Haches

C’est quoi ce nuage d’échec dans lequel je baigne depuis le réveil ? (Soit y’a 1h)  [Oui pour le titre, désolée, mais échec => et mat => math si on rajoute un H => en anglais si on le prononce H sans le H ça fait douleur => échec …] Peut être la caféinémie trop basse.

Je comprends pas. Moi qui suis si positive ! Pourtant, j’ai pas eu plus d’échec(s) que d’habitude, là, récemment !

J’ai eu un échec de VNI. Ça m’a fait suer. La patiente en avait besoin, elle n’en a pas voulu. J’ai vu le moment où elle passait l’arme à gauche. Je l’ai tenue à bout de bras sans avoir à l’intuber, ce qui n’aurait pas été lui rendre service. M’enfin je voulais lui faire de la VNI et elle m’a envoyé valdinguer le masque. Une minute plus tard, elle a eu ce teint moche-moche-moche, et m’a dit «ça va pas du tout, hein ?» en reprenant son souffle 4 fois pour sortir cette phrase.

[Esprit qui dérive]

C’est dingue comme ils le savent, souvent, quand ils vont caner, les patients. Je parle pas des anxieux qui disent qu’ils vont mourir toutes les 30 secondes. Non, les autres. Vous êtes avec un patient, il est «stabilisé», les traitements sont en cours, toussa. Et d’un seul coup, il vous dit «Je vais mourir». Le genre de propos qu’il ne faut pas prendre à la légère. Dans la minute, il fibrille. Le scope et l’œil aguerrit du soignant ont un temps de retard sur l’alarme interne du patient, qui bipe l’imminence du danger avant tout le monde.

Bon alors heureusement y’a la châtaigne, le tuyau, et tout autre élément de la panoplie qui permet de contredire la prophétie alarmesque, souvent.

[Pourquoi empêcher mon esprit de dériver alors que c’est une façon de sortir d’un état bluesesque détestable ?] [Parce que ça veut rien dire, ce que t’écris, idiote !]

Donc voilà, j’ai pas eu plus d’échecs que d’habitude, mais j’avais ce sentiment, là, y’a quelques minutes. Oui, je suis une optimiste. Enfin plier des patients, ou avoir été sur le point de les plier, ça m’atteint un peu, quand même. Le contraire serait inquiétant, non ?

Bon, voilà, désolée, mais j’arrive pas à avoir le blues plus de 5 minutes.

On en voit, des horreurs. Tellement. Plus toutes celles qu’on ne voit pas.

On est pas plus mal, à faire un métier qu’on aime, avoir des proches qui supportent plus ou moins le rythme infernal des gardes, avoir la santé, avoir soit du soleil, soit des plantes heureuses qu’il ait plu.

C’est con, parce que c’est très en vogue, la pleurnichardise bloguesque. Ça fait très «je réfléchis sur moi-même et sur le monde, du coup je suis désespéré(e)». Forcément, je passe pour une imbécile heureuse, à être heureuse. Tant pis. J’y arrive pas, j’y arrive pas, qu’est-ce que vous voulez que j’vous dise ! C’est comme ça. J’étais mal réveillée, du coup j’avais ce nuage, et voilà, c’est passé.

Je voulais me plaindre, faire ma pauvre fi-fille malheureuse, et j’y suis même pas arrivée.

Échec. Encore un. On va pas s’en plaindre.

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5 commentaires pour Haches

  1. Babeth dit :

    Caramba, encore raté! Perso contre le blues j’ai un remède tip-top : cododo! Alors certes j’ai des nuits légèrement hachées (t’as vu ça comment je rebondis sur le titre, trop forte hein!?) pour cause de tétées nocturnes mais au réveil, y’a Georges qui me regarde et qui m’offre le plus beau des sourires! Ben ça, y’a pas à dire, ça met la patate pour la journée 🙂

  2. Pourquoi certains de vos articles sont-ils protégés par un mot de passe?

    • docadrenaline dit :

      Trop personnels, éventuellement subversifs, … Les écrire m’est venu de la même façon que les autres. Mais je réalise avant de les publier qu’il n’est pas possible de les laisser en libre accès. Alors je filtre plus ou moins.

  3. Eus dit :

    « C’est con, parce que c’est très en vogue, la pleurnichardise bloguesque. Ça fait très «je réfléchis sur moi-même et sur le monde, du coup je suis désespéré(e)». Forcément, je passe pour une imbécile heureuse, à être heureuse. Tant pis. J’y arrive pas, j’y arrive pas, qu’est-ce que vous voulez que j’vous dise ! C’est comme ça. J’étais mal réveillée, du coup j’avais ce nuage, et voilà, c’est passé. »

    Pas du tout, au contraire c’est très agréable à lire et ça change. Je vous remercie pour ça, car si j’apprécie la plume de beaucoup de blogueurs médecins, une grande partie m’agace assez humainement avec leur larmoiements récurrents. Ce n’est pas votre cas (pourtant j’aimerais bien vous trouver un défaut détestable, j’vous assure).
    J’aurais bien dit vous avez gagné une lectrice, mais je n’utilise pas les flux et je surfe quand ça me chante. Disons que vous avez gagné mon admiration alors.

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