RCM

Maintenant que vous vous êtes amusés à noter vos réponses au test «Quel régulateur êtes-vous ?», je ne vais pas vous laisser le bec dans l’eau, aussi voici un barème et quelques traits de profils correspondants.

Mode d’emploi : 

Tout d’abord veuillez reprendre le petit papier sur lequel sont notées vos réponses et faire correspondre aux symboles suivants. Chaque réponse amène 2 symboles, parfois 2 fois le même.

[Les symboles sont : ♥ (cœur), ! (point d’exclamation), ≈ (environ), → (flèche), Ø (O barré), ? (point d’interrogation), ® (R entouré)]

1) A : ?→. B : →?. C : ≈♥. D : Ø→. E : .

2) A : ♥?. B : ®®. C : ≈Ø. D : ??. E : !♥.

3) A : →Ø. B : Ø≈. C : ♥!. D : . E : →?.

4) A : Ø→. B : →Ø. C : Ø≈. D : . E : ♥!.

5) A : Ø♥. B : Ø→. C : →≈. D : ♥. E : .

6) A : ♥. B : ♥!. C : !♥. D : ≈→. E : ?→.

7) A : ?♥. B : →≈. C : !→. D : →→. E : Ø♥.

Résultats : 

Soyons sérieux 1 minute. Bon, ok, 30 secondes. Il n’y a pas un type de régulateur. Il y a un type de réponse à un instant t. Et des types de réponses, il y a en a autant que de personnalités multiplié par le nombre d’instants. De plus, je n’ai pas la prétention de dire ce qui est bien ou ce qui ne l’est pas. Tout ceci est une manière de vous exposer ce que c’est que de réguler le 15, avec ses contraintes et ses possibilités, en y mettant ma petite touche de connerie d’humour. Il y a en moi, comme, je crois, en chacun des collègues qui régule, un peu de tous les traits dont je vais vous parler. Avec des proportions variables selon les personnes et le moment.

  • Le ♥ : 

Vous avez raté une brillante carrière de boxeur ou de sociopathe ? La régulation de l’aide médicale urgente est faite pour vous. Nombreuses sont en effet les occasions de se faire des ennemis. Ah la mélodie des insultes qui résonne dans le casque ! Le plaisir de monter le ton en faisant valoir sa position de régulateur qui impose ses décisions aux autres ! La joie sans cesse renouvelée de savoir que dès le lendemain toute la hiérarchie du service sera informée par courrier d’un désaccord par le nouvel ennemi qu’on se sera fait, et ce sans aucune partialité ni mensonges dans ses propos. Le conflit, s’il est inévitable parfois, ne doit pas constituer l’unique but de la régulation ni son principal moyen, si vous voulez mon avis. M’enfin faut pas avoir peur de se faire des ennemis.

  • Le ! :

Le patient grave, le patient grave, le patient grave. Pensée prioritaire parfois obsédante. Y’a pas que des patients graves qui font le 15. Y’a aussi des chieurs requérants inquiets qui ont besoin d’être rassurés. Oui, à mon sens, l’optimisation de la prise en charge d’un patient grave est un intérêt supérieur. Supérieur à passer 2 plombes à expliquer à un trentenaire comment se moucher alors qu’un pauvre type qui fait respire de moins en moins attend au bout du fil qu’on puisse le décrocher à son tour, supérieur à la mauvaise volonté surcharge de travail du régulateur, des SMUR, et des services d’accueil. Un intérêt supérieur et permanent qui ne doit pas totalement occulter les autres.

  • Le ≈ :

La vraie vie. Ménager la chèvre et le chou, pratiquer la politique du moins pire, de la section de poire en 2 portions, l’à-peu-près-pas-trop-mal-pas-idéal, l’approximation et le fait de se couvrir au passage. C’est le pas se prendre la tête parce qu’on pas le temps, en assurant une espèce de minimum acceptable pour ne pas faire courir de risque vital au patient, mais sans forcément l’aider véritablement. Le cataplasme sur une jambe de bois qui évite conflits et complications. Quand résoudre le problème n’est pas accessible, oui, on envoie une brouette (une ambulance). Sans avoir la conviction d’être utile, mais en sachant que c’est mieux que de laisser le patient dans la panade ou l’incertitude.  Le genre de trucs que je pratique 15 fois par jour en détestant ça. Je crois que c’est de l’extérieur un des trucs les plus ressentis comme étant «faire de la merde» par les professionnels de santé. Sachez qu’on le fait par manque d’autres moyens, par manque de temps, par impossibilité de faire fonctionner une chaîne de soins utopique idéalement dont l’un des rouages est absent / full / etc.

  • Le → : 

On a globalement du mal à fuir quand on est assis dans un fauteuil de régulation. Pourtant, l’art de l’esquive, confinant autant à l’opportunisme, à une forme d’abandon qu’à la fuite, ça peut être tentant parfois. Une des plus classiques manières de refiler la patate chaude à autrui est l’autodéclenchement en SMUR. Bon, mais pour ça, faut avoir déjà toutes ses équipes occupées en intervention et ne pas avoir peur de se faire fusiller par son co-régulateur 😉

  • Le Ø : 

Le nul, le zéro absolu de la régulation, le dilettantisme abyssal, l’inconséquence profonde. Pourquoi j’en parle ? Parce que ça arrive. Ça m’arrive. C’est à ça que servent le  et le  : à pallier aux situations dans lesquelles on sombrerait, sinon, dans l’incompétence irresponsable. Le Ø, c’est le néant de la régulation. Ça existe. On est humains et on a pas de pouvoirs magiques. L’idée est que ça ne reste infinitésimal, voire, pour faire du jeu-de-mots-pourri-de-lendemain-de-garde, que l’occurrence du néant tende au néant.

  • Le ? : 

La petite touche de fantaisie créative. Non la régulation n’est pas censée être un joyeux bordel. Mais enfin … un zeste de blagounettes, un soupçon de rire, une amorce de détente, ça fait pas de mal non plus. Ne serait-ce que pour conserver cette capacité cognitive que l’on doit avoir en médecine d’urgence : faire avec les moyens du bord. Et pour rester courtois, empathique, & motivé pour répondre aux appels suivants.

  • Le ® :

La rigueur. Toujours, au fond, le sérieux et la rigueur. Réguler, c’est un brin besogneux comme tâche. Et il le faut. N’oublions pas que les bandes sont enregistrées, et que pour faire les cons, y’a le SMUR.

Et moua et moua et moua :

Je vous laisse sur une touche de sincérité. Voici ce que j’aurais répondu au test :

1) E. Et une furieuse envie de céder aux autres solutions évoquées.

2) B si je peux. E si j’ai plein d’appels en attente et que je n’arrive pas à m’en dépatouiller. C en désespoir de cause.

3) D si j’ai une équipe dispo. C sinon. A ou B si j’ai pas d’autre choix, en me haïssant d’en arriver là.

4) D ou E. De toute façon y’aura conflit, mais c’est pas une raison pour laisser un jeune saigner dans son crane à cause d’une cuite et de la chute avec trauma crânien qui s’en est suivie.

5) E !!!!!! Et si tous les SMUR sont engagés, D pour avoir promptement une équipe de pompiers qui sait masser et défibriller le cas échéant. Et oui je sais, le médical à domicile c’est pas leur mission. Je rappelle qu’on a dit qu’y’avait 1h de délai pour une ambulance.

6) B ou C. Il lui faut un service de soins intensifs de cardio, point barre. Oui je suis psychorigide. Mais la perte de chances sciemment organisée, ça me file des boutons. Malheureusement dans la vraie vie on a pas toujours le choix.

7) A, B, C ou D. Ça dépend du collègue, de sa fragilité auditive, de la quantité de chocolat, et de l’insupportabilité de la belle-mère.

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11 commentaires pour RCM

  1. Taothee dit :

    Je bénie tous les jours les régulateurs qui pour 99% d’entre eux sont ma bouée de sauvetage du bout du monde qui fait que je ne perfore pas mon ulcère précocement. Spéciale dédicace à celui dont la voix douce est un sucre d’orge apaisant et celle dont la rigueur est un anxiolytique en puissance. Le 1% est un con fini qui n’a sûrement pas sa place au bout du fil…Un très grand merci aux autres pour cet exercice acrobatique…

    • docadrenaline dit :

      Je pense que par moments, on est tous le 1% de cons finis. Quand c’est le feu, et qu’on vient de se faire insulter, par exemple. Sinon je pense pas que ma voix soit un sucre d’orge (on me dit souvent « Merci, Monsieur »), mais pour le coté anxiolytique de la rigueur, c’est bien de le dire, je ne savais pas que ça pouvait faire cet effet là à mes confrères au bout du fil, tant mieux.

  2. Le test c’était une super idée! On se recycle dans les magazines féminins pour en faire encore d’autres plus savoureux?

  3. Zoralieaparis dit :

    Faut croire que t’es pédagogue dans tes écrits et que mon cerveau est câblé comme le tien : j’ai toutes les mêmes réponses que toi. Je peux jouer à réguler, hein, dis, docteur. allez, steuplait steuplait steuplait !

  4. Bon bah je suis une régulatrice grave et sociopathe, très grave….
    Ouf, j’ai choisi une autre voie 😉

  5. Sociopathe, grave et parfois proche du néant… J’ai bien peur que ce test soit proche de la réalité 🙂 Bon ça va, je ne suis pas régulateur ni même mhédecin. Mais je regarde de très près ce poste d’IAO qui se libérera peut être…

  6. docmamz dit :

    Oui on peut difficilement ne pas voir dans le QCM « tes » bonnes réponses…
    Je refuse néanmoins toujours d’envisager faire de la régul un jour quelle horreur.

    Quelques questions/remarques inutiles :
    – je suis personnellement un gentil médecin de garde libéral qui dit toujours amen à ce que me demande le 15, même quand c’est une visite hors secteur à 23h pour un type qui a eu des vertiges dans l’après midi mais c’est passé, et qui aurait pu être amené par sa famille.
    Je devrais ptet pinailler un peu plus, certains de mes collègues le font, alors que dans me tête je me dis que je n’ai pas le droit. Certains de mes collègues « contre-régulent » facilement, ce que je conçois mieux : ils ont plus de temps, parfois c’est un de leur patient qu’ils connaissent bien et pas vous etc. Tant mieux si le patient est rassuré/informé et la consultation inutile, mais quid de la responsabilité si y’a une merde dans ces cas là ?
    Et s’il n’y a pas de 15bis ou de régulation de MG, proposez-vous parfois au MG de prendre l’appel ? Bon perso je suis nulle ça finirait toujours en « bon ben venez au cabinet…. »

    J’ai personnellement bien conscience que quand on voit des merdouilles en garde, c’est déjà que les renseignements ou la réassurance du 15 n’ont pas suffit, et que je suis le dernier rempart avant l’embolisation des urgences…

    – tu n’aurais pas essayer de voir avec le MG de garde pour la dame qui meurt chez elle ? C’est sûr que c’est complexe à gérer et que d’envoyer un jeune remplaçant c’est chaud mais en fonction des médecons certains le feront non ? Perso – mais je suis sensibilisée/un peu formée aux SP – ça me ferait chier d’apprendre à postériori qu’un SMUR a été dépêché alors que j’étais dispo et pas loin. Au moins temporiser, même si je ne suis pas assurée de désamorcer la crise

    – si les pompiers râlent de faire des carences de privés, je crois que sur du prompt secours ils ne s’offusquent pas… Ils sont ptet même plus nombreux par équipe, ptet plus pratique pour ce genre de situation (mais bon les relations 15/18/ambulances privés sont tellement différentes d’un département à l’autre…)

    • docadrenaline dit :

      Pour ce qui est des missions qui te sont confiées par la régulation du SAMU (visite pendant une garde, etc), je dirais :
      – que la plupart le sont par le médecin régulateur de la PDS (= un médecin généraliste), une minorité par le régulateur de l’AMU (bibi et consort) ;
      – que tu es libre de les refuser pour quelque motif que ce soit, et que cela doit théoriquement être consigné par écrit dans le dossier de régulation médicale du patient ;
      – que cependant cela aboutit souvent à un transport et une hospitalisation aux urgences inutiles et couteuses, étant donné qu’on peut difficilement refuser toute prise en charge à un requérant qui fait le 15 ;
      – que la contre-régulation c’est le MAL, quand celle-ci est destinée à éviter une visite ou une consultation (par contre pas de souci si tu la fais dans l’idée de hiérarchiser l’ordre dans lequel tu vois les patients). C’est le mal et c’est dégueulasse, car les textes disent que le médecin régulateur est responsable du décroché de l’appel jusqu’à la fin de la mission de l’intervenant. Autrement dit on est sensés vous fliquer pour savoir si vous avez bien effectué la mission en question (visite, consult), en pratique on ne le fait pas. De même lors d’une visite vous devriez nous passer un rapide bilan (pour dire « alors Mr X a 38,5°C, une rhino, j’ai prescrit ceci, je le laisse sur place) ce qui est rarement fait aussi (et on le comprend). Si le médecin de garde contre-régule pour éviter de voir le patient et que ce dernier meurt, certes il sera inquiété, mais en tant que responsable « jusqu’à la fin de la mission de l’intervenant », le régulateur chargera aussi. Donc si en tant que médecin de garde tu décides de ne pas assurer une mission que le 15 te confie, assume le et dis le (sur bandes enregistrées, je sais). On aura pas les moyens de te courir après (et puis on a pas que ça à foutre) mais au moins on envisagera une solution alternative pour le patient.

      Pour les appels relevant de la médecine générale, il y a dans beaucoup de SAMU dont le mien des médecins régulateurs généralistes au sein du Centre de Réception et de Régulation des Appels (CRRA pour les intimes), la nuit et le week-end. La plupart du temps leurs actes de régulation (c’est un acte) aboutissent à un conseil médical.

      Pour la dame en fin de vie, le souci c’est :
      – les secteurs où il n’y a plus de médecin de garde en nuit profonde
      – la plupart des médecins de garde (chez nous) n’effectuent plus aucune visite et reçoivent au cabinet les patients que nous leur adressons.
      – souvent les « jeunes » acceptent de faire qq visites quand même mais sont d’autant plus mal à l’aise avec ce type de situation qu’ils sont jeunes, et donc ne sont pas chauds pour les faire.
      Après il va de soi que c’est le plus proche de l’idéal (médecin/IDE du réseau de soins palliatifs ou médecin traitant > médecin de garde > SMUR car gyros = tapage dans situation intime > transport vers l’hosto).

      Enfin, la notion de « prompt secours » a disparu. Du médical à domicile, c’est pas la mission des pompiers d’après la nouvelle convention nationale, point barre. Lorsqu’il n’y a pas d’ambulance privée dispo au vu du degré d’urgence, ce dont le SAMU doit d’ailleurs rendre compte, il y a « carence » et dans ce cas c’est facturé … au SAMU ! Genre c’est notre faute si y’a pas d’AP dispo. Et c’est cher. Très cher. Ce qui est dommage, parce que pour certains trucs chauds je préfère les pompiers (surtout quand j’y envoie le SMUR aussi) : sont + près très souvent, + nombreux, formés de façon carrée face à la grande détresse vitale. Quant à s’offusquer, c’est plus leur hiérarchie qu’eux-mêmes. Les pompiers aiment rendre service au patient en détresse car cela fait partie de leur vocation première. Leurs hauts dirigeants leur ont vendu que les SAMU abusaient d’eux sur le médical à domicile, sans leur dire qu’effondrement du nb de missions = moins d’argent = adieu les promesses de titularisation de nombre d’entre eux. La convention est nationale (et convention est un abus de langage …), déclinée au plan local. Comme tu le dis les relations sont différentes d’un département à un autre. Perso je m’entends très bien avec la majorité de ceux auxquels j’ai affaire, nous avons le même souci d’aider notre prochain dans la « contrainte » relative qu’est le blaireau qui n’a rien mais exige un transport et une assistance.

      Merci pour tes excellentes questions, et si je peux me permettre : vas dans le SAMU de ton secteur y rencontrer les gens ! C’est toujours mieux quand on se connait. Au final ça aide à se comprendre, et donc à améliorer le service que nous rendons aux patients qui ont besoin de nous.

      • docmamz dit :

        Bon il me semblait bien que niveau éthique et responsabilité ça me chiffonnait de ne pas obéir à mes missions 🙂
        Par contre personne m’a jamais dit de passer un bilan après mes visites/consultations… je pense que je vais continuer à ne pas le faire 🙂

        Mon rouge de mari me dit que chez nous ils font encore le prompt secours, après je ne sais pas comment ils adaptent la convention à leur sauce.

        La régul de mon 15 elle est pas à côté de chez moi, et le chef est un gros con, de l’avis unanime de tous les médecins/pompiers que je connais. Du coup ça donne moyen envie mais oui ça serait intéressant que je le fasse. Un jour.

  7. petitcervo dit :

    Vous avez raté une brillante carrière de boxeur ou de sociopathe … Je savais que j’aurais dû faire médecine d’urgence

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