Mini-doc et Mini-stre

Bon, tout le monde a écrit à Marisol Touraine, changeons un peu, je vais écrire à qui-n’est-plus-ministre-mais-qui-s’y-croit-encore.

Hier matin, en allant bosser, j’ai entendu Luc Chatel à la radio. Ex-Ministre de l’Éducation Nationale. Qui justifiait le fait d’avoir supprimé les IUFM, l’idée de balancer les enseignants directement dans les classes, de préférence difficiles, par la suprématie de la pratique sur la théorie. Qui n’a rien trouvé de mieux comme exemple pour appuyer sa conception des choses que de dire quelque chose comme (ce ne sont peut-être pas ses propos à la virgule près) : «C’est le cas pour les études de médecine. Sachez que lorsque vous allez aux Urgences à l’hôpital, quand vous dites Docteur, vous vous adressez à un étudiant en 3e année de médecine».

Blaireau.

1 C’est pas vrai. 2 C’est pas une raison. 3 C’est pas comparable.

Je ne connais pas précisément la question des enseignants. Ce que j’en sais, c’est qu’ils n’ont pas l’air d’adorer l’idée d’être parachutés direct en classe sans avoir été formés à la pédagogie avant. Et prendre un exemple foireux pour justifier cela, c’est d’un nullissime qui m’a fait sortir de mes gonds.

Monsieur l’ex-ministre, quand vous allez aux Urgences à l’hôpital, libre à vous de servir du «Docteur» à quiconque vous y croiserez. À votre décharge, à force de changer nos tenues maculées de sang (et/ou vomissures et/ou antiseptique iodé et/ou plâtre etc.), ce n’est pas toujours évident. Il est vrai qu’on ne prend pas toujours le temps de préciser nos fonctions. Cependant je crains que dans votre cas il s’agisse plus d’un défaut d’écoute de votre part, je sais pas pourquoi. Pour info, il n’y a pas QUE des étudiants en 3e année de médecine aux Urgences. D’ailleurs ceux-là, y’en a très peu. Ils sont plutôt en 4e, 5e ou 6e année. + les internes qui sont médecins non thésés, et étudiants au sens où ils ont dans leur portefeuille une carte d’étudiant, et où ils ont un sénior qui les supervise. Y’a aussi des agents de service, des vigiles, des infirmières, des aides-soignantes, des manipulateurs radio, et j’en passe. Appelez-les Docteur, ça aura au moins le mérite de les faire marrer.

Si un étudiant en médecine vous reçoit et commence à vous examiner, c’est qu’à priori le triage effectué à votre arrivée par une infirmière et/ou un médecin d’accueil et d’orientation a permis de dédouaner toute urgence vitale immédiate. Pour vous coller 12 électrodes ou vous faire 3 points de suture, oui, ce sera peut-être un étudiant en médecine. Ce qui vous évite d’attendre le triple en salle d’attente que le sénior ait fini d’intuber le monsieur tout bleu que vous avez vu traverser le couloir. Si cet étudiant, ce mini-docteur disparaît régulièrement avant de revenir vers vous, ce n’est pas pour aller raconter «Eh, y’a le ministre qui dit n’importe quoi là, dans le box 3 !». C’est parce qu’il rend compte à son interne et à son sénior de votre état et des soins qu’il vous apporte. Il n’est pas seul. Il ne gère pas seul 30 malades plus ou moins graves.

Aux Urgences, on ne fait pas n’importe quoi avec l’humain, le patient. Et je crois que ce que refusent les enseignants, c’est de faire n’importe quoi avec l’humain, les enfants.

Puisque vous n’êtes plus ministre, votre agenda doit vous permettre d’aller faire un tour dans des classes, et aux Urgences. Allez voir comment ça se passe, et discuter un peu avec les professionnels. Ils vous expliqueront tout ça mieux que moi. On en reparlera après. En attendant … Autant je dis aux étudiants qu’il n’y a pas de question stupide, autant là … j’ai envie de vous dire :

Quand on ne sait pas, Mr le Ministre, on se tait.

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5 commentaires pour Mini-doc et Mini-stre

  1. armance dit :

    J’adore!

    Ca me rappelle un hôpital où on donnait des blouses sans étiquette aux internes. Un jour, une patiente m’a alpaguée dans un couloir et engueulée parce qu’on ne recevait pas bien M6, une autre me demandait des gants de toilette supplémentaires…

    En remplacement, j’ai eu aussi « Ah! Chérie! Le docteur est pas là, il a envoyé l’infirmière! ».

    Bon, ben je n’ai plus qu’à écrire au Père Noël, moi.

  2. drkalee dit :

    Pfff, la pratique vs la théorie, non mais qu’est-ce qui faut pas entendre!! C’est vrai quoi, tout maitre nageur sérieux, quand tu veux apprendre à nager, il te balance direct dans le grand bain sans brassard… Comme ça si tu te noies pas c’est que t’étais vraiment doué!!
    J’avoue que l’analogie avec les études de médecine est particulièrement bien choisie… Heureusement que le ridicule ne tue pas, ça te donnerait du boulot en terme de papiers bleus!

  3. Ambroisia dit :

    Le fossé entre les politiques et la vraie vie -_-
    Le pire c’est qu’il y a des gens qui vont le croire !

  4. DM dit :

    Je connais un peu plus la situation des enseignants, mais plutôt ceux du supérieur (hors médecine, qui est un monde à part). La pratique y est d’envoyer les étudiants enseigner *avant* de leur faire les fameuses formations pédagogiques ; ou du moins celles-ci ont lieu alors que les gens sont déjà en train d’enseigner depuis 3 mois, 6 mois, etc.

    La formation reçue pour cela est très inégale ; celle à laquelle j’ai assisté était théorique et ne donnait surtout pas de « trucs et astuces » pratiques. C’est un trait très français, ce refus des détails bas et mesquins (au même moment, un collègue recruté dans une grande université américaine expliquait qu’il recevait des formations très très orientées pratique).

    Dans le cas de personnels enseignants du secondaire se pose évidemment le problème de « tenir » une classe, et d’arriver à motiver des élèves dont une grande partie aimerait ne pas être là. J’ignore si les IUFM transmettaient ce genre de savoir pratique ; ceux de mes amis qui y sont allés me décrivent plutôt des formations totalement décalées par rapport à l’enseignement réel, souvent d’ailleurs assurées par des gens qui n’arriveraient pas à gérer de vrais élèves (quand on arrive à barber et énerver une classe de futurs profs bac+5, il est probable qu’on se ferait lyncher en collège ou lycée).

  5. El Doctor dit :

    Pelloux sort de ce corps…

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