Bizarre

On fait vraiment un métier bizarre.

C’est ce qu’une amie et moi nous disions ce matin. On fait vraiment un métier bizarre.

Rassurer la jeune fille affolée qui fait le 15 à cause d’une hémorragie incomprise et soudaine, ses premières règles, tout simplement. Guider la réalisation du massage cardiaque par le témoin d’un arrêt cardiorespiratoire, jusqu’à l’arrivée des secours si besoin. Tenter d’évaluer si la douleur abdominale décrite dans le combiné par cette dame à l’accent aussi marqué qu’incompréhensible relève d’une consultation avec son médecin traitant, ou de l’envoi d’une ambulance.

Les mains gantées, tenir le petit corps de cet enfant né à la maison, être rassuré et émerveillé par ses cris. Regarder un tracé ECG d’un air dubitatif. Dire à l’officier de police judiciaire de se méfier des débris de matière cérébrale qui tombent du plafond en enjambant une flaque de sang. Chercher du regard le rouge du camion des pompiers posté sur les lieux de l’intervention, depuis le ciel. Réveiller le diabétique comateux en poussant du sucre dans ses veines. Sentir le pouls de celui dont le cœur bat à nouveau.

On fait vraiment un métier bizarre.

Il n’est pas toujours simple. Il n’est pas toujours satisfaisant, médicalement. Il n’est pas toujours palpitant (mais souvent). Il n’est pas particulièrement reposant.

On fait vraiment un métier bizarre. Que je sur-kiffe.

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8 commentaires pour Bizarre

  1. armance dit :

    Mes bizarreries ne sont pas tout à fait les mêmes que les tiennes, mais quand même, c’est vrai, il est bizarre, not’métier!

  2. Elodie dit :

    Avant de travailler aux urgences, je m’occupais des dons d’organes # drôles de conversations aussi entre nous par moment!!!!!

  3. Bizarre, mais essentiel. Même si au quotidien on préfère pas vous voir, on est soulagés de vous voir quand on en a besoin. Une présence invisible mais rassurante. Comme un monde parallèle, sous terre. Mais… C’est vous alors les lutins du père Noël?

    • docadrenaline dit :

      Ah non, pas du tout. Les cadeaux, on les fait pas (quoi que, coquiller un patient, c’est comme confectionner un joli paquet …), on les ouvre (désincarcération, déshabillage à grands coups de ciseaux, …).

  4. Babeth dit :

    Tu fais vraiment des billets bizarres… Que je sur-kiffe!

  5. Marie dit :

    J’ai une petite question… Je suis enseignante et j’ai eu une discussion avec une copine maman d’élève récemment qui trouve anormal que nous n’appelions pas systématiquement le 15 en cas d' »accident » d’un élève. Voilà comment nous procédons en cas de chute sans plaie ouverte par exemple:
    1/ Nous demandons à l’enfant de se relever tout seul s’il est à terre. S’il ne peut pas on appelle les pompiers.
    2/ S’il est debout, nous lui demandons de bouger l’endroit où il a mal (remuer le poignet ou marcher par exemple). S’il en est incapable et pleure de douleur nous appelons les pompiers.
    3/ Nous surveillons l’enfant: en cas de nausées, perte de connaissance ou incohérence du comportement, pompiers.

    Sinon et si la douleur a l’air sérieuse (il ne repart pas sautiller avec les autres enfants au bout de 5 minutes) nous appelons les parents pour qu’ils viennent et mènent l’enfant chez leur médecin ou aux urgences eux-mêmes. Si les parents sont injoignables nous appelons les pompiers.

    Délibérément, parce que nous connaissons les enfants et ne souhaitons pas saturer les services d’urgence, nous évitons de faire venir les pompiers ou le SMUR pour un oui ou pour un non. Bien souvent l’expérience nous donne raison. Il arrive (rarement) que quelque chose nous ait échappé, mais à cause de cela mon amie pense qu’il faut SYSTÉMATIQUEMENT appeler le 15 pour avoir au moins un avis, et que les services d’urgence sont effarés par notre manque de vigilance.
    Des enfants qui tombent ou se télescopent nous en avons à la pelle tous les jours, comment faire la part des choses? Qu’en pensent réellement les professionnels ???

    (NB: merci pour ton blog)

    • docadrenaline dit :

      Tout dépend de où vous vivez… Selon les conventions locales, les appels au 18 concernant des blessés (même très légers) peuvent être directement retransmis au 15 pour régulation médicale, ou pas.
      Ne vous inquiétez pas en tous cas, le SMUR ne se déplace pas sur le fait qu’on l’appelle mais selon la gravité (éventuellement pour faire une analgésie et/ou la réduction d’une fracture ou luxation). Il est vrai que les CRRA (voir le billet « Le SAMU pour les nuls« ) croulent parfois sous les appels, et qu’il peut paraître inutile d’engorger encore plus le téléphone avec des « il s’est cogné le genou mais maintenant il marche« . Idem pour les services d’urgences. Cependant je crois assez au « bon sens » des professionnels dans les écoles en particulier. Il me semble qu’ils effectuent d’eux-même une sorte de « triage » entre toutes les chutes des enfants et celles pour lesquelles ils font le 15 (ou tout autre numéro d’urgence). « Appeler systématiquement » contient le « toujours » qui est aussi bête (excusez le mot, mais je manque d’inspiration pour trouver plus adapté) que le « jamais« . C’est par contre une façon facile de se décharger de toute responsabilité médico-légale sur le médecin régulateur …
      Personnellement, sur la fiche d’inscription de ma progéniture, à « N° de téléphone de la mère (portable / professionnel / domicile) » figure après mon portable et avant mon fixe … le 15. Et c’est bien pratique.
      Il y a quelques mois, alors que son père était absent, l’école a essayé de me joindre pendant que j’étais en intervention. Je n’ai donc pas vu leur appel. Lorsque j’ai eu fini d’accompagner le patient en réa, un PARM du SAMU où je bosse m’a appelé et m’a dit que l’école avait appelé parce que la petite était tombée. Et qu’il n’y avait pas de PC (perte de connaissance), que son comportement était normal, qu’elle n’avait pas vomi, et qu’on allait joindre ma soeur pour venir la chercher. Voilà, c’est tout bête, mais l’appel avait été « régulé » et toutes les questions utiles posées, les consignes de surveillance données. L’air de rien ça m’a rassuré de savoir que si je n’étais pas joignable, mes propres collègues s’occuperaient (ne serait ce qu’en s’assurant de tous ces points au téléphone) de mon enfant comme je (la mère … qui est médecin urgentiste) l’aurais fait moi-même, si ce n’est mieux (ils ont plus de recul n’étant pas les parents).

  6. Marie dit :

    Merci pour ta réponse… N’empêche en relisant le billet du Samu pour les nuls, je n’ai pas pu m’empêcher de tiquer sur l’évocation de procédures judiciaires, les enseignants en font parfois l’objet suite à des accidents, je me dis que ce serait pas mal d’avoir de temps en temps un médecin régulateur qui vienne nous faire un petit topo sur des protocoles d’urgence à établir dans les écoles!

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