La famille imaginaire

J’ai vraiment rien à raconter, c’est consternant. Du coup je vais vous faire part d’un délire intérieur.

Ça s’est toujours relativement bien passé avec les enfants, au boulot, globalement. Y compris bien avant que je ne devienne moi-même mère.

Avec les parents, moins. Ils prenaient souvent des airs ahuris lorsque je ne concluais pas à l’extrême gravité nécessitant réanimation lourde et s’accompagnant d’un pronostic malgré tout réservé, face à la 2e rhinopharyngite simplex hivernale.

J’avais pas l’habitude de faire étalage de ma vie privée devant mes patients et leurs proches, mais un beau jour, j’ai lâché une remarque suggérant que j’avais moi-même un enfant. Dans mon souvenir, c’est parce que la petite fille avait la même robe.

Et là, magie. D’un seul coup d’un seul, je suis devenue crédible aux yeux de ces parents. Non, un toubib qui a des enfants ne laisserait décemment pas crever le mien sans rien dire, ont-ils du imaginer. Comme si j’avais besoin d’avoir des gosses pour être soucieuse de bien faire mon boulot. Comme si d’avoir des gosses me faisaient plus apprécier ceux des autres.

Enfin bon. Depuis, j’use du sésame psychique lorsque je sens que les gens en ont besoin. Cela dit être officiellement médecin sénior (je n’étais qu’interne lors de l’anecdote) suffit à me faire paraître sérieuse et raisonnable dans la plupart des cas.

C’est marrant, quand j’y pense. [Démon de la Connerie : en piste]

J’avais pas d’ami imaginaire étant petite (j’avais pas d’amis tout court, rassurez-vous ; enfant j’étais déjà extrêmement misanthrope), mais finalement je pourrais me concocter une famille imaginaire au gré de mes patients et de leurs proches. Alors certes, j’ai déjà une grande famille, compliquée en plus. M’enfin y’a plein de trucs qui manquent, pour parfaire mon ah-ben-oui-comme-je-vous-comprends-j’ai-le-même-à-la-maison.

– Une belle-mère. Bah non, la génitrice [Mmmm quel mot affreux] [Petit Caillou le jour où tu parles de moi comme ça, tu peux te brosser pour l’argent de poche] de mon homme est morte de nombreuses années avant que je ne le rencontre. Et c’est vrai que ça manque. Nan, j’rigole.

– Un chien. Ok, on sort pas souvent en SMUR pour des chiens entre la vie et la mort, m’enfin à voir comment certains se parlent entre membres d’une même famille, je suis sûre qu’alléguer la présence à mon domicile d’un canidé ôterait une forme de distance. Ou pas.

– Un grand frère ou une grande sœur. Bah oui, suis l’aînée. Et j’espère pas être aussi conne étonnante avec ma fratrie que ce qu’il m’est donné de voir.

– Une télé. Oui visiblement la télé fait tellement partie de la vie de certains que j’ai du mal à croire qu’ils passent plus de temps avec leur famille. Et les «oui d’ailleurs l’autre jour ils l’ont dit à la télé», j’ai beau avoir élaboré au moins 3 mimiques différentes en réponse (de la moue opinante de celle qui l’a vu aussi, au sourcil levé de celle qui a malencontreusement loupé un programme fascinant), je sais que c’est flag.

– Un fils parfait. Qui branle rien à l’école, insulte ses profs, n’est même pas foutu de cracher plus loin que ses camarades tout aussi dégénérés, se croit rebelle en écoutant de la musique (enfin c’est pas vraiment de la musique) ultra-formatée, mais qui néanmoins est parfait. J’ai pas. Je sais que ça manque, parce que quand j’en vois un réclamer de l’argent de poche à sa mère qui pleure parce que le grand-père vient de faire l’arrêt, j’ai envie de le frapper. Alors qu’il est si parfait et choupinou.

– Un cousin haut placé. Ou qui connait la belle-sœur d’un mec qui était en classe avec l’ex-copine de quelqu’un haut placé. Nan c’est vrai, LE truc qui fait repartir le cœur à coup sûr.

– Un fantôme. Si si. Y’en a qui en ont, apparemment. Même qu’ils lui parlent.

Bon, désolée, encore un post nul.

Mais surtout (dédicace presque-post-scriptum) : restez indépendants. [Oui je sais, sorti de son contexte, ça n’a aucun sens.]

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3 commentaires pour La famille imaginaire

  1. docmamz dit :

    Ah ah j’avais fait un billet avec les mêmes constatations… comment devenir mère avait visiblement fait de moi « un bon médecin » et de comment j’avais honte d’utiliser l’argument et de placer que j’avais un marmot moi aussi… mais que quand même des fois ça dénouait une situation de crise.

  2. Anne dit :

    J’ai lu  » dédicace post-mortem »… C’est grave Docteur ?

  3. Fleur dit :

    Souvenir : « Vous êtes le docteur ?! … Vous êtes si jeune … » 😡

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