E pericoloso sporgersi

Me suis encore faite avoir comme une débutante. Morphée joue à cache-cache. Je le voyais, il était en train de fondre sur moi, et puis il m’a fallu tenir pour nourrir l’enfance, et abandonner les clés de ma caisse à Pimprenelle & Cie, j’ai bu un énième café, tourné la tête pour compter. 1, 2, 3, …. Morphée à disparu. Je pourrais être en train de comater, et ben ayé, parti, planqué, Morphée s’est éclipsé.

Me fait le coup quasiment à chaque fois. Il serait sage de dormir, il y a quelques minutes à peine je n’aspirais qu’à dormir, et là, pim, j’ai loupé le train. Obligée d’attendre la prochaine navette vers le pays des rêves.

La voix de Simone Hérault annonce : «Le train n° D020178 en provenance de LéthargieVille et à destination de TorpeurCity entrera en gare voie 1.» Ouaip. L’annonce qui retentit indique que le sommeil ne sera pas là tout de suite, mais vu que j’ai déjà loupé çui d’avant, je vais tacher de ne pas rater celui-ci. Pas le temps de filer m’acheter un sandwich, t’façon j’ai plus faim et ils sont dégueus.

Vais me faire un café. L’avantage du café de la maison, de mon quai de gare en attendant Morphée, c’est qu’il est bien meilleur que celui servi dans des gobelets pourris qu’on trouve dans les machines des halls, celui bu sous les immenses marquises et autres verrières, juste à côté des rails.

Le fait d’avoir loupé cette foutue locomotive me permet de divaguer, comme j’ai aimé laisser errer mon regard au-dessus d’un livre sur la mouvante multitude des chacun dans toutes les gares du monde où j’ai attendu une correspondance, un jour, mon billet en main, le cul sur un banc ou sur ma valise. Ceux qui se pressent de descendre, de monter, caracolent dans les escaliers. Ceux qui semblent perdus. Ceux qui respirent la gaieté.

Ces gares de France, d’Europe, et d’ailleurs, où mes pensées se sont promenées. La foule compacte qui fourmille, à toute vitesse, dans les grandes métropoles. Les 5 ou 6 voyageurs, du cru, débonnaires, de ces petites gares perdues dans la rase campagne de tel ou tel pays. Le soleil frais qui transperce, éclaire, à travers les immenses plafonds ajourés. La moiteur estivale dont l’architecture, avisée, permet de se protéger. Le tumulte de la pluie, des orages, s’abattant au-dessus, tout autour, la gare étant un abri, de fortune ou de gré. Lorsque la gare se vide, laissant sur d’autres bancs d’autres observateurs silencieux du va-et-vient humain et ferroviaire, la lecture de quelques lignes. Avant la prochaine vague, qui porte toutes ces vies comme autant d’écume qu’elle dépose sur les quais.

J’ai le souvenir de rencontres, plus ou moins magiques, d’amitiés imprévues, de plus ou moins longue durée. De regards paisibles et amicaux, de sourires tacites échangés. De grandes confidences, d’éclats de rire, de débats argumentés.

En attendant le train des songes, j’ai cette pensée émue, pour toutes ces heures dans les gares du monde que j’ai passé. En attendant que Morphée n’arrive, ne me tende la main pour m’emmener, ma mémoire dérive vers l’invitation au voyage qui vole comme une brise, légère comme un vent de liberté.

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