Thérapeutique

À la maison, dans le civil, loin devant le paracétamol et consort, le médicament que j’utilise, depuis toujours, pour soigner Petit Caillou, c’est le «bisou qui soigne». Quitte à l’utiliser au pluriel.

Le bisou soigne les bobos, bien sûr. Dermabrasions et autres contusions, comme on dit dans le jargon.

Le bisou soigne aussi les chagrins.

Le bisou guérit de la fièvre, du mal aux dents lorsqu’appliqué sur les joues, du ventre qui fait mal tout autour du nombril, bref le bisou, c’est la panacée.

Si le bobo est très vilain, il est parfois nécessaire de faire plusieurs bisous. Et de renouveler le traitement à de multiples reprises. Mais par magie, même le mal le plus rebelle, par une armée de bisous il est possible de le vaincre. [Bon parfois moyennant un peu de paracétamol, mais c’est de la co-analgésie]

Et ça marche. À tel point que lorsque la maman que je suis se prend malencontreusement le tibia dans un obstacle, ou autre incident traumatologique, de même que pour une douleur d’origine «médicale», ma princesse m’administre aussitôt ce qu’elle sait être efficace : des bisous. Et en vrai, je vous le confirme, les bisous, ça marche. Enfin en tous cas les bisous de maman et les bisous de petit à sa maman.

Quand elle a commencé à être en âge de comprendre que sa maman était toubib, et qu’en allant travailler elle allait soigner des gens, en particulier des qui ont de très gros bobos, je me suis demandée si elle ne s’imaginait pas que je les embrassais, mes patients, pour soulager et guérir leurs gros bobos.

Remarquez ça fait de vachement longues études pour juste appliquer ses lèvres sur la peau d’un malade et y faire claquer suffisamment de smacks pour qu’il se rétablisse de ses blessures. Mais bon faut c’qui faut, la bisou-thérapie, ça ne s’improvise pas. Enfin pas en traumatologie grave.

L’idée m’a fait sourire mais aussitôt après ont jailli dans ma tête des images mentales répugnantes et autres souvenirs odorants désagréables qui m’ont tiré un «pouaaaah» assorti d’une grimace. Arf, non, vade retro, contre-indication.

Je me vois en train de passer mon bilan à la régul :

«Bon alors il a une fracture déplacée et fermée de l’humérus gauche hyperalgique sans déficit neuro ni trouble vasculaire d’aval, un fémur droit au niveau de la diaphyse, et j’ai pas d’hémopéritoine à l’écho mais pourtant il a une douleur en hypochondre droit».

«Ah ok et du coup t’as fait quoi comme analgésie ?».

«Euh et ben là on a réaxé l’humérus avec 25 bisous, pour le fémur j’ai mis la donway mais il m’a fallu en faire 12 de plus, et là l’infirmière est en train de lui embrasser l’hypochondre, je crois qu’on va pouvoir rouler d’ici 5 minutes.»

«Parfait, je préviens l’équipe des Urgences Bisoulogiques».

Bon, si le blessé est mignon, que c’est de la traumatologie fermée, qu’y’a pas de vomissures, … Ouais mais non.

Donc je me suis résolue à expliquer à ma fille qu’au travail, je faisais des piqûres et tout un tas d’actes thérapeutiques sadiques dont les enfants savent bien qu’ils n’ont aucune propriété analgésique, au contraire.

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9 commentaires pour Thérapeutique

  1. clemchwing dit :

    j’aimerais bien perso que la bisouthérapie fonctionne +++ que de me gaver de cochonerie style ibu, codéine ou acupan!!!

    peux avoir des bisous sur mon front, mon nez et mes éponges a merde (poumons) ???

  2. zigmund dit :

    génial ! je vais tester sur mes malades ? mes fils sont trop grands et s’amusent à dire pour me faire enrager comme les médias et la ministre : » bon les ophtalmos c’et pas des vrais médecins ça fait que des lunettes … » … j’ai un copain non médecin qui pour dire « au revoir » utilise cette expression « caresses et bises à l’oeil »

  3. Casque Houille dit :

    Sans aller jusqu’aux bisous à n’importe qui , l’imposition des mains , c’est vieux comme le monde…et on en explique bien aujourd’hui les mécanismes ( la boucle ) !

  4. docnmama dit :

    Future maman d’un jour à l’autre, je comptais bien utiliser la bisouthérapie et, je l’avoue, je ne l’ai jamais appliquée en direct auprès de mes patients.
    De quoi donner du grain à moudre aux détracteurs qui accusent le corps médical de ne pas soigner avec les traitements naturels qui marchent et de leur préférer les médicaments qui payent… 😛

    J’aime beaucoup votre billet, il est adorable !

  5. Gélule dit :

    ❤ C'est aussi le médicament de Melle Gélule, ça, la bisou-thérapie 🙂 et ça marche 'achement mieux que le doliprane ^^

  6. Dr Anne-Marie dit :

    Très joli billet de maman !
    Le bisous virtuel du patient est efficace aussi : l’empathie, la compassion bref l’humanité

  7. CChristine dit :

    J’ai bien ri !! vive la bisoulogie dans un monde parallèle !!

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