Salomé ne sait pas slalomer

Vers quels services affluent nuit & jour des patients de plus en plus nombreux, partout en France ? Les services d’Urgences. Que faire ? Les fermer. Si, si, c’est une super bonne idée, c’est comme de crever les yeux à celui qui voit quelque chose d’hideux.

Tous les fermer ? Ah non, quand même ! Pas tous d’un coup ! Commençons par fermer un service d’Urgences au cœur de notre belle capitale, celui de l’Hôtel Dieu.

Imaginons.

Salomé est étudiante en Histoire de l’Art en Province. Bah oui, on est pas tous parisiens, non plus. Elle est jeune, jolie, passionnée, et elle existe en vrai !!! Et même que c’est son vrai prénom. [Toute ressemblance avec des personnes vivantes ou ayant existé n’est donc pas fortuite]

Issue de la campagne profonde mais soucieuse de ne pas passer pour une ignare devant ses profs, Salomé s’offre un petit séjour à Paris pendant ses vacances de feignante d’étudiante grâce à l’argent de ses petits jobs dont le ménage chez moi, d’ailleurs t’as oublié de faire la poussière ma jolie.

Notre charmante brune férue de culture part donc à l’assaut des plus célèbres bâtiments de la plus belle ville du monde (après la mienne). Prochaine étape : Notre Dame.

J’ai juste oublié de vous signaler 2 détails : non seulement elle fait une licence d’Histoire de l’Art, mais en fait elle fait aussi en parallèle une licence d’Histoire. Les étudiants ces feignants. Et Salomé, qui a grandi parmi les chèvres dont elle garde une odeur caractéristique, a toujours marché avec de grosses chaussures adaptées à son milieu naturel.

Oui sauf que là, Salomé, pour ne pas souiller le sol chargé d’histoire de la cathédrale, a choisi de marcher avec de vraies chaussures de filles.

Et là, c’est le draaaaame. [Une fois de plus, je vous remercie d’y mettre le ton.]

Sur le parvis, à trop vouloir se faufiler parmi la foule et les hordes de touristes massées en groupes hétéroclites se prenant en photo devant l’édifice, elle slalome, et elle choit. Bah oui Salomé, y’a aussi des marches à Notre Dame.

Usant de son sourire ravageur et de ses yeux diaboliquement angéliques, tout en étouffant insultes et parjures qui seraient offense en ce lieu sacré ainsi que son haleine caprine, Salomé parvient à convaincre un valeureux jeune homme de soutenir sa frêle silhouette à cloche-patte jusqu’aux Urgences. Ça tombe bien, c’est en face.

[Note personnelle : Que ça t’empêche pas de prendre son numéro de téléphone ! Roooh, ces jeunes, faut tout leur apprendre]

Aux Urgences de l’Hôtel-Dieu, elle est accueillie, examinée, soignée, tout ça tout ça et même si faut lui faire une radio on lui fait une radio, etc. Et en deux coups de cuillère à pot, notre Salomé est sauvée. Le tout en 1h de son précieux temps. Pour remercier les équipes soignantes de leur diligence, son père fera livrer quelques jours plus tard 200 kg de fromage de chèvre à leur intention. [C’est vous dire si je suis ravie que Salomé se soit pas vautrée chez nous]

Fin de la version idyllique de la chute de l’étudiante.

Parce que si Salomé se grouille pas d’aller visiter Paris tout de suite mais fais la poussière d’abord steuplé, y’aura plus de service d’Urgences à l’Hôtel Dieu.

Alors déjà ça va être vachement plus compliqué de trouver un prince charmant pour l’escorter jusqu’à la Pitié, St Antoine, Lariboisière, Necker ou que sais-je encore. Elle a certes un sourire ravageur, mais vous oubliez l’haleine.

Remarquez, elle ira pas pour rien aux Urgences : en effet, à cloche-pied jusqu’au métro («Encore des marches, toujours des marches, rien que des marches» comme le dit la chanson) puis du métro à l’hosto, elle a des chances de se flinguer l’autre cheville et même un poignet ou deux.

Option B : appeler le 15 ou le 18 ou un taxi afin qu’un véhicule orné de gyrophares ou pas la dépose devant les Urgences. Éventualité qu’elle n’aurait même pas envisagé dans le cas idyllique imaginé plus haut. Oui mais bon là, ça fait mal et c’est loin. Et pour avoir traversé Paris avec de simples ampoules aux pieds, je peux vous garantir que c’est beau, mais ça fait mal, la capitale. Coût pour la société ou sa poche : cher. Et à ce prix-là c’est même pas instantané. Mais bon c’est pas le genre de Salomé d’appeler les secours, et les sous pour le taxi elle les a pas alors-que-si-elle-avait-bêché-le-jardin-chez-moi-je-lui-en-aurais-donné-plus-mais-bon-je-dis-ça-je-dis-rien.

Salomé a choisi l’option A : se demerder à cloche-pied en métro et se fracasser le poignet en prime. [C’est l’externe qui fait sa première garde qui va être content ! Enfin tant qu’il a une anosmie.]

Elle attend 45 minutes d’être enregistrée [Bah oui déjà qu’y’avait du monde avant, ça s’est pas arrangé depuis que les Urgences de l’Hôtel Dieu ont fermé], est examinée tout ça tout ça et même que si faut une radio on lui fait une radio tout pareil [of course la médecine est la même !], sauf que les Urgences sont saturées et que donc entre l’accueil, l’examen clinique, la radio, la prise en charge (et sans compter qu’elle a le poignet pété en +), ben s’écoulent … 4 heures. Elle ressort à la nuit tombée, dans une ville qui certes est belle la nuit, m’enfin quand tu viens du fin fond de la cambrousse ça aide pas à se repérer et ça remonte pas le moral non plus.

Et non, Salomé ne faisait pas d’infarctus, y’a pas que les structures disposant d’une cardiologie interventionnelle et d’une neurochirurgie qui doivent exister.

Y’a pas que Salomé qui a besoin qu’existent des Urgences de proximité, y’a plein d’autres patients, + ceux qui ont besoin d’être pris en charge dans des structures avec un plateau technique particulier et qui mathématiquement attendront moins dans ces dernières si les Salomé & consort ne viennent pas en engorger les salles d’attentes alors qu’ils peuvent être soignés au plus près.

[+, comme me le signale la demoiselle, le souci de l’odeur de chèvre]

Ce n’est qu’un exemple et des raisons de ne pas fermer les Urgences de l’Hôtel Dieu, y’en a plein d’autres, mais ces deux-là en parlent bien mieux que moi et pour cause : ils y travaillent et en connaissent la réalité de terrain.

De plus en plus de patients se présentent jour & nuit dans les services d’Urgences. C’est pas en les fermant que la situation va s’arranger.

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10 commentaires pour Salomé ne sait pas slalomer

  1. clemchwing dit :

    Il y a eu tellement de mauvaises habitude de données…

    l’hotel dieu n’est que la partie merger de l’iceberg…. économies mot d’ordre…(fin gachi d’argent moi je dis quand tu vois qu’on a « tout » refait il y a moins de 5 ans et qu’on vide/casse tout de manière voyou

  2. Kez dit :

    Bonjour, rien à voir avec la choucroute ou alors très indirectement…

    Avez vous aux urgences à faire à des appendicites chroniques? Ou plus précisément vous voyez les mêmes patients plusieurs fois, sur plusieurs mois et un jour on les opère et hop c’est magique ils n’ont plus de crises… Exemple, je suis allée aux urgences pour une crise mal de ventre terrible nausée, sueurs froides etc c’est la nuit pas d’echographiste alors on repart après une pose de paracetamol en iv et une écho le lendemain mais ras…. Autre crise, vous attendez que cela passe puisque vous n’avez rien…

    Mêmes douleurs un an plus tard mais là c’est le midi, je m’effondre au travail, transfert urgences, écho, scanner et hop opération…. Mais l’appendicite chronique ça n’existe pas paraît il.

    Comment faire si les urgences sont loin et que l’on vous dit que de toutes les façons vous n’avez rien ou alors c’est nerveux (on le sous entend)? Combien De gens auront des complications?

  3. Pascal Charbonnel dit :

    Bon, j’aime bien vous lire, mais….
    Bien sur, dans Paris, aucun généraliste n’est compétent pour examiner une cheville, voire prescrire une attelle et des cannes anglaises sans faire de radio, because le score de ses damnés canadiens, faire un arrêt de travail si nécessaire (plus long que les trois jours de l’urgentiste « allez voir votre médecin pour la suite ». ).
    C’est pas forcément pour critiquer, mais les généralistes, c’est comme les hôpitaux : à force de les déconsidérer ou de les oublier, on finira par les faire fermer
    La bise

    • docadrenaline dit :

      Point de déconsidération des généralistes de Paris ou d’ailleurs dans mon propos. De fait une jeune touriste en ville ira plus volontiers aux Urgences pour de la traumato que de consulter un généraliste dans cette ville inconnue pour elle. En particulier un dimanche ou un jour férié.
      Je crois que les MG les premiers apprécient de pouvoir adresser certains de leurs patients vers une structure d’Urgences de proximité disposant d’un plateau technique de biologie et d’imagerie sans nécessairement envisager une hospitalisation ni envoyer ces patients vers des structures plus éloignées et engorgées.
      Le vide sidéral entre médecine générale ambulatoire et super-structures hospitalières mastodontesques est un écueil dans la prise en charge de nombreux patients. Il me semble au contraire que les Urgences « à taille humaine » s’appuient et interagissent bien plus facilement avec le tissu ambulatoire maillé par les MG.

      • Pascal Charbonnel dit :

        Dans ma banlieue, les urgences refusent de faire les examens demandés par les généralistes sans réexaminer les patients.
        Pour le reste, je suis d’accord, c’est un gâchis que d’avoir des circuits aussi peu organisés avec autant de « malorientation » et donc de mauvaise qualité de service alors que les moyens sont disponibles.

  4. asadoc dit :

    J’aurais été très très d’accord avec toi il y a un an mais… depuis, l’Hotel Dieu a déjà plus qu’à moitié fermé, et beaucoup de ses services ont migré ; il n’y a plus de chirurgie, plus de réa pour les « vrais » urgences.
    Alors oui, bien sûr, ces urgences il faut les maintenir, mais avec l’hôpital derrière, sinon c’est un peu dangereux ; et l’hôpital est parti :/

    • clemchwing dit :

      justement ils sont en train de tout faire pour le fermer de manière un peu voyou, pour ne pas donner de légitimité au SAU de l’hôtel dieu ils ont fermé petit a petit es services

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  6. Doña Juana dit :

    La vraie question reste : Salomé sent-elle vraiment la chèvre ?

  7. Totalement étranger au us et coutumes de l’hotel-Dieu, il me semblait avoir compris qu’il s’agit avant tout d’un probleme de « deniers du culte »: pas assez nombreux et mal gérés, mais que le besoin d’un service d’urgence n’etait pas contesté (sauf par des esprits chagrins).
    Me trompe-je ? les esprits chagrins sont ils + nombreux que je l’imagine ??

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