Raté

Il s’en est vraiment fallu de peu. J’ai failli ne jamais m’inscrire en fac de médecine.

En terminale, alors que j’avais toujours été bonne élève, j’ai eu un chagrin d’amour. THE chagrin d’amour. Mes notes ont plongé. 3,5/20 de moyenne en physique, 5 en maths, … Le sport étant une de mes 3 meilleures matières pendant ce premier trimestre, c’est dire !

Un jour Mr T., prof de maths de son état, s’est adressé à moi, en cours [NB : j’ai jamais été une fouteuse de bordel en classe].

«Adré, tu veux faire quoi l’année prochaine ?»

«Médecine, Monsieur !»

«Médecine ? Non mais Adré, sois réaliste, ça n’est même pas la peine. Tu ne réussiras JA-MAIS.»

La sentence était définitive, implacable, sans appel. [Oui, je sais, c’est pléonastique. C’est moi qu’écris alors je fais c’qu’veux, d’abord.]

J’ai déménagé (en milieu de terminale), suis allée vivre chez mon parrain à plusieurs centaines de km, ai changé de lycée, et le proviseur de mon nouvel établissement a fait le choix de ne pas donner d’informations sur mes notes antérieures à mes nouveaux enseignants. [Merci, M’ssieur !] Mes notes sont remontées comme par magie, probablement parce que s’éloignait de moi le chagrin, étant donné que j’en ai pas foutu une par ailleurs. J’ai eu le bac avec une jolie mention, je me suis inscrite en première année, j’en ai chié de devoir apprendre à bosser (moyennant questions idiotes à mes coreligionnaires : «Tu fais comment, toi, pour bosser ??????»), et au final … Je suis docteur en médecine, mais y’a pas de sot métier.

Pendant toutes ces années, j’ai vérifié à chaque rentrée que mon petit frère n’avait pas Mr T. comme prof. Je m’étais promis à la première incartade du type, de me pointer en pleine classe, en blouse, avec le stétho autour du cou comme dans les séries pour lui rappeler sa phrase péremptoire.

J’y pense parfois, et je voulais dire à tous les Mr T., mais surtout à tous leurs élèves, fils, neveux, connaissances, etc :

Personnellement, je n’ai pas le sentiment d’avoir raté ma vie, en particulier professionnelle. Je fais un boulot qui me plait et c’est tout ce qui compte, en fait. Essayez d’écouter en classe, comme le disait ma grand-mère, ça vous épargnera déjà pas mal de travail.

Du reste, c’est comme le loto : y’a que ceux qui tentent leur chance qui y parviennent.

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20 commentaires pour Raté

  1. Zoralieaparis dit :

    Bah moi j’ai pas osé…

  2. drpenurie dit :

    Tiens ! Moi aussi, on m’a fait le coup.
    Au résultats du Bac, ma prof d’histoire de Terminale (qui, je l’appris plus tard était la femme du Grand Ponte Professeur de Psychiatrie de ma future Fac) me demande innocemment : « Que feras-tu l’année prochaine ? »
    « Médecine, Madame. »
    « Pfff… T’y arriveras jamais ! »

    Merci.

  3. clemchwing dit :

    idem on m’a fait le coup mauvaise lotterie génétique a fait que je me suis quand même accroché et ai eu l’occas de vivre des experiences proffessionnelles magnifique avant que la medecine du travail me tombe dessus et que la dégradation apparaisse!!

  4. On m’a fait le coup en prépa. Après avoir été 34e, 28e et enfin 19e (sur 37), admis du bout des lèvres en spé au motif que « sachez-le, vous ferez une 5/2 ». Manque de bol: j’ai intégré, une école très ordinaire certes, mais sans souci, classé « milieu de tableau » du principal concours commun… Une école qui me convenait et m’a permis d’arriver là où je le voulais (travailler dans le milieu de la protection de la nature). Outre ces profs, ils n’ont pas manqué ceux qui m’ont dissuadé de poursuivre ce rêve, qui m’ont sèchement enjoint de me rabattre sur ces « secteurs où il y a vraiment du boulot » mais où je savais que je m’ennuierais à me dessécher sur place en trois mois. Bon sang, si on renonce dès le bac au métier qui nous fait rêver, il nous reste quoi ? L’assurance, dès 18 ans, de vivre quarante-trois années de carrière ternes, ennuyeuses, ayant pour seules fonctions de nous financer de quoi nous évader cinq semaines par an ? Accrochez-vous donc à vos rêves ! Vous avez bien le temps de renoncer. Toute la vie, vous avez, pour ça. Et le jour où vous l’aurez fait, ce sera pour tout le reste de votre existence…

  5. Stéphanie dit :

    On me l’a faite pour ingénieur.
    Ir. Stéphanie. (et j’ai refusé la thèse parce que j’en avais ras le pompon)

  6. tourmalyne dit :

    Qd j’étais en terminale, mon prof de physique nous a dit que quelles que soient nos notes, il ne fallait pas se braquer là dessus, on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve.
    Il nous a raconté que plusieurs années en arrière, il y avait un cancre un peu fouteur de merde parmi ses élèves. Juste avant le BAC, il lui a demandé ce qu’il allait faire ensuite. L’élève lui a dit: « moi je vais faire médecine ». Le prof lui a répondu que déjà s’il avait le bac, ça serait un exploit, alors que s’il arrivait à faire médecine, il lui payerait le champagne.
    « Et alors monsieur ? » on lui a dit.
    « Un jour il a débarqué chez moi. Dans une vieille deux chevaux pourrie. Il avait réussit la FAC de médecine. »
    « Et alors m’sieur? »
    « Ben je suis allé à la cave chercher une bouteille, et on a fait péter le champagne ensemble. »

    Le monde est petit, depuis quelques années ce cancre d’élève est le généraliste de ma mère (et elle en est très contente).

  7. Je redoublais ma première année de médecine quand un prof de ma boite à concours au vu de mes notes m’a dit  » vous êtes classée huitième avant la fin, abandonnez, vous n’y arriverez pas ».
    il ne faut jamais croire les absurdités qu’on nous dit.

  8. Cossino dit :

    Pour rajouter ma pierre à l’édifice , mon prof de physique en terminale : « mais vous comptez avoir votre Bac , vous ? »

  9. Cossino dit :

    Trouvé sur le net :
    Pour être champion, vous devez croire en vous-même quand personne d’autre ne le fait.
    Sugar Ray Robinson

  10. Altaïr dit :

    Un peu avant vous tous, au collège, pas mal de chamboulements familiaux, bref une troisième catastrophique, 5 de moyenne générale. A l’époque si les notes étaient correctes on vous donnait le brevet, sinon il fallait le passer. Je l’ai donc passé, sous les encouragements du directeur « de toute façon vous ne l’aurez jamais, et ça sera direction vie active, personne ne voudra de vous pour un redoublement, se toute façon ça ne servirait à rien »
    Je l’ai eu largement en bossant trois semaines à fond, un établissement privé a accepté que je redouble, j’ai cartonné toute l’année en tête de la classe et repris une scolarité normale.
    Quelques années plus tard je vais chercher une jeune cousine dans le même collège et il y avait toujours ce grand c** de directeur, il s’est souvenu de moi et n’a pas apprécié que je lui colle ma licence avec mention « bien » sous le nez en lui rappelant que la vie active en fin de troisième c’était pas systématique.

  11. bene dit :

    pareil mon prof de physique. medecine c est meme pas la peine. cela fait maintenant 8 ans que je suis generaliste diplomee en France et en australie

  12. bluerhap dit :

    Manifestement, c’est un comportement fréquent chez certains enseignants. Moi c’était en 6° – mon professeur d’histoire-géo, un type mollasse qui se rengorgeait partout d’être agrégé, a décrété qu’il fallait m’envoyer sur une filière de transition, que j’étais inapte à suivre des études.
    Mes parents ont dû se remuer contre le pouvoir de ce bonhomme, ils m’ont sorti de la classe, fait passer des tests psychométriques (c’est là qu’on a appris que j’étais « surdoué »), fait appel au député, jusqu’à ce que je sois réintégré dans une autre classe.
    J’ai vu mon ancien prof dans la rue, bien des années après, alors que j’étais en Math Sup. J’ai failli traverser la rue pour aller lui dire bonjour et lui mettre le nez dans son caca, et puis je me suis dit qu’en fin de compte ça ne servirait à rien.

  13. Emilie dit :

    Un prof de prépa véto m’avait dit que j’étais une ratée et que je finirai en ratée car je quittais la prépa.
    Aujourd’hui je suis sa collègue, agrégée comme lui, et avec bientôt un doctorat en poche. Lorsque je l’ai recroisé (car je l’ai recroisé) je lui ai demandé s’il se considérait comme un raté, vu qu’on avait le même métier…
    Je déteste ce genre de prof et je ne le serai jamais. On peut donner son avis, qui reste un avis, et formuler les choses de manière positive au lieu de démolir les élèves.

  14. Emilie dit :

    Bon par contre il m’arrive de taquiner un peu les élèves pour les faire réagir. Je leur dis parfois que je crains qu’ils n’y arrivent pas, mais que je souhaite qu’ils me fassent mentir 😉

  15. Gdaill dit :

    On a fait pareil pour moi en me dissuadant d’entrer en médecine. J’ai résisté comme toi et beaucoup d’autres.
    Mais bon, tout le monde casse ces profs qui se sont plantés alors, je vais essayer de les défendre un peu!
    Franchement, si j’étais prof, Je ne suis pas certain que je dirais à 100% de mes élèves de fin de terminale qui ont moins de 5 de moyenne dans les matières scientifiques « vas-y fonce, si tu est motivé pour faire médecine tu y arriveras »! Envoyer 10 élèves au casse-pipe pour permettre à un seul d’entre eux de s’extraire et de faire mentir les statistiques? Est-ce cela, faire une bonne orientation de classe? Pas sur.
    Dur travail qu’on les profs, distinguer au lycée ceux qui plafonnent un peu en puissance de travail, de ceux qui en ont sous le pied.
    Médecine, c’est de belles histoires d’élèves étiquetés médiocres ou nuls qui ont malgré tout réussi, mais aussi de tristes histoires de bon élèves à qui on a dit qu’ils avaient toutes leurs chances et qui ont malgré tout raté…

    Et si demain, le gros diabétique fumeur de 58 ans qui n’a jamais fait de sport à qui j’ai refusé de donner -la veille du départ- un certificat pour faire le marathon des sables, revient me voir avec un air de défiance, en me brandissant son maillot de Finisher, aurais-je été un mauvais médecin pour autant…? A+

  16. M B dit :

    Ba moi on m’a dit que c’était quand même dommage d’aller en médecine alors que j’étais prise dans une prépa super bien cotée. Que ingénieur c’était quand même plus tranquille/prestigieux/moins long comme études. Et je les ai écoutés. Et je me suis bien fait chier comme ingé. Maintenant je suis en médecine avec beaucoup d’année de retard mais qu’est-ce que c’est bien!

  17. Doña Juana dit :

    Oui , édifiant , tout ça ! Dommage que certains n’aient pas entendu : » tu es trop con pour être prof »… On pourrait envisager un Permis d’enseigner à Points , et celui qui profèrerait des âneries serait viré de l’Education Nationale . 😛

  18. Françoise dit :

    Et moi ça a commencé dès la seconde… Profdemath : « Vous n’auriez jamais dû passer dans le secondaire »… Carrément. Et puis ça a continué jusqu’à mon entrée en fac de médecine… « Non, laissez tomber, avec un bac littéraire vous n’y arriverez jamais »… Ben si.

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