QCM

La régulation du SAMU, ce monde merveilleux où tant de choix s’offrent à vous sur bandes enregistrées.

Petit jeu : imaginez que vous êtes aux manettes. Le régulateur, c’est vous.

1) À force de parler avec vos interlocuteurs, vous avez la gorge sèche, et c’est d’ailleurs pas faute de vous hydrater. Du coup, votre vessie est au bord de l’explosion. Les appels au 15 pleuvent.

  • A : Vous coupez discrètement les câbles téléphoniques grâce au sécateur que vous avez toujours dans votre soutien-gorge sac à main.
  • B : Soucieux(se) du fait que les appels urgents soient malgré tout décrochés, vous déviez vers le 18.
  • C : Soucieux(se) du fait que les appels médicaux urgents soient malgré tout régulés, vous déviez vers les départements d’outre-mer limitrophes.
  • D : Vous confiez votre poste à l’externe débutant qui passait par là, avec pour consigne «Quand tu sais pas, t’envoies un SMUR».
  • E : Écouter ne nécessite pas de parler, cliquer sur une décision non plus. Ce faisant vous renforcez vos sphincters.

2) 23h. Un jeune cadre antipathique dynamique vous explique ne plus pouvoir respirer à cause de ce nez bouché et de la gorge qui gratte, depuis 3 jours (ouvrés, of course), dit nécessiter une prise en charge immédiate à domicile d’autant qu’il a des problèmes cardiaques (un souffle au cœur quand il était petit). Le tout d’un ton impérieux assorti de menaces, d’une traite sans nécessité de reprise inspiratoire.

  • A : Vous lui conseillez de procéder à la cuisson du produit de la ponte d’une gallinacée.
  • B : Malgré les 2 appels en attente relevant potentiellement de l’urgence vitale, vous prenez le temps et la diplomatie nécessaires pour lui exposer un traitement symptomatique en attendant d’aller voir son médecin demain, lui laissant la possibilité de rappeler dans la nuit en cas d’aggravation des symptômes.
  • C : Ni le patient ni le médecin généraliste de garde sur le secteur n’étant disposés à se déplacer, et le patient exigeant une prise en charge, vous envoyez la mort dans l’âme une ambulance en sachant que le patient ira emboliser les Urgences pour rien (mais qui ne manqueront pas de vous insulter).
  • D : Vous envoyez un véhicule incendie des pompiers afin que le débouchage des fosses nasales du patient soit effectué à la lance à incendie. Efficacité garantie.
  • E : Vous expliquez à ce monsieur que le 15 c’est pour les urgences, il vous insulte, le ton monte, il finit par vous raccrocher au nez en promettant de se plaindre auprès de votre hiérarchie, et vous vous efforcez d’écouter d’une oreille neuve et empathique le requérant de l’appel suivant qui n’y est pour rien.

3) Une dame en soins palliatifs à domicile est manifestement en train de passer l’arme à gauche, seulement voilà, même préparée à cela la famille panique, l’équipe du réseau de soins palliatifs correspondante est injoignable la nuit en plein week-end, bref c’est la galère.

  • A : Vous tentez de canaliser la famille, leur rappelant que le décès de la patiente est aussi imminent qu’attendu, et que vu les doses d’opiacés qu’elle prend et le faciès cyanosé mais serein qu’ils vous décrivent, elle ne semble pas souffrir. Elle va mourir, le médecin traitant passera demain pour signer le certificat de décès, et vous avez ce sentiment amer de faire de la merde.
  • B : Vous envoyez une ambulance privée qui conduira la patiente aux Urgences de l’hôpital, avec ce sentiment amer de faire de la merde.
  • C : Vous vous fâchez définitivement avec le médecin de garde sur le secteur car vous lui demandez de se rendre sur place au prix de 30 min de route aller, le laissant seul se dépatouiller de cette situation difficile, avec ce sentiment amer de faire pas trop mal pour la dame mais d’occasionner un grand moment de solitude à ce pauvre remplaçant débutant qui n’a pas l’habitude des fins de vies.
  • D : Vous envoyez un SMUR bien que ça soit tendu du string parce que ça vous fait 1 équipe de réanimation de moins pendant 1h30 ou 2h. Vous savez que malgré gyros, effet d’équipe impressionnant et tout ça, la dame et sa famille seront entourés de chaleur humaine, d’empathie, et que les derniers instants de la patiente se dérouleront sans inconfort.
  • E : Vous vous auto-déclenchez en SMUR sur l’appel précédent dont vous savez que c’est une broutille, étant donné que toutes vos équipes sont déjà dehors (sinon vous les envoyez parcourir le département), et refilez le bébé cet appel à votre co-régulateur.

4) Les pompiers se sont déclenchés pour un jeune homme ivre retrouvé somnolent dans un caniveau (donc sur la voie publique) accompagné de ses copains de beuverie, et ils vous appellent pour passer leur bilan. Les constantes sont bonnes, l’homme n’aurait pas subi de trauma crânien ce qui ne vous parait pas cohérent avec le fait qu’il ait une bosse sur la tempe, et serait somnolent comme un bourré mais sans plus. Les pompiers attendent votre décision d’orientation de ce patient.

  • A : On le confie, comme cela ne choque apparemment personne sauf vous, à la surveillance de ses potes qui sont bourrés comme des coings, z’ont qu’à le laisser cuver en PLS et rappeler si y’a un problème et qu’ils sont capables de s’en apercevoir.
  • B : On le remet aux forces de l’ordre qui l’installeront dans une somptueuse cellule de dégrisement en PLS également.
  • C : On considère que son alcoolémie patente ne perturbe pas son raisonnement et on valide la signature de sa main tremblante d’un refus de soins et de transport dont la valeur médico-légale avoisine le néant.
  • D : On se fait traiter de tout par le médecin des Urgences les plus proches qui avait pourtant informé la régul de dévier les entrées vers un autre service d’Urgences plus loin, parce que c’est le moins compliqué tout en préservant l’intérêt médical du patient qui jusqu’à preuve du contraire est suspect de saigner dans sa tête comme tout bourré traumatisé crânien.
  • E : On se chauffe méchant avec le chef d’agrès qui invoque l’éthique et l’impossibilité d’un contentionnement sans procédure d’hospitalisation sous contrainte signée d’un médecin de garde dépêché pour l’occasion, et ce pour transporter le patient vers les Urgences plus loin ; alors que bizarrement si ça avait été pour le conduire aux Urgences proches, la compliance du patient n’aurait pas été un souci majeur.

5) Mardi, 12h30. L’épouse d’un quadragénaire vous appelle juste-pour-renseignement-désolée-de-vous-déranger-vous-avez-des-choses-plus-urgentes-à-gérer-désolée. Elle veut savoir si elle peut donner un doliprane à son mari, parce que là, elle sait pas si c’est la salade pourtant-il-en-a-quasiment-pas-pris-mais-c’est-bizarre, il a comme un poids sur l’estomac et il est tout pale couvert de sueurs. Elle se propose de le conduire chez son médecin dont le cabinet ré-ouvre à 14h après.

  • A : Quelle idée de manger de la salade ? Ça lui fera les pieds. Qu’il souffre.
  • B : Va pour doliprane + médecin traitant à 14h.
  • C : Vous lui envoyez une ambulance au-cas-où-on-sait-jamais.
  • D : Vu qu’il y a 1h de délai pour avoir une ambulance, vous envoyez les pompiers en carence, tant pis pour le mélodrame qui s’en suivra de leur coté comme celui de la trésorerie ; c’est du médical à domicile donc le service paiera l’intervention, mais ils avaient qu’à pas vous les péter l’autre soir avec le bourré qui s’était cogné la tête.
  • E : Vous lui dites qu’il reste au repos complet, qu’elle le surveille de près et vous dégainez le SMUR d’emblée parce que ça pue du cul cette affaire. C’est souvent ceux qui en demandent le moins qui ont le plus besoin d’une équipe de réa, selon le Principe de MacCain. Il en va des infarctus inférieurs comme des frites.

6) Un de vos SMUR est auprès d’une patiente avec une douleur thoracique atypique. Le médecin du SMUR, vos yeux sur place, un type expérimenté en qui vous avez confiance, vous dit acheter le syndrome coronarien aigu malgré le caractère non typique de la douleur, en présence d’un tracé ECG qui bien que non significatif parait suspect quant à la morphologie des ondes sur un territoire donné. Il vous dit que selon lui, un service de soins intensifs de cardio serait la destination idéale d’un transport médicalisé. La patiente est suivie pour hypertension rebelle par un cardiologue de la Clinique X.

  • A : Vous faites transiter la patiente par les Urgences de cette clinique, étant donné que les soins de cardio sont blindés, après en avoir informé le cardio qui vous promet d’apaiser la colère de l’urgentiste de la clinique qui-vous-avait-pourtant-dit-qu’il-ne-voulait-d’entrées-SAMU-bordayl, en priant pour que cette colère ne soit pas à l’origine d’une prise en charge par-dessus la jambe de la patiente.
  • B : Vous forcez la main au cardio de la Clinique Y, partenaire de la Clinique X (même propriétaire), lui rappelant qu’il pleurniche constamment comme quoi on lui adresse pas de patients. Avec une furieuse envie de lui dire que c’est parce qu’il ne les accepte jamais.
  • C : Vous démontez l’interne de cardio de l’hôpital, structure la plus proche, qui vous dit qu’il ne croit pas une seconde au fait que la patiente ait un problème cardiaque, alors qu’il ne l’a pas vue et que votre médecin SMUR lui oui. Son sénior, diplomate, lui apprend : «quand le SAMU insiste, c’est souvent pas à tort.» Of course la clinique X qui n’était pas en mesure de recevoir la patiente en soins intensifs de cardio vous reprochera de l’avoir adressée au CHU.
  • D : Vous faites rouler le SMUR et la patiente vers les Urgences de l’hosto, après en avoir prévenu le médecin qui est votre pote et ne vous posera pas de problème, bien qu’il croule sous les patients.
  • E : Vous optez pour la défenestration.

7) Un de vos collègues vous demande de reprendre une de ses gardes en régul pour assister au pestacle de fin d’année d’un de ses enfants. Vous êtes libre ce soir-là et êtes la seule personne susceptible de le dépanner.

  • A : Vous acceptez avec plaisir, d’autant que vous aimez votre métier malgré ses difficultés. C’est quand même super gratifiant d’avoir su mettre en œuvre les secours adaptés et organiser la filière de prise en charge d’un patient.
  • B : Vous acceptez moyennant rétribution financière conséquente, dotation en chocolat et promesse d’une éternelle gratitude.
  • C : Vous refusez pour lui épargner l’horreur ultime qu’est un pestacle de fin d’année. En échange il vous promet de refuser de vous dépanner lorsque comme de par hasard vous aurez oublié de mettre en indispo la date correspondant au pestacle de votre propre progéniture. Entre collègues, c’est normal de s’entraider.
  • D : Dans les cas extrêmes, la pitié n’a pas sa place. Certes ses oreilles vont saigner en entendant les mômes brailler, mais vous, en reprenant sa garde, vous économisez un repas avec belle-maman, et ça, ça n’a pas de prix.
  • E : Il peut se brosser pour que vous lui repreniez sans échange une garde de régul.

Et voilà ! Notez bien vos réponses, elles vous permettront de savoir «quel régulateur êtes-vous ?» selon la formulation typique des testalakon des magazines. Résultats à suivre …

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10 commentaires pour QCM

  1. Franck dit :

    J’adore … On sent le vécu et ça rappelle tellement de chose.
    Signé: un régulateur libéral

  2. Cossino dit :

    Excellent cette tranche de vie « vrai » , merci.

    L’histoire du  » balourd » qui insulte pour avoir un samu alors qu’il n’a rien me rappelle un souvenir.
    Je me demande toujours comment vous faites pour ne pas craquer .

    Amicalement

  3. Zoralieaparis dit :

    Atta, suis pas prête à tout noter mes réponses. Deux secondes, je vais faire pipi d’abord. 🙂

  4. armance dit :

    Zut! je me suis défenestrée, je ne pourrai pas lire les résultats et m’auto-évaluer…

  5. Pinon dit :

    Excellent, tellement vrai, on fait un métier formidable

  6. ezrine dit :

    Génial ! Du grand DocAdrénaline !!! 😀

    (Le pire, c’est qu’on apprend des choses avec tout ça)

  7. bluerhap dit :

    Excellent, très drôle. J’ai moi-même pratiqué durant un an Samu et Régulation, mais c’était à l’époque où les appels étaient passés par pigeon voyageur et les traitements disponibles saignée ou imposition des mains.
    Maintenant, je suis du côté des « effecteurs », et je peste intérieurement contre (ces crétins de) nos amis les régulateurs, qui m’envoient un cadre antipathique pour rhinopharyngite grave qui s’éternise depuis 3 jours uniquement parce que son emploi du temps lui interdit formellement d’aller consulter son médecin traitant aux horaires ouvrables (8h-20h) des jours de semaine (Lu-Sa). Mais extérieurement, je défends les régulateurs auprès de mes collègues, parce que j’ai pratiqué ça à l’époque … Quoi ? Je l’ai déjà dit ???

    J’ai tout de même une question sérieuse : pourquoi avez vous « ce sentiment amer de faire de la merde » lorsque « Vous tentez de canaliser la famille, leur rappelant que le décès de la patiente est aussi imminent qu’attendu, et que vu les doses d’opiacés qu’elle prend et le faciès cyanosé mais serein qu’ils vous décrivent, elle ne semble pas souffrir. Elle va mourir, le médecin traitant passera demain pour signer le certificat de décès » ? Moi je trouve ça pourtant très adapté …

    • docadrenaline dit :

      Pour ce qui est du sentiment amer, c’est parce que dans la situation évoquée, la famille compose le 15. Ce qui n’est pas rien. C’est un appel à l’aide, c’est pour que quelqu’un vienne, a priori. Parce que l’imminence du décès, ça, ils ont pas besoin qu’on le leur apprenne, ils le savent déjà. Ne pas venir (= n’envoyer personne) lorsqu’on vous dit « venez m’aider », et que la situation est comme ici profondément difficile, oui ça laisse cette amertume. Quand les proches arrivent à gérer la survenue d’un décès attendu, ils n’appellent pas, d’expérience.
      Du reste, la saignée demeure une bonne option sur l’OAP de l’insuffisant rénal anurique.
      L’imposition des mains, c’est pas mal dans l’arrêt, mais il faut qu’elle soit répétée une centaine de fois par minute et qu’elle comprime la cage thoracique en son milieu 😉

      • bluerhap dit :

        Eh bien voici à mon avis un beau sujet de recherche. Évidemment, je ne suis pas à votre place pour juger de la façon dont la famille appelante accuse réception de votre réponse. Mais intuitivement j’aurais tendance à considérer que – du moins si vous êtes en face d’une personne qui n’est ni pathologique ni totalement déboussolée – la réponse que vous faites, celle du professionnel de santé qui a bien reçu et bien compris la demande et « confirme » qu’il n’y a rien de plus à faire que ce qui a déjà été fait devrait pouvoir largement rassurer la famille. En tous cas, de ma position de généraliste, ça m’est déjà arrivé que des gens m’appellent « en urgence » et que je leur explique pour quelle raison je n’allais PAS venir, et qu’au bout du compte ils me remercient avec sincérité de l’aide que je leur avais apporté de par ma réponse téléphonique.

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