Réponse

Hier soir j’ai eu cette colère sourde et douloureuse qui m’a fait écrire «Tabou». Puis la colère est tombée, n’est restée que la tristesse, sur laquelle je me suis endormie, tard. Ce matin je me suis réveillée et j’ai vu les réactions que ce post avait suscitées. Elles m’ont ému de diverses manières, à peine les yeux ouverts j’ai été tourneboulée, et de larmes ils se sont embués. Rassurez-vous la réalité m’a rattrapée, le sourire est revenu en même temps que la certitude qu’il y avait tant de gens qui eux, ont des raisons d’avoir le blues. [Je pense à toi, saches que de nuit comme de jour tu peux compter sur moi.]

Oui la twitto-blogosphère s’est agitée et émue de mon cri du cœur, et nombreux sont les commentaires qui appellent une réponse. Voici l’objet de ce post. En vrac :

1) Merci. À tous ceux qui m’ont témoigné leur soutien, merci beaucoup. Et qui m’ont dit ce que chez eux le mot SAMU suscite comme admiration. Je l’entends. Merci à ceux qui m’ont dit comprendre. En vrai, ça touche. Comme une caresse de réconfort.

2) Je hais pleurnicher et je suis fort désolée de m’y être ainsi adonnée. Mon taf, je le surkiffe. Pour rien au monde je n’en changerais. Le travail d’équipe, le gout de l’inattendu, etc. Même si souvent nous sommes confrontés au dramatique. Parfois on sauve les gens (voir ici et ici par exemple), et même lors du pire, l’empathie et l’émotion sont d’une richesse qui littéralement me nourrit en même temps que sur le moment elles peuvent me vider (cf ici, dans le genre le pire). Et puis je l’ai avoué ici, je suis complètement junkie à l’onde, à l’adrénaline, y’a qu’à voir comment s’appelle ce blog.

3) Je reste fondamentalement attachée à la liberté d’expression. C’est pour cette raison que je ne cite pas précisément le post qui m’a fait fondre les plombs hier soir, dont j’ai bien compris la détresse. De fait la plupart de ceux qui m’ont lu ont très bien compris duquel il s’agissait. J’en ai lu d’autres, dont le rapport [matraquage en règle du SAMU] /  [quantité de blues et de burn-out] était largement supérieur. Je ne les citerai pas non plus. Tout le monde a le droit de s’exprimer. Maintenant, merci de respecter mon droit de l’ouvrir aussi, s’il vous plait. Je ne «tape» sur personne en particulier, dans Tabou comme ici. Je ne fais de procès à personne. Je me débats quand on me tape dessus, en tapant aveuglément sur le SAMU en général, sans vouloir essayer de comprendre les tenants et les aboutissants inhérents à l’exercice de l’Aide Médicale Urgente. Nuance.

4) Je crois qu’il y a un biais statistique qui concourt à la difficulté de ma position sur la toile, mais qui fait que je me sens d’autant plus le droit, si ce n’est le devoir, de la défendre. Y’en a combien, des médecins généralistes qui bloguent leur vécu, sur la sphère francophone ? Quelques-uns. Maintenant y’en a combien, sur la même sphère, des médecins du SAMU ? Ben pas bezef, je suis pas la seule, mais enfin on se marche pas dessus les-uns-les-autres non plus. C’est d’ailleurs ce qui fait que ma blogorrhée se situe dans une niche, et que par conséquent quelle que soit la nullité de ma prose, je suis lue. Du coup, quand ça tire à vue sur le SAMU, ici et là, je me sens un peu seule à pouvoir répondre, y compris par la patience et l’exposé de point de vue, derrière mon ordi. Et forcément si y’a 1 billet qui contient des mots durs pour la médecine d’urgence, chez 1 blogueur généraliste ou spécialiste sur 2, plus 1 tweet de temps en temps, ben moi j’en vois beaucoup. Alors que si je transgresse le tabou, et qu’un jour je décide de dire mon aversion pour le comportement d’un confrère généraliste x ou y, je serai seule contre tous. Pour autant c’est pas la peur de ce genre de situation qui m’en empêche, c’est juste le refus qu’on fasse l’amalgame avec tous ceux dont je ne parle pas et que j’apprécie tant (cf ici par exemple).

5) Parce que les médecins généralistes, comme d’ailleurs tous mes confrères, je les ai déjà défendu, alors que j’aurais pu me la fermer voire participer à leur casser du sucre sur le dos. Ici et ici, par exemple.

6) Je sais grâce aux statistiques fournies par l’hébergeur du blog que tous ceux qui ont lu ce post-ci, n’ont pas lu l’excellent article de Leap comme je leur recommandais pourtant fortement. Ce post et ce que dit Leap font écho à trois points :

– Premièrement je plaide pour que la médecine générale fasse partie du socle de formation de la médecine d’urgence, et pas seulement pour des raisons médicales (par exemple la fréquentation des Urgences par des patients relevant de la médecine générale et que par conséquent il faut savoir prendre en charge aussi). Je crois sincèrement que la connaissance de ce qu’est la médecine générale ambulatoire par les urgentistes ne peut que contribuer à la qualité de la communication entre les acteurs de ces deux pratiques médicales, que ce soit autour du cas d’un patient qu’en règle générale.

– Deuxièmement oui les Urgences, bien plus que le SAMU d’ailleurs, sont considérées comme la «boniche» de la médecine, et véhiculent une image de «poubelle», et comme je l’explique dans le post, notamment pour des raisons qui sont de l’ordre de l’héritage symbolique et culturel de «l’hôpital général» de l’Ancien Régime, qui accueillait les pauvres. Moi la première, quand je régule, j’adresse les patients, qu’ils se déplacent par leurs propres moyens, ou avec pompiers et ambulances privées, vers les services d’urgences alors que je sais qu’ils croulent déjà sous les patients entrants. Sans vergogne.

– Troisièmement comme le décrit si bien Leap, un des soucis de la médecine d’urgence, c’est que tout le monde en médecine estime savoir ce que c’est à vivre, pour en avoir fait entre 2 mois pendant l’externat jusqu’à plusieurs années parfois. Donc nous urgentistes on ne pige rien à ce que traverse le généraliste ou le neurologue, mais eux savent précisément quelle est notre vie. Oui mais non, les amis. Ceux qui ont fait plus jeunes «du camion» sont souvent les pires (mais pas toujours heureusement !) dans l’art de l’incompréhension et du mépris. Je suppose parce qu’ils ont une mémoire sélective. Qu’ils n’ont eu un aperçu trop bref, et trop parcellaire. Qui, qui a fait et non pas juste écouté sagement assis à côté, mais fait véritablement, avec les responsabilités qui incombent, de la régulation de l’Aide Médicale Urgente ? Moins de monde que ceux qui sont un jour montés dans un «camion».

7) D’ailleurs, je suis d’accord avec ce que l’on m’a dit, il y a pire, sur l’ «échelle du bad». En médecine, déjà. Pire que le SMUR et la régul, je veux bien croire que l’astreinte d’un généraliste en montagne, dans le genre exténuant et exaspérant, c’est pas mal. Enfin perso, je crois que le pire, c’est justement mes collègues aux Urgences. Même en semaine. Auxquels moi-même, depuis la régul, j’envoie des flopées de patients. Sans vergogne. Et qui sont payés au lance-pierre, et prennent l’agressivité de ceux qui attendent dans la gueule en IRL alors que je ne la prends qu’au téléphone. Ils partagent avec le régulateur de l’AMU une contrainte, que dis-je, une enclume sur les épaules, en plus de leur sur-activité permanente, et auxquels les autres médecins ne sont pas confrontés avec autant de lourdeur : l’obligation de moyens. J’y reviens ci-dessous. Enfin donc il y a pire. Et alors en dehors de la médecine, oui, il y a 10 000 fois pire. Pour la rudesse du travail, son caractère peu satisfaisant, et l’image qu’il véhicule. Tenez, les éboueurs. Je suis pleine d’admiration pour ces gens. Sans lesquels en quelques jours nos quotidiens seraient invivables.

8) L’obligation de moyens, c’est le truc charmant qui sous-tend que le régulateur du SAMU doit s’assurer que le patient est pris en charge médicalement. Par le médecin de garde sur le secteur, par un transport sanitaire x ou y, par un SMUR. Or les médecins de garde et les transports, c’est pas comme les petits pains ou les levures, ça ne se reproduit pas. Il en va de même du bras armé du régulateur, le SMUR. Perso, les SMUR, je les ponds pas. J’aimerais bien, souvent, mais je les ponds pas. Or le SMUR, c’est ma cartouche la plus sophistiquée. Alors quand je peux éviter de l’envoyer paître à l’autre bout du département pour assurer autre chose que de l’urgence et de la réanimation (qui sont respectivement le U et le R de SMUR), je le fais. Parce que certes ça me protège plus ou moins, médico-légalement, si au moment où toutes mes équipes sont dehors, il me tombe un arrêt à 2 km de l’hosto, mais j’ai bien plus de mal avec ma conscience qu’avec le médico-légal.

Y’a pas longtemps, je me suis un peu chauffée au téléphone avec un médecin généraliste de garde sur un secteur situé à 40 km de la base du SMUR. L’activité était chargée, la thématique du jour était double : infarctus et plaies thoraco-abdominales à l’arme blanche. J’ai tenté de faire déplacer le médecin généraliste pour aller faire le certificat de décès de la personne âgée retrouvée morte et raide. Ce médecin a refusé, mais également appelé pour me faire part de son sentiment vis-à-vis de ma demande. Parce qu’en début de soirée, ce médecin m’a dit être «fatigué», donc 5 km c’était trop. Mais surtout, il m’a dit ne pas être légiste. Pas plus que le médecin du SMUR, ai-je répondu. En plus, personnellement, je crois que si un décès d’un aïeul se produisait dans ma famille, je préférerais voir débarquer un médecin en civil, avec sa mallette et son certificat, qu’une équipe tout en blanc, détournable à n’importe quel moment pour une autre intervention. M’enfin, contrairement à ce que j’ai pu lire de moyennement aimable en réponse à mon post, faut remettre les choses à leur place et cesser de prétendre qu’un «effecteur» du SAMU ne peut rien dire. Je cite : «Mais dans le fond : MOI je supporte tout ça alors l’effecteur il la boucle». Merci, ça fait toujours plaisir. D’autant que je sens qu’on respecte profondément ma liberté d’expression, pour une fois que je donne le point de vue «SAMU» face à tout ce qu’il prend dans la tronche habituellement. Pour finir l’histoire du vieillard décédé à 40 km, j’ai donc envoyé un SMUR, ne pouvant pas obliger le médecin à s’y rendre. Heureusement quand l’infarctus de trop est tombé, j’ai pu détourner une équipe qui était en train de finir de prendre en charge un autre patient. Les SMUR, je les ponds pas. Et les patients décédés, raides, n’ont pas besoin d’une équipe de réa. Mon avis. Par contre, quand c’est moche, du type suicide par arme à feu, etc, j’envoie un SMUR pour ne pas exposer un médecin de garde à la violence d’une image qui hante.

L’obligation de moyens, pour finir ce point-là, concerne aussi les services d’Urgences, raison pour laquelle il est difficile de refuser les patients. Pas impossible, certes, mais quasiment. Et c’est l’examen du patients qui consomme le plus le temps médical. Quoi que son orientation c’est pas mal non plus, avec les coups de fils et la prostitution inhérente. Tout ça pour dire que puisqu’ils sont examinés, les patients qui n’auraient jamais dû aller aux Urgences, autant leur faire aussi l’ordonnance. Ça sert à rien qu’ils aillent en plus surcharger la salle d’attente de leur médecin traitant ou de celui de garde, en sortant. Même si j’en conviens cela ne contribue pas à «éduquer» la population.

9) Donc oui je crois que la malchance du SAMU, c’est d’être un peu dans le collimateur de tous les autres. Et je ne crois pas être la seule parano de service à avoir mal lu, dans le post de ce confrère que pour autant j’estime, une critique «à bout portant» du SAMU. On lit en effet dans les commentaires : «Ce qui m’a le plus frappé c’est le mépris du 15». Ben voyons. Comme c’est touchant. Oui le 15, clairement, il méprise tout le monde, alors que tout le monde l’adore.

10) Dans le SAMU, y’a le SMUR, et la régulation. Je crois que c’est cette dernière activité qui est la plus incomprise, la plus méconnue, et pourtant la plus largement critiquée. C’est pas simple, la régulation. D’autant plus qu’alors que le nombre d’appels augmente, que la jurisprudence s’alourdit, que l’exigence des uns et des autres est toujours croissante, nous n’avons plus de médecins de garde en nuit profonde sur une très grande partie du territoire, en France, et le soir comme le week-end en journée, ils ne se déplacent plus, fut-ce à notre demande. Pour des raisons que je peux envisager et comprendre, mais qui ne me simplifient pas la régul. Alors comme les bonnes choses arrivent toujours ensembles, nous est également tombée en travers de la gueule cette fameuse convention qui fait que le recours aux sapeurs-pompiers est devenu des plus ardu. Mais les ambulances privées ne sont pas plus disponibles. Mais le régulateur a cette merveilleuse obligation de moyens. Mais les SMUR, perso, je les ponds pas.

Heureusement, la régulation du SAMU a aussi ses satisfactions, bien qu’étant la cible de toutes les critiques. Alors juste pour les étudiants que ça tenterait : ne le faites pas pour le côté grisant de pouvoir envoyer un hélico d’un seul clic. En fait ça grise pas vraiment, parce que l’angoisse que le patient passe l’arme à gauche avant que l’équipe arrive prend le pas. Non mais on a parfois le sentiment d’aider les gens. L’autre jour, j’ai envoyé un SMUR alors que c’était un peu le feu, à un type de 45 ans qui présentait une douleur si atypique que même le médecin du SMUR n’y croyait pas… Jusqu’à ce qu’il voit le tracé ECG. Infarctus massif magnifique, en voie de constitution, pris en charge juste à temps pour que cet homme non seulement vive, mais avec aucune séquelle. Autant vous dire que j’étais contente, en version «sourire jusqu’aux oreilles».

Pour conclure, je m’adresserais à celui qui a posté hier soir les lignes qui m’ont tant touché. Je le saisis, ton désarroi. Je comprends que cette garde a été lourde. Je ne prétends pas que c’est un amusement pour vous, confrères de garde sur un secteur, ou dans un service. Cessez de répandre l’idée que ça l’est pour nous autres du SAMU aussi, en tous cas dans un discours si dualiste. Je tiens par-dessus tout à ce que vous puissiez exprimer des difficultés dont je ne remets pas en cause la réalité. Mais s’il vous plait tachez de nous comprendre, nous les idiots du SAMU, comme nous (en tous cas moi !) essayons de vous comprendre. Ne serait-ce que parce qu’en travaillant en bonne intelligence nous donnons ce que nous pouvons de mieux à nos patients.

Peace and love 🙂

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13 commentaires pour Réponse

  1. docmam dit :

    Ouaiiiiiis ils se font des bisous !!!!

    Pour insister sur un point sur lequel je suis particulièrement d’accord…. Si il y a bien un endroit où pour rien au monde je ne voudrais être, même quand je suis de garde, avec une salle d’attente pleine etc…. c’est bien au Service d’Accueil des Urgences.

    Les – que – quelques mois que j’y ai passé comme externe, puis interne etc. m’ont vacciné à jamais de vouloir être urgentiste. Et continuent de me donner la motivation de bosser au maximum pour leur faciliter la tâche et si possible, limiter la surcharge inutile de patients qui s’y présentent, ou que j’envoie.
    Parce que oui, je suis bien consciente que le patient qui appelle le 15 et que je ne vois pas, il faudra lui trouver une « réponse » et qu’il finira aux urgences.

  2. clemchwing dit :

    toujours aussi explicatives vos billets!!! toujours contemplatif de ce que vous faites et de ce que vous écrivez!! merci, encore merci!!!

  3. Zoralie dit :

    Adre, malgré toute mon hétérosexualité, faites gaffe, je vais vous aimer d’amour.

  4. murmure dit :

    j’avais pas l’impression de ce désamour du médecin SMUR. J’ai été médecin SMUR en début de carrière et puis, suite à diverses circonstances, j’ai bifurqué vers la médecin générale. Alors, même si j’ai oublié le côté technique, j’ai une impression de 2 côtés du miroir. J’aime bien ton blog qui me rappelle des souvenirs (même si c’était pas facile tous les jours, j’aimais bien globalement bosser aux urgences).
    Je suis un peu surprise d’envoyer un SMUR pour un décès connu, même si en tant que MG, je râle, en tant que smuriste, je ralais 2x plus! Même les décès moches, de toute façon, j’ai eu un peu l’impression d’avoir vu de tout.
    La régulation, j’ai connu aux urgences, mais ici, là où j’exerce, c’est tout récent, j’avais les appels directement jusqu’il y a peu. Et quand on « régule » et on voit le patient, c’est édifiant la différence possible entre ce à quoi on s’attend et ce qu’on trouve. Dans les 2 sens. C’est vraiment un exercice difficile, la régulation de gens qu’on ne connait pas. Et souvent frustrant, par ce que c’est difficile de se rendre compte d’une situation par tél…
    Et je pense que le MG qui ralait hier, c’était juste la goutte d’eau, la communication avec la régul’. Pas vraiment dirigé contre « eux » mais contre le travail en plus, l’impression de ne pas être compris (j’ai pas toujours l’impression de faire le même métier que lui, je ne prends pas en charge des cas aussi lourds!)

  5. Casque Houille dit :

    Incompréhension , quand tu nous tiens…! Dans le commentaire qui évoquait le mépris du 15 , j’ai compris le mépris à l’encontre du 15 , et non pas un 15 méprisant …
    Ne lis pas les commentaires à tes billets au réveil , attends les effets du petit dèje , d’une bonne réhydratation , d’une bonne douche , et pourquoi pas un petit tour dans ton jardin , tout ce qui peut permettre à tes neurones de se remettre tranquillou en place ,´et t’éviter de te mettre la rate au court-bouillon dès ton lever . Prends soin de toi , ma Biloune , c’est ainsi que tu pourras au mieux prendre soin des autres !

  6. Anne dit :

    Nous connaissons ta valeur… En tant que médecin mais surtout cette valeur humaine… Je dirais exacerbée ! Continue « ma belle  » !

  7. doudou13314682 dit :

    bon la colère est mauvaise conseillère mais on le savait déjà!deux souffrances en écho dans le meme champ n’ont aucune raison de se confronter ;elles nous confirment que le système tombe en nous fournissant ni explications satisfaisantes ni ébauche de solutions mais la seule certitude est que les teneurs de murs branlants doivent vivre dans la douceur confraternelle loin des yakaifo!
    des débats sont à mener entre nous sur la permanence des soins urgences samu mais pas aujourdhui

  8. xav dit :

    Ton post m’a profondément agacée.
    Ce médecin ne tape pas aveuglément sur le SAMU. Il tape sur le sien. Je pensais que ton blog était personnel mais apparemment tu es investie de la mission de défendre le SAMU/SMUR. Méfie toi car certains ne sont pas défendables. Dans ma régulation, le téléphone peut sonner longtemps, longtemps…..
    J’ai les memes sentiments envers les PARM quand il faut que j’explique pour la 10ème fois que mon cabinet est « dans la maison grise au bout du stade » garde après garde.
    « Attends je te passe le patient pour que tu lui explique » « Non, car là j’en ai encore 3 à voir….. ».
    Je raccroche en ayant dit au PARM d’envoyer le patient pour 15h20 et l’autre parm me rappelle 3 mn après pour me dire « j’ai quelqu’un d’autre, je l’envoie de suite ? » « Ben nan, 15h40… »
    A quoi sert le médecin régulateur PDS s’il envoie les rhinos pour rassurer les gens. Mettons les sous ailleurs !
    Quelle est la vision du métier de généraliste de la part d’un urgentiste ? Celui qui empoche 23€ à soigner des rhumes et qui se la coule douce. Et la vision de l’urgentiste de granddépartement sur celui de petitdépartementrural ? « Il n’a pas de sonde naso gastrique ? » « non, là je viens juste de le sortir du fossé/de l’eau/des chiottes et de le stabiliser » et j’ai pas d’interne et d’externe et pas d’hélico dont je descends l’air suffisant (sont comme ça tes collègues, et oui). Je me souviens d’un médecin SMUR de chez vous qui en attendant dans notre office avait posé brutalement sa tasse en disant « café » et notre conducteur lui avait balancé toute la cafetière dessus. On est comme ça chez nous.
    A lire ton post, toi tu bosses, toi tu sillonnes les routes jour et nuit alors les autres, qu’ils aillent se plaindre ailleurs.
    En s’installant je pense que la plupart pensaient avoir une qualité de vie autre que celle actuelle. Je n’ai pas envie d’éduquer mes gosses entre 2 gardes , 2 astreintes et en étant crevée. J’ai quitté les urgences pour autre chose. On a aussi le droit de se plaindre d’avoir trop de boulot.

    Je sais de quoi je parle puisque j’ai été urgentiste 5 ans. Je garde un 10% dans petithopital, je fais de la régulation PDS, je suis médecin sapeur pompier et généraliste à temps plein.
    Quand je lis le post de mon confrère, j’ai très envie de lui faire un gros calin, pas de lui sauter dessus car le smur lui bosse nuit, dimanche et jours fériés (pas nous ?), car le smur a des obligations de moyens (pas nous ?), et que le smur est fait de plein de médecins géniaux qui eux se donnent entièrement à la médecine (gare au réveil les gars !).

  9. Cossino dit :

    Bonjour
    Je suis surpris que dans les commentaires il y a peu de mots sur les responsables de tout cela .
    Les médecins « s’engueulent » en reprochant l’un à l’autre ce qu’il attendait que l’autre fasse .
    J’ai l’image de « gladiateurs qui s’écharpent dans l’arène » et « les autorités qui regardent en souriant .
    Car ainsi , personne et surtout pas la profession médicale ne se révolte contre les responsables: ceux qui gouvernent, pondent les règlement et la CPAM qui elle aussi « jette de l’huile sur le feu ».
    Car enfin , le problème dans tout cela c’est le manque de moyens et la répartition des charges.

    Manque de moyen pour la permanence de soin tant du coté des moyens hospitaliers que de ceux de la médecine libérale .
    Car tout cela , n’est que la fatigue, la soumission et le raz le bol d’une profession qui se meure ( la médecine générale libérale) et d’une autre qui ne peut pas tout assumer d’autant qu’on ne lui donne pas les moyens ( le couplet sur l’obligation de moyen est tout à fait juste.)

    Donc les vrais responsables pourront dormir sur leurs deux oreilles tant qu’on ne s’attaquera pas à eux .
    Comment faire ?
    Il y a des moyens radicaux , mais qui est prêt à les mettre en œuvre ?
    Personne sans doute .
    C’est la raison pour laquelle , la seule solution individuelle est souvent « la fuite  » chère à Henri LABORIT
    http://boree.eu/?p=3204
    http://genoudesalpages.blogspot.com/2013/03/mi-fevrier.html

  10. Galilea dit :

    En partie d’accord avec le dernier post…en partie
    l’engorgement des urgences par des fausses urgences, que ce soit dans un cabinet de médecine générale de montagne, ou dans un service d’urgence hospitalière, est un facteur d’exaspération pour nombre d’entre nous, et le drame est que celà arrive à nous dresser les uns contre les autres, alors que nous servons à la base la même cause. Et ce pendant que les hauts décideurs dorment des nuits normales, à mille lieues de nos cas de conscience.
    La responsabilité est plurielle.
    Qui a martelé aux populations qu’un rhume peut être grave et doit impérieusement nécessiter une consultation dans les plus brefs délais?
    Qui fait croire que les urgences hospitalières sont le lieu de tous les miracles?
    Qui a dévalorisé la médecine générale à tel point que le premier réflexe soit trop souvent l’hôpital plutôt que le médecin généraliste le plus proche, et je ne parle même pas du médecin de famille, qui connaît, trie, apaise, sait rassurer.
    Qui alarme à outrance la population sur le risques supposés de tel ou tel symptôme, au point de faire perdre à l’individu lambda tout bon sens?
    Le nombre de fois où l’on m’a raconté une épopée hospitalière compliquée, alos que je me disais en mon fort intérieur: « Les c…, pourquoi ils ne sont pas venus me voir, ne l’ont même pas appelés, alors que le cabinet était ouvert, que je connais la famille par coeur et que leurs problèmes, qui me sont familiers, je les aurais résolus? »
    Non que je crache sur les Urgences, loin de là, mais ils partent avec un handicap non négligeable: ils ne connaissent pas.
    Non, la fuite n’est pas la seule solution…mais reconditionner une clientèle bercée par les sirènes médiatiques du « tout, tout de suite, sans réflexion, sans délai et sans effort », c’est comment dirais je…long, ingrat, titanesque…

    Bravo aux Samu et Smur qui font dans l’immense majorité des cas un boulot admirable, quand ils ne se prennent pas pour des « cpw-boys ».

    • Cossino dit :

      Je suis complétement d’accord avec vous.
      C’est pour cela que peut être une autre métaphore est plus parlante :
      Le pompier et le propriétaire du local qui a brué s’euguele en se reprochant mutuellement soit d’avoir négligemment ou par imprudence mis le feu soit de n’avoir pas su éteiendre le feu assez vite sous l’oeil dépité des usagers du local qui eux aussi râlent.
      Par contre celui qui a « discrètement » mis le feu lui n’est pas inquièté; je rajouterai même qu’il se frotte les mains de satisfaction.

      Par contre vous écrivez :
      « Non, la fuite n’est pas la seule solution…mais reconditionner une clientèle bercée par les sirènes médiatiques du « tout, tout de suite, sans réflexion, sans délai et sans effort », c’est comment dirais je…long, ingrat, titanesque… »
      Le problème n’est pas que ce sera long et ingrat mais justement titanesque comme vous l’écrivez et comme il n’existe plus de « titan » , ce sera impossible à réaliser ce qui fait de la fuite la seulle solution .

  11. Yem dit :

    De mon point de vue de généraliste n’ayant jamais voulu faire de la médecine d’urgence, voilà quel a été mon ressenti: j’ai d’abord lu le billet de la garde survoltée de notre confrère, et je me suis dis que je n’aurais clairement pas tenu 2 jours à ce rythme infernal: je veux dire que passé un certain cap d’épuisement, prend-on encore les bonnes décisions? Quel danger pour le patient et quelle énorme responsabilité pour cet effecteur isolé? De loin peut-être que la sonnette d’alarme aurait du être tirée durant la garde et qu’il aurait fallu dire « stop! voilà où j’en suis, n’envoyez plus! Ça devient dangereux ». Mais faire ça c’est avouer des limites bien normales mais insuffisamment reconnues par la partie en face du fait effectivement du manque de visibilité en face (comme le disait à juste titre Docmam, je me demande si les logiciels intègrent la saturation du mg en patients, kms à effectuer, urgences envoyées..etc).
    Voilà, j’avoue ne pas avoir vu à ma première lecture d’attaque contre le Samu mais plutôt un appel à l’aide seul contre tous…
    Ensuite j’ai lu ton coup de gueule, et j’ai bien compris ce que toi tu y avais lu que je n’avais pas vraiment vu de prime abord, et je comprends que tu défendes votre boulot qui est loin d’être facile, vous avez des responsabilités énormes aussi.
    Vos deux points de vue éclairent l’incompréhension entre deux mondes qui devraient pourtant avant tout travailler en bonne intelligence, le patient au centre. c’est d’abord un problème de système inadapté où il manque toujours et encore de la communication.
    Ce n’est pas facile de s’exprimer comme tu le fais en sachant que tu vas t’attirer les foudres de certains, mais surtout continue! Car même si tu te dénigres il est évident que tu as un talent et un esprit de synthèse hors-norme.
    Bisous!

  12. Teleri dit :

    Urgentiste smuriste régulateur vivant avec une généraliste libérale instalée, je vis le sujet au quotidien!
    Le fait est que notre génération fait (et fera de plus en plus) face à la pénurie dans tous les domaines: moins de médecins « en ville », moins de lits à l’hôpital, moins de sous pour la sécu,du fait de politiques de santé ineptes menées à visée électoraliste depuis 30 ans. Quand on pense que le premier rapport ministériel prévoyant un déficit démographique à l’horizon 2015 est sorti sous Giscard, ça laisse rêveur.
    Pris entre une demande de soins en perpetuelle augmentation (et le papy-boom ne fait que commencer) et les impératifs-médico-lego-administo-procéduriers qui alourdissent la moindre prise en charge, on ne compte plus les confrères qui se découragent, voire se carbonisent en exerçant la médecine, quelle que soit leur spécialité ou leur mode d’exercice.
    Du coup on râle.
    On râle contre le confrère qui drope un malade aux urgences pour s’en débarrasser, contre le service qui renvoie trop vite le malade seul dans son domicile insalubre, contre l’urgentiste qui monte un patient sans diagnostic précis, contre le régulateur qui n’envoie que sur des daubes ou qui n’a pas prévenu d’une arrivée aux urgence (spécificité de la médecine d’urgence, on adore se pourrir entre nous, preuve s’il en faut de notre niveau d’inanité)…
    Bref, on est tous, toujours, le con de quelqu’un!

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