L’autre liste

Les fêtes se préparent. Avec elles, la liste des cadeaux qu’il reste à acheter demander au Père Noël d’amener pour ses proches, la liste des affaires à mettre dans la valise pour les vacances, la liste des choses à faire avant de partir, … Et puis il y a l’autre liste.

La liste de la petite trousse médicale «pro» que je trimbale avec moi pour les fêtes. «Oh mais faut lâcher un peu le boulot, les vacances c’est fait pour se détendre». Oui, je suis entièrement d’accord. Bon déjà y’a l’état de fait me poursuivant, décrit ici. Mais y’a pas qu’ça. Je vais vous conter une charmante matinée de Noël que j’ai vécu il y a quelques années, vous comprendrez.

Tout commence le 24 décembre au soir. Ma famille s’est réunie depuis la veille dans les montagnes, dans un gite loué par Tata. Y compris ma moitié et notre progéniture. Moi, ben je bosse, jusqu’en fin de journée. À l’époque dans le service de réa où j’ai tant appris, vous savez, à Triffouilli-Sur-Flotte. J’ai la chance de finir tôt, et m’enquille avec ma petite bagnole antédiluvienne les 4h de route pour rejoindre tout le monde. Bien sûr il y a de la neige, ça roule à 2 à l’heure. C’est pas grave, l’important est d’arriver entière. Bien sûr un voyant moteur s’allume à environ mi-parcours, il est 20h, et je décide de poursuivre mon chemin, étant donné qu’un 24 décembre à 20h, ça va être compliqué de trouver un garagiste qui en deux-deux diagnostique le souci et le répare. Ouf, j’ai de la chance, mon pauvre tacot m’amène saine, sauve, et frigorifiée à bon port. Il est un peu plus de 22h, ma famille adorée m’a attendue pour dîner, mais autant vous dire que l’apéro est déjà largement entamé, en témoignent les cadavres de bouteilles de vin et de champagne qui gisent dans la cuisine.

C’est ainsi que dans la joie des retrouvailles, nous dînons, buvons, chantons, et re-buvons. Une fois le stock d’alcool prévu pour le jour (nous prévoyons large) (famille de pochtrons) anéanti, et au fur et à mesure de la fatigue de chacun, nous nous couchons. Il se trouve que Petit Caillou s’est paisiblement endormie quelques heures plus tôt dans le lit destiné à ses deux parents, et qu’elle rêve à poing fermés des merveilleux cadeaux que le Père Noël va lui amener. Je ne résiste pas au plaisir de m’endormir à ses côtés, et lorsque mon chéri, quelques verres plus tard, se décide à aller se coucher, il s’installe sur un des nombreux couchages dans la pièce voisine pour y être plus à son aise et ne pas nous déranger. Et là, c’est le draaaaame. Non, pas le drame, ne vous inquiétez pas. Juste le cassage de pieds.

En effet, de mon côté, je me couche persuadée être réveillée aux aurores par une enfant avide de découvrir le pied du sapin. Et je dors profondément. Pendant ce temps-là, mon chéri, migraineux notoire, ayant un-tout-petit-peu forcé sur la bouteille, après tout, c’est Noël, vomit généreusement. Ce qui réveillera tôt ou tard l’ensemble de la maisonnée, sauf Petit Caillou et moi qui restons lovées dans les bras de Morphée. Les heures passent, les vomissements se mêlent de migraine, la migraine fait vomir, la cétose de jeûne fait vomir, Chéri vomit. Et se dessèche peu à peu.

Le mystère qui reste entier à mes yeux est : bon sang mais pourquoi n’y’en a-t-il pas eu un seul pour venir me réveiller ??? 

Lorsqu’à 11h15 l’estomac de mon enfant la réveille et me réveille également, à peine la porte de la chambre entrouverte, ma Tata se précipite et me prie expressément de venir soigner le pauvre malade.

Que je retrouve lyophilisé, mal à la tête, trouvant encore et toujours de la bile à vomir. La situation est vite évaluée, ça va pas se tasser d’un coup de baguette magique, c’t’affaire. C’est soit méthode traitement oral + réhydratation et ressucrage prudents, des heures d’une efficacité laborieuse en perspective, soit pimpampoum. Super.

Nous sommes le 25 décembre, je viens de me lever, heureusement-je-crains-pas-l’odeur-du-vomi mais enfin c’est-pas-c’que-j’préfère (comme l’aurait dit Ado-Rée) non plus, et me voilà à tendre un verre d’eau sucrée avec un pipette à mon homme, avec pour consigne de boire une pipette toutes les 10 minutes (méthode éprouvée en pédiatrie), et à me jeter sous la douche ahhhhh-bordel-ça-pique-l’eau-fraîche-des-montagnes. Le temps d’enfiler des fringues et d’entendre Chéri vomir systématiquement les pipettes, me voici dans ma voiture oh-tiens-le-voyant direction l’hôpital le plus proche, heureusement à seulement 15 min de route. «Bonjour, je suis médecin blablablabla, est-ce que vous pourriez me dépanner blablabla, si ça peut vous éviter une entrée blablabla» et direction le gite avec le matos.

Pendant ce temps le stratagème familial a consisté à mettre un gros cadeau au pied du sapin et un mot : «Bonjour, c’est le Père Noël, il faut que j’aille donner à manger aux rênes, je reviens déposer les autres cadeaux tout à l’heure».

Assistée de Petit Caillou pour des raisons logistiques inhérentes à la réalisation de la prophétie sus-citée, pim v’là que j’te colle un cath, pam 300 ml de réhydratation crayon (=très vite), poum un anti-émétique et un peu de paracétamol IV, 200ml de réhy à peine moins vite, et le tour est joué.

Et maintenant je vais pouvoir me faire un café, quand même ? 

J’installe un fauteuil avec un pied à perf improvisé au pied du sapin, pendant que Petit Caillou, assistante attentionnée, tient la main à son papa tout guilleret («ah, elle t’a bien soigné Maman !») pour rejoindre ensemble la pièce dans laquelle, à la surprise générale, des quantités de cadeaux ont été déposés. Les 500ml suivants ont le temps de l’apéro-ouverture-des-paquets et du déjeuner pour finir de requinquer le grand malade. Il avait été transformé en 15 minutes de traitement, autant vous dire que 3 heures plus tard il pétait la forme, le bougre.

Le soir, mon oncle dit à la cantonade, au moment de l’apéro vespéral : «T’façon, on peut y’aller ; demain, Adré ira chercher de quoi nous mettre une perf et hop, tout ira bien !». Je vous laisse imaginer la noirceur de mon regard à cet instant-là.

Donc oui, depuis, j’ai un peu de matos avec moi à Noël. Tant qu’à me farcir un malade dès le réveil, au moins ça m’évite la douche froide et les kilomètres. J’ai résolu le problème de la tentation que cela pourrait susciter pour certains de boire un peu trop en prenant principalement des gros cathéters, dont la valeur pédagogique saurait compléter mes grognements éventuels. À Noël aussi, tous les caths sont gris.

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7 commentaires pour L’autre liste

  1. G_Juulie dit :

    Excellent. J ai adoré le « oh tiens le voyant »

  2. Linoa dit :

    J’adore!
    dans un style tout a fait différent j’ai eut le traversage de vitre un soir de nouvel an… Du coup moi aussi j’ai ma petite trousse d’urgence bien planquée dans la voiture ^^

  3. ERLINA dit :

    Très rigolo , ça fait des bons souvenirs de Noel ! Personnellement, je crois que je n’aurai jamais osé demander à l’hôpital du coin de quoi perfuser…Si ça ne te dérange pas, j’aimerai avoir une idée de ta petite liste pour trousse d’urgence, je dois oublier plein de chose dans la mienne…

  4. Nimbex dit :

    Pour ma part je me limite uniquement a se que je sais faire : le massage cardiaque
    Faut pas déconner, on est en vacances ou l’on ne l’ai pas. Lol

  5. Jonathan dit :

    J’adore le concept de la pédagogie par le KT gris, j’aurais tendance a y souscrire de plus en plus, surtoiut dans ce genre de contexte ^^

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