Arnaque

Voltaire nous recommandait de cultiver notre jardin. Estimant que l’auteur du conseil n’était pas n’importe qui, et que tout est bon pour ne pas trier la paperasse, j’ai donc procédé à un peu de jardinage.

Premier souci : la surface. Bah oui j’habite en ville, je ne devrais avoir que 3 cm² de terrasse, ça serait simple, comme ça. Et bien non. J’habite en ville et j’ai l’immense chance d’avoir non seulement un balcon, des rebords de fenêtres, mais aussi un jardin donnant sur la rue qui fait dans les 25 m², plus un potager [enfin ce qui jadis était un potager, mais qui est plutôt une jachère en l’état] qui en fait autant. Donc autant de travail et de possibilités.

Deuxième écueil : le climat. Y’a des plantes qui aiment le soleil et d’autres non ? Oui ben chez moi, faut qu’elles s’y fassent, c’est jamais comme il faudrait pour que leur épanouissement soit parfait. Les endroits ombragés jusqu’en mai, ne sont pas un peu protégés. Il y fait un froid glacial. Mais cet été, ce seront de véritables fournaises. Juste au moment où si ce ne sont pas les vacances et l’éloignement qu’elles impliquent qui causent l’absence d’arrosage, ce seront les mesures municipales traditionnelles pour limiter la consommation d’eau. Faut être solide, quand on est une plante, pour pousser chez moi.

Troisième problème : les prédateurs. Le refus de tout produit toxique, parce qu’ils tuent également très efficacement les enfants et les chats, fait que différents bouffeurs de pousses fragiles considèrent mon jardin comme un petit paradis en soi. Les salopards. Bon alors j’ai considérablement réduit la population de limaces, et ce de façon pérenne, en appliquant de façon systématique, chaque soir au moins 4 mois par an, deux années de suite, une campagne de prévention contre les méfaits du tabac. Je me promenais, armée de gants épais sans quoi il est tout simplement répugnant de saisir ces affreuses choses gluantes et bavantes, munie d’un pot en verre tout en fumant clope sur clope. Chaque limace trouvée (plusieurs dizaines par soir) atterrissait dans le grand pot, ainsi que mes mégots encore allumés. «Fumer tue», leur enseignais-je. Je peux vous garantir que ça marche, puisque je n’ai jamais croisé une limace avec une clope depuis. Deux hérissons, enfin au moins deux [un petit tout mignon et un monstrueusement obèse] se promènent régulièrement dans mon jardin le soir. Et bien cette année, y’a quand même des quantités de chenilles qui bouffent mes iris. Mais que fait Al Qaïda bordel ? Et que branlent ces feignasses de hérissons ? Je ne sais pas. Dernier prédateur et non des moindres : le chat. Alors certes il ne mange pas mes plantes, ça non. Mais bon sang de bordel de bordel il ne peut pas s’empêcher d’aller faire des trous au milieu de mes plus jolies plantations. Dernier trou en date : ce matin, là où j’avais mis un bulbe de lys. Saleté de chat.

Merde n°4 : le substrat. Alors c’est simple, le sol, chez moi, c’est du remblai. Un truc archéologique intéressant pour dans 15 siècles peut-être, mais actuellement pas. Je l’ai retourné, ce sol. Plusieurs fois. Enrichi de terreau, etc. De tout, j’ai trouvé. De tout. Des caillasses, des quantités de caillasses. Des morceaux de béton. De la brique et autres gravats. Des capsules de bière et du verre. Des coquilles d’huîtres. Du plastique pas fantastique. Bon aujourd’hui, j’ai juste retourné un peu la terre là où j’allais procéder à mes plantations. Mes travaux précédents n’ont pas été inutiles et il n’y a plus de quoi ouvrir un musée. Non mais y’a toutes les racines de la haie du voisin, à la place. Groumpf. Et puis j’ai l’impression que quoi que je fasse, il est toujours aussi pauvre, ce sol. Re-groumpf. J’ai ajouté du compost frais de chez moi, en sachant que ça ne suffira pas.

Handicap n°5 : le temps. Pas météorologiquement parlant, cette fois. Non le temps qui ne suspend pas son vol, et qui ne s’accélère pas, non plus, à mon plus grand désespoir. Bon déjà dans les rayons de la jardinerie, j’imagine mes achats en place, et arf, ça n’est pas immédiatement le cas quand j’arrive chez moi le coffre plein de verdures diverses. Arf bis, je vois venir les grands sages du jardinage, à m’expliquer que c’est justement ce qu’il y a de charmant, de travailler son jardin et voir chaque jour le fruit de son labeur grandir et s’épanouir. Ok, les gars, je sais. Vous oubliez juste un truc : je suis urgentiste. Je veux bien procéder à mes activités fleurissantes sous la pluie [Loi de Murphy oblige, il suffit que je rentre avec moult plantes à mettre en terre pour qu’il se mette à pleuvoir, mais ça, passe encore, trifouiller sous la pluie, c’est dans mes cordes], mais la patience, connait pas. Quand je pense «désherber, retourner la terre, l’amender, planter des bulbes, voir les pousses surgir, et s’extasier devant les fleurs magnifiques» c’est comme quand je pense «perfuser, remplir, induction en séquence rapide, tube, se satisfaire de paramètres scope et respi magnifiques». Au-delà de 15 minutes entre le début des opérations et le résultat, je pète un câble. Alors certes, me direz-vous, d’un point de vue esthétique, c’est quand même vachement plus joli un parterre fleuri qu’un type avec un tube, un respi, un scope, et deux ou trois pousses-seringues électriques. Je m’accorde à votre avis sur ce point-là. Mais enfin tout ce travail et tout ce temps à attendre pour que mes plantations crèvent aux premiers frimas, c’est aussi agaçant que lorsqu’un patient décède quelques heures après son admission en réa.

Donc bref, malgré tout ça, dressons un état des lieux :

– Le potager j’y ai pas encore touché. Pas plus que les jardinières du balcon. Et mon petit doigt me dit que ça va pas se faire tout seul.

– Si le chat ne les déterre pas tous, nous aurons cette année de jolis lys et freesia. Et il m’en reste plein à mettre, des bulbes de freesia, mais j’avais l’intention d’en fleurir les jardinières sus-citées.

– La partie théoriquement herbeuse du jardin, au centre, celle sur laquelle y’a la table et les chaises de jardin par mes soins lasurées, c’est pas encore ça. Voire pas du tout. Fallait s’en occuper à l’automne, et le printemps approche. On verra en 2014, je crois.

– Sur 4 zones en bande décoratives, y’en a 1 qui me va en l’état, vu que j’y ai mis quelques fleurs, qu’il y a le lila, les iris, des lys de l’année dernière, et les bulbes que même pas dans tes rêves tu déterres, le chat. Reste les 3 autres, dont la remise en état fleuri a été débutée par mes soins entre hier et ce matin, avec l’aide précieuse de Petit Caillou.

Quand tout sera joli et fleuri, j’illustrerai ici avec quelques photos. D’ici là, il me faut cultiver mon jardin. Y’a plus qu’à. «Il faut cultiver notre jardin», faisait dire Voltaire à Candide. Quelle arnaque !

[Post-Scriptum : est-ce qu’en médecine, on a la main blanche au même titre qu’on a la main verte en jardinage ???]

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7 commentaires pour Arnaque

  1. Ptite externe dit :

    Je crois que j’ai jamais été aussi admirative. Pour ma part une mère avec non pas la main mais les deux bras verts et des tonnes de plantes m’ont définitivement dégoûté du jardinage …

  2. xav dit :

    Pour répondre à ta dernière question: si je soigne mes patients comme mon jardin, gare à eux, passez votre chemin! Chez moi le jardinage consiste à enlever les mauvaises herbes essentiellement quand je me suis disputée avec MrMari. Le reste est assuré par ma mère qui vient environ tous les 3 mois. Donc merde à Voltaire.

  3. NdL dit :

    Hugh,

    si je puis me permettre un avis, étant potageophile entre deux patients, je pense que le framboisier est fait pour toi. C’est, à ma connaissance, la seule plante ne demandant aucun entretien, vu qu’en fait, c’est une ronce. Même pas besoin de désherbage, puisqu’ils font trop d’ombre pour que les mauvaises herbes poussent en-dessous. Penser à prendre une variété remontante (qu’est pas grimpante, hein, remontant = qui fructifie 2 fois pas an).

    Sinon, dans le genre qui résiste à tout, les cosmos, la lavande et l’acanthe, c’est pas mal non plus.

  4. Casque Houille dit :

    Bravo , tu as eu du courage pour te mettre à jardiner sous la pluie , pour ma part j’attends le retour du beau temps… Mais je fais un petit tour tous les matins pour voir pousser et éclore les différentes fleurs plantées à l’automne . Bientôt les semis en godets , l’homme va râler de voir le salon envahi… Mais bon , après , il est bien content quand on cueille nos tomates , entre autres !

  5. KatOnoma dit :

    Jardinière semi-velléitaire d’un coin sableux/pourri de racines/cramé par le soleil/ hanté par une tortue fort aimable au demeurant (pas de mentions inutiles à barrer, hélas), je confirme les conseils ci-dessus : le framboisier (sans épines) c’est parfait, de même que le mûrier : vive les ronces ! En plus, la progéniture adore et les limaces évitent. Lavande et romarin, c’est aussi parfait, inattaquable. Sauf que les buissons peuvent se transformer en canapés si on n’y prête pas garde…
    PS : je suis une fidèle lectrice ; là, je me permets de commenter car j’y connais vaguement quelque chose !

  6. docnmama dit :

    Le framboisier a cela de sympa qu’en plus ça défoule quand il faut arracher les branches qui donnent pas de fruits. Seule entretien que ça nécessite. Et puis les framboises, c’est sympa quand t’en cueilles une en revenant du boulot !
    Lavande et romarin, je valide aussi, hyper facile, en plus ça sent bon et le romarin, tu cuisines avec t’as l’impression d’avoir fait de la magie avec ton propre jardin à toi ! trop fière !
    Et sinon, moi je recyclais de vieilles étagères, que je couchais par terre pour fabriquer des plates-bandes hors sol. Moins de mauvaises herbes, plus facilement desherbable quand besoin, tu y mets la terre que tu veux (voir avec les travaux qui se font dans les environs, quand pour faire des fondations ils creusent, ils refilent la terre à pas cher), donc plus de pb de qualité du sol. Et ça fait joli. Je faisais ça quand j’avais un sol pourri. Maintenant je suis en appart (donc non) et je viens d’acheter une maison, on verra quand on déménagera ce que vaut la terre…
    Bon courage ! (et pense à planter une chaise longue, après, pour profiter de tout ça !)

  7. docteurgece dit :

    Dans le genre « peu d’entretien », je suis assez fan des Hortensia. Rien à faire si ce n’est couper la boule de fleurs en haut de la tige une fois qu’elle est sèche. Et sinon je plussoie sur le framboisier. Et quel plaisir d’aller en voler en cachette avant le diner avec PetitCaillou… !

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