Bibisitting

Tout à l’heure je me promenais en ville en haïssant la pluie avec Pimprenelle, une bombasse de mon entourage. Quand tout à coup, un homme assis à la terrasse d’un troquet avec deux comparses nous a lancé «Joyeuses fêtes mesdemoiselles !» [Ce qu’on peut traduire je crois par «Vous voulez pas passer Noël avec moi en portant de la lingerie rouge à pompons ?»]. Polie, je réponds «Merci, vous aussi !» [Ce qui signifie : «La lingerie rouge à pompons, c’est pas exclu ; mais avec toi, ça va être plus difficile»].

Le gars nous dit alors que nous nous éloignions : «Que Dieu vous garde !».

Pardon ????

Qu’il nous garde, au sens babysitting ??? Voire chien de berger avec ses brebis ??? Au sens conservation ??? Voire musée ???

Non alors je vous arrête tout de suite, monsieur, me garder, c’est pas possible, même pour Dieu en lequel je n’ai jamais cru. Je suis IN-GAR-DABLE. En plus, j’étais de garde hier, et repos de sécurité oblige, je ne peux pas être de garde le lendemain.

Non, déjà, regardable, ça se discute, (heureusement que Chéri d’Amour est myope comme une taupe) ; mais gardable tout court, c’est impossible.

Comme je l’ai encore splendidement prouvé hier, m’adressant à une truie, et ce sous le regard amusé de mon infirmier, mon ambulancière, et mon externe qui ont ri, je suis une connasse. En plus d’être une mécréante et une bitch, bien sûr. Mais pas une connasse de pacotille, de bas niveau, hein, non, ça serait dommage. Quand ça me prend, que je suis en forme, je peux affirmer assez fièrement être capable d’une connasserie tout à fait remarquable. Suis pas gardable.

C’est comme les patients qui disent : «oh vraiment merci de votre gentillesse, …» en plongeant dans un misérabilisme honteux pour essayer de contraster avec l’espèce de grandeur d’âme qu’ils t’attribuent. Juste parce que tu leur as parlé normalement. Pas gentiment, normalement. Comme à des êtres humains, quoi, pas de la merde en somme. Mais à part ça, zéro effort, rien qui ne mérite la moindre félicitation. C’est toujours les petites gens qui souffrent, dans leurs corps et dans leurs âmes, ceux qui n’ont rien à part des douleurs et des putains de maladies pourries, mais qui malgré tout donnent toute la bonté qu’ils ont tout au long de leur vie, qui n’osent pas déranger, et qui sont désolés qu’on vienne les soigner, et qui te remercient d’avoir été juste normal. Ils se sont à moitié vidés de leur sang, ou ils ont abondamment infarci leur myocarde en souffrant sa race atrocement, mais ils attendent 7h30 le matin pour faire le 15, histoire de ne pas déranger en pleine nuit.

Y’a des fois je leur dis. Que j’ai pas été gentille, que d’ailleurs je les prie de ne pas tacher de blanc ma réputation (ça les fait sourire), que j’ai juste été normale. Que si ils me connaissaient vraiment, ils ne me qualifieraient pas de «gentille».

Ça me fait vraiment chier, ce truc de gentillesse. Je prends volontiers le côté «remerciements». Mais au fond, moi qui suis une sombre connasse mais un peu empathique quand même, surtout quand je me trouve en face de gens qui souffrent et sont désespérés mais tout doux malgré tout ; ça me fout un peu les jetons de me dire qu’en dehors du remerciement que cela constitue, cela sous-entend que la «norme» à laquelle ils s’attendent, ou pire, à laquelle ils se sont habitués ; c’est qu’on leur réserve même pas le minimum de la politesse et de l’empathie dans le soin.

Donc non, je suis pas gentille, et je suis pas gardable non plus, je suis une connasse, CQFD. Ça me fait assez du bien de le dire, ici même, où je me contrefous de l’interprétation qui pourra en être faite. Lâchez-vous, les trolls, je vous emmerde, je suis une connasse, et si y’a bien un endroit où je peux l’être sans que le petit-microscopique bout de bonne conscience que j’ai n’ouvre sa gueule, c’est ici, c’est mon blog alors je fais ce que je veux d’abord.

D’ailleurs : oui, je jure comme une charretière, et j’ai pas l’intention d’arrêter.

It’s my blog and I screw it up if I want to.

Joyeux Noël à tous.

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6 commentaires pour Bibisitting

  1. Doclili dit :

    Putain, chierie de bordel de merde à roulettes, ça fait du bien de parler normalement !!!
    Bon, moi je suis pas une connasse, je suis neuneu, je préfère, c’est moins agressif , plus meugnon et tout et tout.
    Bon, ok, c’est vrai, je peux être une grosse salope aussi !!!!!

    Bonne continuation dans la connasserie et surtout continuez à parler « vrai » (c’est comme gentil, ça fait chier comme mot)

  2. xav dit :

    Et tu as réussi à avoir un poste avec ton caractère???? C’te chance!

    • docadrenaline dit :

      Faut croire que je sais donner le change.
      Ou que pour être recruté dans un SAMU faut faire preuve d’un caractère de merde, oui, mais qui va pas pleurnicher au premier mort venu.
      Ou les deux.

  3. Dr Anne-Marie dit :

    Ben moi, j’aime bien te lire.Surtout l’humour.Moins le langage chartier..
    Joyeux noël.

  4. Boulet_man dit :

    Pute borgne !!! Bon je n’ai jamais utilisé cette expression, mais j’aime bien.

    PS : C’est pas toi la pute borgne, tu n’es pas borgne.
    PPS : C’est de l’humour
    PPPS : let’s go troll !!!!

  5. Françoise dit :

    À propos des « petites gens qui souffrent », je t’invite à écouter la très belle chanson d’Anne Sylvestre : « Les gens qui doutent »… Bon, si je savais comment faire, je t’aurais mis le lien ad hoc… mais je sais pô.

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