Café

Après «écrire pour partager», «écrire pour évacuer», voici une fonction inédite pour ma blogorrhée. Mes excuses d’avance pour les milliards de fautes, et le côté incompréhensible. «Écrire pour ne pas dormir».

La nuit dernière, j’étais de garde. Dormi 3h. Dans la journée, j’ai pu dormir un cycle de sommeil. Ce soir, je me suis couchée un peu beaucoup tard, à 01h50. Oui, c’est mal, je sais. J’avais pas sommeil avant. J’avais bu beaucoup de café. J’étais électrisée-crevée, typique du syndrome post-garde. Je m’étais même enquillé 2 verres de vin avec l’espoir que ça me file un coup de matraque.

Mon Chéri est venu se coucher. Il avait un tout petit fond douloureux, alors comme il est migraineux, il a pris un Doliprane®. 02h15. L’explosion douloureuse dans sa tête. Pas comme d’habitude. Je l’ai déjà vu avoir mal, sur ses maudites migraines, mais pas pareil. D’habitude, c’est une céphalée frontale unilatérale, pulsatile. Photophonophobie et nausées. Il a jamais été exploré. Jamais d’imagerie cérébrale.

Ce soir, ça tape dans les deux tempes, il est agité de par sa douleur. Déjà ce comportement, d’ordinaire il ne l’a pas. 02h20, il prend 400 mg d’ibuprofène. Il n’est pas raide. Il est photophobe, ça comme d’hab. Le marché, le voyant souffrir, c’était : si au bout de 20 minutes ça n’allait même pas un peu mieux, sachant qu’il avait pris le paracétamol depuis un moment, j’appelais la régul. Pour y réfléchir, à 2, au moins.

J’ai grapillé 2 fois 10 minutes de plus. À 3h, j’ai appelé. Il vomissait, avait toujours aussi mal, un pouls dans les 50 mais il est béta-bloqué.

Je savais plus raisonner. C’est mon mec, j’ai dormi 4h30 depuis hier matin, ou plutôt avant-hier matin, dans quelques heures je bosse. La petite dort dans son lit.

Je savais plus raisonner. J’ai appelé. Expliqué à ma collègue. Profondément désolée d’appeler. Elle m’a proposé de m’envoyer une ambulance privée. J’ai dit que j’étais ok, mais que même, enfin, je ne voulais pas déranger, que je me demandais juste ce qu’elle en pensait.

«Non mais faut le soulager, le surveiller et lui faire une imagerie, quand même. On peut pas le laisser comme ça, je crois qu’il faut le transporter». Oui, bien sûr, c’est même ce que j’avais annoncé à mon grand malade. Mais bon. Je préférais lui en parler, savoir ce qu’elle en pensait, avec du recul.

«Tu veux que je t’envoie une équipe ?» Non, non, non. Déjà, j’étais pas sûre de savoir si il fallait le transporter. Enfin oui, je m’en doutais, mais non. Pas capable de raisonner. Non, pas une équipe, les pauvres, z’ont pas que ça à faire, et puis là ils dorment, et puis lui non plus, il veut pas déranger. Non.

«Je t’envoie une équipe». Ah bon, t’es sûre ? Bon merci, désolée.

Je retourne voir mon Chéri-malade. Lui dit. Ça l’enchante pas, d’être transporté. Derrière la peur que les lumières et le mouvement lui fassent mal, il cache le fait de ne pas vouloir faire chier.

Je l’aide à enfiler un slip, un T-shirt, un pantalon souple. Moi-même, ça serait pas mal de m’habiller un peu, quand même. Je vais fermer la porte de la chambre de la petite, faire de la place en poussant le carton qui traîne en plein milieu de l’escalier, allumer dehors, ouvrir le verrou. Ils vont pas tarder à arriver.

Ils arrivent. J’explique. Que ça doit pas être forcément vilain, que c’est juste que là, je peux pas raisonner. Que j’ai besoin qu’ils raisonnent à ma place. Que je suis désolée. Ils vont s’occuper de lui, je me retranche dans la cuisine pour leur noter l’identité, le traitement habituel, toussa, sur la fiche d’intervention. Histoire de les avancer.

Ils ont été d’une douceur infinie. Putain, entre la fatigue, l’émotion, tout ça, j’ai une larme qui pointe, d’écrire ça. Ils ont été d’une douceur infinie.

Chéri leur a dit qu’il avait moins mal. Peut-être parce que ça commençait à aller mieux. Peut-être. Peut-être mentait-il pour ne pas faire chier, espérant que tout le monde allait vite rentrer finir la garde au lit. Je le connais, l’oiseau.

L’examen est sans grandes particularités. Pas de quoi se jeter dessus, mais oui, il sera transporté, non médicalisé, par les 2 ambulanciers privés qui sont également là. Le jeune homme ne m’a pas reconnue, d’ailleurs, de prime abord. Mon tutoiement l’a étonné, je l’ai vu dans ses yeux, me suis re-présentée. Ils l’emmènent, pour le soulager, le surveiller, et lui faire faire une imagerie cérébrale, en urgence.

Merde, demain, dans quoi, 3h30, après m’être levée, douchée, habillée, va falloir que je prépare la petite et que je la trimballe avec moi au boulot. Je vais lui prendre un ordi, 3 DVD des Winx avec un casque, 3 playmobils, et de quoi grignoter.

Mon téléphone s’illumine. Un mail de ma sœur. Elle dort pas ? Je l’appelle, lui explique la situation. C’est bon, demain, elle viendra récupérer la puce à mon boulot.

Ils partent. Mon homme a un regard qui m’en veut. Bah oui, le traitement ambulatoire de quand l’AINS et le paracétamol suffisent pas, je sais pas faire. Une céphalée explosive, à l’effort (…)(no comment merci), même si y’avait un fond précessif qui fait marche migraineuse, ça s’explore, ça se surveille, au moins dans mes algorithmes d’urgentiste débile à moi. Voir souffrir mon homme, rester les bras croisés, je peux pas faire. Avoir du recul, alors qu’il s’agit de l’être aimé, avec 4h30 de sommeil sur les 36 heures précédentes,  je sais pas faire non plus. Je voulais un conseil. Ma collègue a fait ce que j’aurais fait à sa place.

Lui, il sait que 1 il a fait déplacer du monde sans le vouloir, 2 le mouvement et la lumière ça va lui faire mal, 3 la gamine ça va être la galère. Alors, je l’embrasse en lui disant que pour la petite, c’est bon, ma sœur va gérer. Que le papa en lui n’a pas à s’inquiéter. Et puis que je l’aime, que je suis désolée, mais qu’il faut le soulager, le surveiller, et l’explorer.

Partis. Ma sœur rappelle, pour discuter logistique. Elle me débriefe aussi, du coup.

Y’a quelques mois, j’ai vu une patiente en SMUR, une migraineuse. Bon ben là, elle a eu mal à la tête, hein, avec un petit malaise sans vraiment perdre connaissance, sur son lieu de travail, alors de suite tout le monde s’est affolé et la cavalerie a été déclenchée. Et franchement, moi, elle m’a pas inquiété. En plus, j’ai bien vérifié, elle avait pas de raideur. Ni de Kernig. Après, la céphalée pulsatile qui gerbe, ben c’était la migraine. En plus, ça se tassait, finalement. Donc je l’ai envoyée non médicalisée aux urgences, me libérant, pour d’autres aventures plus palpitantes. Elle est allée bien, sans anomalie à l’examen, pendant quelques heures. Et puis elle s’est enfoncée. Rattrapée par le filet juste à temps, elle saignait dans sa tête, cette dame. J’ai estimé être le plus mauvais médecin que la Terre ait jamais vu pendant un moment. Mes collègues m’ont répété répété répété que je n’avais rien «chié», que je n’avais pas renvoyé la dame chez elle, qu’elle avait été aux Urgences, où son examen initial était plutôt rassurant, j’ai été assez secouée.

Douceur infinie bis, larme qui pointe repetita. Ma sœur, qui n’est pas médecin pour un sou (mais qui a vu l’intégralité de toutes les séries médicales existantes, ça aide, vous croyez ?) me dit que de toute façon j’ai bien fait, que je pouvais pas raisonner, et puis que hein, qu’il s’enfonce pendant la nuit et/ou qu’il souffre, ou qu’après mon départ-pour-le-boulot au petit matin, il sombre, seul avec la petite, c’était juste pas envisageable. Faut le soulager, le surveiller, l’explorer.

C’est tellement désuet, tout ça. Il avait juste mal à la tête. Très mal. Confiez vos proches à un confrère. Ouais ben moi, mon confrère, susceptible de se voir confier mes proches, à 3h du matin, il s’appelle le 15.

Après le débriefing sisteral (chouette, un nouveau néologisme pourri !), j’ai regardé l’heure, l’état 3/4 émoi, 1/4 crevitude (comme quoi, la fatigue, quand t’as un SMUR qui déboule à la maison, elle fait moins sa fière). 4h. Si je vais me coucher, j’arriverai jamais à entendre le réveil. Je vais bloguer, traîner sur la toile, boire quelques cafés de plus, attendre 6h, aller prendre une douche honteusement prolongée à l’heure du développement durable et de la maîtrise des énergies, prendre un ptit déj, préparer les affaires de la puce, la réveiller avec un câlin et lui faire son petit déjeuner, l’aider à s’habiller (bien qu’elle n’en ait pas besoin), lui expliquer la situation, la rassurer. Prendre la voiture, rouler à deux à l’heure, débarquer au boulot, invoquer le sort pour que la journée soit calme. Si nécessaire faire un sacrifice humain. Ma sœur viendra chercher la princesse, et ce soir je rentrerai, et je pense dormir jusqu’en 2014.

Enfin tout dépend de comment ira mon Chéri, aux Urgences. Mais là, au moins, je sais qu’il est en de bonnes mains.

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5 commentaires pour Café

  1. zigmund dit :

    tu as bien fait …tu donneras des nouvelles hein ? j’espère que là tu dors un peu

  2. Evidemment que tu as bien fait. Et le 15, il est là aussi pour ça. Et parce que, vraiment, il faut l’avouer, pour soigner nos proches, et encore plus avec une carence en sommeil, eh ben on est vraiment des quiches. Point. Et aussi parce que c’est pas notre rôle. Toi, tu es sa femme, la mère de PetitCaillou. Donc ton rôle c’est de s’inquiéter pour lui, de gérer l’orga pour votre fille. Et d’appeler le 15.
    Bref, je pense fort à toi, j’espère que les nouvelles sont bonnes et qu’il a été rapidement soulagé.
    Grosses grosses bises.

  3. lavieavec dit :

    On dit aussi que vaut mieux appeler pour rien que de passer à côté d’un truc. On dit aussi que parfois, faut laisser sa blouse au placard, Gécé à raison. Je vais remonter ta timeline pour avoir des news. On dit aussi qu’une nuit pourrie fait écrire des commentaires pourris, sorry…
    Grosses bises à tous les 3. Coco

  4. lavieavec dit :

    Du coup, j’en parle là de l’autre côté de la barrière:
    https://lavieavec.wordpress.com/2013/01/04/de-lautre-cote-de-la-barriere/
    Bizzzzz

  5. Maintenant je sais pourquoi les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés. Bon j’ai pas suivi la suite mais j’espère qu’elle est légère.

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