De l’amour à la pelle

Bon ben voilà, j’avais pas d’idée, et il suffit qu’un truc m’agace pour que la moutarde monte, et que je fasse de vous les innocentes victimes lecturantes (il est moche, hein, mon nouveau néologisme ?) de mes sautes d’humeur.

Voilà. Y’a, parait-il, un mec qui a craché sans distinction sur ses confrères, à la télé. Un toubib. J’en sais pas plus, j’ai pas la télé. C’est nul, la télé. Déjà que j’ai pas des masses de cerveau disponible, si en plus j’étais dotée d’un écran-laveur-de-cerveau, bonjour les dégâts. À la télé, où à la radio, je sais pas, j’étais en train d’écouter de la musique sur l’ordi. Je sais même pas ce que précisément il a dit, le gars. Peu importe. Peut-être que pour une fois, celui-là, il s’est pas contenté de vomir sa haine prémâchée sur des collègues dont il ignore tout. Peut-être. Pour une fois.

J’en ai tellement l’habitude, de ce verbiage «comment mieux me mettre en valeur qu’en rabaissant les autres ?». Je suis toute jeune, et déjà, j’en ai tellement ma claque.

Non mais sans déconner, je suis la première à avoir une tellement haute opinion de moi-même (ma vie, mon œuvre, et mon chat) et de ma spécialité, je crache sur ceux de mes confrères qui ont le prodige d’être encore plus mauvais que moi dès que j’en ai l’occasion, sans me soucier de savoir si c’est de l’ordre de la connerie exceptionnelle et excusable ne serait-ce que de ce fait, ou du port d’œillères. Et vraiment, le jour où je me prendrai un grand coup de bâton dans la gueule à cause de ça, je l’aurai bien cherché. Mais enfin, bordel de bordel, quand l’anticonfraternalisme primaire me saisit, c’est du cas-par-cas, de l’individuel, et bien que fondé sur un tas de suppositions subjectives voire malhonnêtes de ma part, ça ne concerne pas l’ENSEMBLE d’une spécialité, d’un établissement, ou que sais-je-encore comme critères discriminatoires benêts. Ça repose sur une au-moins-toute-petite-base-de-vrai-même-déformé-et-exagéré. Et ça s’adresse à UN pèlerin, çui qui a la chance d’être dans ma ligne de mire ce-jour-là-à-ce-moment-là, parce que je suis plus en forme, plus fatiguée, plus ceci ou plus cela.

Et ça, cet anticonfraternalisme bêta et primaire dont je fais preuve, je sais bien que c’est inclus dans la panoplie jeune-médecin-qui-se-sent-des-ailes, mais qu’en vieillissant, malgré l’ablation de mes dents du fond, j’acquerrai une certaine sagesse qui calmera ces ardeurs. Il m’en a prévenu, le type du Conseil de l’Ordre, lors de ma première inscription. [Très chouette, d’ailleurs, cet homme]. Oh, avec le caractère à la con que j’ai, je garderai sans doute quelques coups de sang, de temps en temps. Pour des cas bien particuliers.

«Les urgentistes, c’est tous des cons.» En voilà, une phrase que j’aime entendre. Si constructive et pleine de discernement. Bon, ben là, il parait que le type à-la-télé-ou-à-la-radio-je-sais-pas, c’est un urgentiste, et qu’il matraque du généraliste. Oh, ben oui, allons-y ! Bon sang mais connard, comment veux-tu que les généralistes nous attaquent pas en retour, si tu sors des banalités pareilles ! [NB : n’ayant pas entendu précisément les propos supposés de l’intéressé, je précise que c’est au type de discours décrit ici que je m’oppose, pas forcément à celui que je n’ai pas ouï].

Vous savez ce que c’est, ces discours simplistes sur «les généralistes», «les urgentistes», «les chirurgiens», et les autres ? Du réchauffé. Du récité. C’est ceux qui nous ont été servi pendant nos études, puis par les grandes gueules de nos salles de réunion, qui nous les ont présentés sur de jolis plateaux avec force exemples consternants. C’est quoi, à votre avis, comme niveau ? Primaire ? Maternelle ? Et ça sert à quoi ? Oh, à part bafouer la masse pour tenter vainement d’en émouvoir un, à part donner une image intelligente du métier, avec que des gens qui travaillent ensemble dans l’objectif commun du soin, oh, diviser pour mieux régner, je dis ça, je dis rien … Oui, de la part de ceux qui nous bourrent le crane de ces discours fédérateurs, peut-être. Mais de la part de ceux qui les resservent sans critique, c’est quoi ? Ça sert à quoi ? Je sais pas.

Je sais pas combien de fois je l’ai déjà entendu, de la part de l’intelligentsia-médico-pensante, le «les [corps de métier X, hôpital ou clinique Y, région Z] c’est tous des incapables» ou autre description élogieuse. Souvent servi, pour appuyer le contraste auprès de l’auditoire (preuve qu’on le prend lui-même pour un demeuré), avec une dose pas-du-tout-homéopathique d’élitisme débordant s’appliquant à l’orateur, et très généralement à l’auditoire lui-même (rien de mieux pour être entendu que de brosser son Corbeau dans le sens du ramage et du plumage). Creusez, creusez, les mecs ! Creusez les tranchées des guéguerres qui existent déjà : les pédiatres contre les obstétriciens, chirurgie vs anesthésie, urgences envers le reste du monde, ambulatoire ffff ffff (feulement de chat) hospitalier, allez-y, creusez. Et puis creusez-en de nouvelles, hein, tant qu’à y être, y’en a pas encore assez. C’est plus fort que moi, mais ça me fait penser à cette réplique culte dans «Le Bon, La Brute, et le Truand». Et vous, vous creusez.

Oh, c’est sûr, c’est tellement plus facile de surtout-ne-pas-se-remettre-en-question, hein, surtout pas. Oh ben oui, hein c’est si tentant, d’avoir des boucs émissaires, des hordes ennemies dans son imaginaire. Bah oui, dans l’imaginaire. Parce que tout ça, c’est de la xénophobie, c’est pas autre chose. Au sens primitif du terme. C’est haïr celui qui est assez proche pour qu’on lui trouve des travers, mais sans chercher à le connaitre, ne serait-ce que pour confronter cette imaginaire au réel. C’est comme les gens qui aiment pas les noirs dans leur ensemble, sauf celui-ci ou celui-là, mais c’est pas pareil parce que celui-ci et celui-là, on les connait, ils sont pas comme les autres, c’est pas pareil. «Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire, contre les étrangers tous plus ou moins barbares» … Ceux qui relayent le message belliqueux prédigéré sans une seule seconde y réfléchir, eux, qui partent ainsi à la guerre, vous savez ce qu’il en dit, Brassens ? Creusez.

Non mais merde, les gars ! Si vous pensez que la fille qui se permet de vous dire ce qui suit est une gentille fille naïve et pacifiste, vous vous fourrez le doigt dans l’œil jusqu’à la voûte plantaire controlatérale. Ceux qui me connaissent un minimum savent que je suis tout sauf une gentille fi-fille pleine de bonnes intentions. Mais bon sang, c’est moi, la jeune, et ça devrait pas être à moi de vous dire ça ! Mais grandissez ! Sortez 5 minutes de la cour de récré, et des bagarres qui vont avec «Mais heuuuu Madaaaaame, c’est lui qu’y’a commencéééé» ! C’est nul, c’est vain, et surtout, dites-vous un truc : c’est d’un ridicule pathétique.

Aimez-vous les-uns-les-autres. Pas tous, pas aveuglément. Pas idiotement. Mais cessez de vous haïr, et de répandre cette haine, aveuglément et idiotement. Peace and love ! Usez de vos cerveaux si développés pour agir autrement que dans un couloir d’école maternelle. Voyons le sur le plan utilitaire : vous économiserez de l’énergie, passerez moins pour des idiots, et puis ça sera tellement plus seyant sur votre visage, sans ces rides d’expression frontales moches. Je peux vous garantir que vous y gagnerez. En panache, en crédibilité, en facilité des rapports avec vos confrères, en qualité de sommeil [et question sommeil de plomb, oui, vous pouvez vous fier à moi]. Aimez-vous les-uns-les-autres.

Rien n’interdit le désaccord argumenté. Rien ne force aux atomes crochus. Moi-même, j’ai écrit, au tout début de mon envolée bloguesque, un billet si anti-confraternel que je n’ai jamais osé le publier. Alors qu’il visait 1 type, mais j’avais peur qu’on y lise des généralités, alors pour l’instant, je n’ai pas osé le publier. C’est con, hein ? Ça ne me dérange pas de lire les grincements de dents des autres, même lorsqu’ils visent un urgentiste. Après tout, je pue l’égocentrisme, mais je suis pas obligée de prendre tout pour moi, hein, ils visent «un» urgentiste, pas bibi ! Et si jamais je me reconnais dans ce «un», ben au moins je peux argumenter en commentaires, ou apprendre quel est l’envers du décors de telle ou telle attitude, de telle ou telle pratique, c’est pas inutile.

Non, ce qui me fatigue, de la part de gens dont je devrais, théoriquement, être plus en position d’apprendre que d’avoir le regard d’une assistante-maternelle sur le marmot de 4 ans qui tape tout ce qui passe à sa portée, c’est ce mépris étendu d’emblée à tout une catégorie de personnes, qui parmi elles, compte pourtant probablement plus de bonnes volontés que de mauvaises. Du mépris appris, recraché tel quel, de génération en génération. Ça me fatigue. Apprenez-moi des choses. Des choses utiles. Que vous êtes les meilleurs, qui que vous soyez, que les autres soient par définition, tous des cons, je le sais déjà. Vos aînés, mes aînés, me l’ont déjà expliqué. J’ai juste un peu du mal avec le côté «cliché».

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7 commentaires pour De l’amour à la pelle

  1. PMIssime dit :

    Je plussois +++++++++

  2. Nimbex dit :

    Finalement il a dit quoi le mec?

    • docadrenaline dit :

      À priori, que les généralistes étaient des branleurs. Je sais pas, j’ai même pas vérifié, ça m’a énervé sur le principe, tu sais autant que moi qu’on entend ça, dans le sens MU->MG, Réa->MU, MG->MU, spés med et chir, … À longueur de temps, en particulier venant des grands et vieux cons qui enseignent la haine du prochain à leurs ouailles…

  3. Caillard dit :

    On est quand même un peu curieux de savoir qui a craché sur nous, quand et sur quelle chaine! 😉 très bon billet bravo!

  4. drkalee dit :

    Mon Dieu que tu as raison!!!!
    +++++++++++ (j’vais pas faire 2 lignes de +, mais c’est l’idée!)
    A la maison on a résolu le problème: maman est MG ambulatoire, papa est urgentiste à l’hopital. Comme ça quand l’un a envie de taper sur les autres, l’autre lui rappelle gentiment comment c’est de l’autre côté de la barrière…

  5. Gélule dit :

    Han mais j’ai un post en préparation sur exactement la même chose, que je comptais intituler « peace and love »!! Promis ce sera pas du pompage!

  6. Casque Houille dit :

    En tant que membre d’une profession ô combien vilipendée , je ne peux que souscrire , et souligner qu’il faut être très con pour mépriser d’office quelqu’un …

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