Spécial-KT

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Pourquoi être au milieu de la courbe de Gauss quand on peut en sortir ? Me suis toujours demandé. Une seconde nature, chez moi. Et bien dans mes plantades aussi je fais dans l’originalité. Et pas exprès. Ni de me planter, ni de sortir du rang statistique.

Une de mes plus magnifiques cagades, sans grande conséquence pour la patiente heureusement, reste celle-ci.

Trolls, sortez maintenant de cette page, avant que le spasme laryngé ne soit responsable d’un arrêt hypoxique dont il y a peu de chances que vous récupériez étant donné son intensité.

Pendant mon cursus, en fin de parcours bientôt-urgentiste, j’ai fait un stage en réa. Super stage. Au cours duquel on m’a inculqué l’art et la manière de placer différentes tuyauteries, entre-autres (beaucoup de façon de raisonner aussi). Parmi les éléments de plomberie, mise en place des voies veineuses centrales (VVC) (et par extension profondes comme fémorales) dont cathéters de dialyse, et cathéters artériels (radiaux et fémoraux …).

Pour les non-intimes du cathé, parmi les voies veineuses centrales, nous avons la fameuse sous-clavière. Multiples intérêts (parmi les VVC) dont la propreté, la position qui gêne moins chez les patients vigiles que la jugulaire interne, etc. Le souci de la sous-clavière, c’est qu’il est peu recommandé d’embrocher l’apex pulmonaire en tentant de la piquer. Ma grande hantise. Qui ne m’est donc jamais arrivée, malgré un nombre de poses conséquent.

Au début principalement (après les 2 ou 3 poses faciles typiques de la «chance du débutant») je suis passée par quelques parcours de golf (terme signifiant que l’on a piqué 18 fois … bon en réalité après 3 à 4 essais un réa me prenait la main, quitte à galérer également). Et puis un jour, …

Une dame d’un service d’oncologie, nécessitant la pose de la VVC pour être nourrie et traitée sur une veine de gros calibre [les petites veines que l’on perfuse habituellement supportent mal certains traitements], descend dans le service pour le geste. Comme d’hab. Le choix se porte sur la sous-clavière gauche. La patiente est installée, scopée (paramètres vitaux dans les normes toussa), tralali, tralala. Aseptie, anesthésie locale, tout ça. Je pique. Magnifique, juste là où je le pensais, j’ai du sang dans la seringue que je maintiens sous aspiration. Super. Du beau sang foncé, nickel. Donc je retire ma seringue, monte mon guide sur l’aiguille sans aucune difficulté, vire mon aiguille, tout va bien.

Je monte le dilatateur [qui permet de faire une place correspondant au cathéter qui sera ensuite monté, évitant de forcer], non sans avoir doucement incisé à la peau avec une lame pour faire ça joliment, tout va bien. [Toujours pour les non-intimes : le guide métallique est donc toujours en place, selon la technique de Seldinger] Je retire le dilatateur. Ça saigne. Brutalement et plus que d’habitude, mais en appliquant une compresse sur ce sang foncé, tout va bien et rentre dans l’ordre. Néanmoins, encore un peu froussarde de la VVC, je demande à une des infirmières d’aller me chercher le sénior de réa. Qui se pointe, fait le point sur l’histoire, constate comme moi que ce sang noirâtre a cessé de s’épandre, et me rassure. Reste là, me soutenir.

Bon, très bien, étape suivante, la dame est souriante (enfin je sais pas, mais c’est l’infirmière qui la voit et le réa) derrière son champs stérile, je monte mon cathéter veineux central trilumière. Aucune difficulté, une fois le guide retiré de la lumière distale le sang arrive sous aspiration à la seringue, toujours parfait, chacune des lumières est testée par aspiration et passe bien, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles réanimatoire, voltairien et huxleyrien. Branchons les tubulures sur des solutés, le test de retour est présent et normal, fixons l’affaire, coup de stétho post-pansement, nickel.

Appelons la radio pour contrôle radiologique visant à s’assurer du positionnement du cathéter et de l’absence de pneumothorax en particulier. Viennent au bout de 15 minutes environ, radio au lit de la patiente, attente du cliché. Les manipulateurs partis depuis quelques minutes, j’entends l’infirmière m’appeler, la voix soucieuse …

«Adré, y’a un petit retour pulsatile qui apparaît …».

Aïe. Oui, dans les tubulures, apparaît un petit retour pulsatile …. Aïe. Et voici le cliché :

Roooh mais où-qu'il-est-le-cathé ?

Roooh mais où-qu’il-est-le-cathé ?

Ou comment réussir, sans le vouloir, à mettre en place un magnifique cathéter artériel sous-clavier …

De ce que j’en ai compris (les grands pros me corrigeront si nécessaire), il n’est pas rare de piquer l’artère (ce qui m’est d’ailleurs arrivé à d’autres reprises, et comme me le disait, rassurant, Réanimovitch : «si vous saviez combien il est aisé, pour des raisons anatomiques, de piquer l’artère !»), autant ce cas-ci a de particulier qu’en l’absence de désaturation ni de troubles hémodynamiques, la couleur et le caractère pulsatile du sang dès l’étape de la seringue jusqu’au branchement des tubulures ne se soit pas manifesté ! Ce qui explique la rareté de ce genre d’images radiographiques, puisque «normalement» la méprise vasculaire est détectée (car détectable) bien plus précocement et donc la procédure inaboutie, pas de cathéter, pas de cliché !

Sachez que le cathéter fut retiré, et une autre voie centrale, une vraie, fut mise en place. Que moyennant un pansement compressif, la patiente n’eut aucun souci par la suite.

Et que bibi fut définitivement élevée au rang de reine du cathéter artériel sous-clavier

Ci-dessous pour les néophytes, un schéma anatomique, artères en rouge et veines en bleu. Le but était donc d’être dans la veine, et que le cathéter, mis en place à gauche, croise la ligne médiane pour se placer dans la veine cave supérieure.

Résumé anatomique succinct ...

Résumé anatomique succinct …

Comme le montre le cliché de la patiente, ici, on voit très bien le trajet… artériel, qui reste bien à gauche…

No comment ...

No comment …

Enfin, autant vous dire que je n’en menais pas large. Nan parce que j’aime bien faire mon originale, mais faut pas croire, ce genre de gaffes je préfère éviter …

P.S. Pour répondre par avance à la question pertinente : non, pas de repérage écho-guidé.

P.P.S. Dédicace à mes réanimateurs préférés, d’os et de binaire.

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6 commentaires pour Spécial-KT

  1. Nimbex dit :

    Ça me rappel le KT de dialyse que j’ai mis dans la carotide
    J’ai transpiré

      • LucZarganoff dit :

        Ça j’ai vu étant externe, avec l’interne on a bien balisé quand le patient à commencé à avoir un CBH pendant la pose… heureusement que l’interne s’en est apercu, mais on avait déjà presque fini… Pas de séquelles, mais une grosse frayeur pour nous (le patient a raconté ne s’être aperçu de rien).

  2. thoracotomie dit :

    Intéressant ce texte.
    Mais finalement qu’y avait il à la coro ? …

  3. im patient dit :

    et les KT qui se brisent en deux ca vous est deja arrivé??

  4. Trubli0n dit :

    Ben où est le problème ? C’est parfait pour avoir une pression sanglante 😉

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