lors d’un échec de réanimation. Le profil du médecin SMUR jamais stressé, toujours impliqué, raisonné et au comportement adulte et approprié en toutes circonstances, c’est comme les licornes et les survivants à une défenestration du 15e étage : ça n’existe pas.

En vrai, vous aussi vous flippez votre race de temps en temps, implorant votre mère et la visualisation aisée d’une glotte. Votre première réaction quand on vous annonce un départ pour «détresse respiratoire chez un enfant» est «Pourquoi moi ?». Vous parlez au patient en état de mal épileptique en le suppliant d’arrêter de convulser. Régulièrement, vous jetez un œil par la fenêtre du VSAB pour savoir «c’est quand qu’on arrive ???» tel un enfant impatient à l’arrière du monospace parental, sauf que vous c’est dans l’idée de refiler la patate chaude aux déchoqueurs le-plus-tôt-sera-le-mieux. Oui, il vous arrive de vider vos surrénales en intervention. Mais vous aimez ça.

D’ailleurs, vous aimez ça au point d’avoir élaboré tout un tas de stratégies pour conserver un air sérieux malgré tout devant vos patients, leurs familles, et vos collègues de travail. Votre première réaction quand on vous annonce un départ pour ce qui a tout l’air d’un infarctus est de calculer si la distance vis-à-vis de la table de coro la plus proche sera suffisamment importante pour justifier une thrombolyse. Vous êtes parfois déçu quand vous vous apercevez que le patient comateux est juste un excellent simulateur, parce que quand même un petit tube pour la route, c’est agréable. Je sais. Moi aussi je fais des sourires niais avec de grands signes quand on passe devant un radar, et j’aime me présenter comme le sauveur «le médecin du SAMU» après avoir relevé mes lunettes de soleil en descendant de l’hélico dont 10 personnes ont filmé l’atterrissage. Vous kiffez votre métier pour tout un tas de raisons nobles et aussi pour le fun, inutile de le nier. Ça fait de vous un professionnel dynamique et motivé.

Mais oui vous êtes néanmoins humain et vous ne crachez pas sur un bon repas (bon étant une façon de parler, hein) et quelques heures de sommeil de temps en temps. Vous ne vous souvenez plus de la dernière fois où un des patients amené au déchoc est sorti neurologiquement pas trop foutu, voire pas trop foutu tout court. Votre première réaction lorsqu’on vous annonce un départ pour arrêt cardiorespiratoire à 6h30 du mat est de dire : «Papier bleu !». Si il est bon de mettre assez de distance pour ne pas être émotionnellement ruiné pour 3 mois après chaque histoire triste de taf, pensez à entrer dans la même pièce que le patient tout de même. Ça peut servir, ne serait-ce que parce que votre stétho ne fait pas 15 mètres de long.

Le SMUR, vous aimez ça un peu / beaucoup / passionnément / à la folie / pas du tout ; selon le moment. C’est normal. Enfin je crois. Pour ma part, j’ai parfois peur, je kiffe souvent, je suis désabusée de temps en temps ; mais surtout j’y réfléchis (j’ai pas dit que c’était fructueux comme réflexion) et je m’interroge sur mes propres affects. Car si il y a un truc qui est caractéristique, c’est le côté intense.

Sur ce, je vous laisse, je suis glasgow 3. Syndrome post-garde oblige. Le SMUR, c’est comme le macramé, ça s’apprend. Et on apprend tous les jours.

Publicités
Cet article, publié dans Connerie fulgurante, SMUR, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Êtes-vous fait pour le SMUR ?

  1. Stuxs3th dit :

    j’hésite entre B et D…
    ha, le patient fait un AVC, chouette on va baptiser le nouveau chariot d’urgence!!! mais attention, faut le faire bien hein.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s