Sunday bloody sunday

Y’a que 2 sortes de dimanches.

Y’a les dimanches où je fais la grasse mat. Où que je sois. Je me réveille tard, reste vautrée au chaud sous la couette, en plus c’est pas ma faute y’a le chat qui vient de prendre un ptit dej de croquettes et qui revient se coucher sur moi, et déranger un chat qui dort, c’est criminel. Alors je me rendors, avec le chat. Après y’a Petit Caillou qui vient me faire un câlin, c’est là qu’on joue à la Machine à Guilis. Elle me couvre de bisous et ça me donne des piles, alors après je lui fais des chatouilles. Le dimanche, comme tous les jours de la semaine mais en pire, je dors. Athée et anticléricale congénitale, je respecte le repos dominical. Mais par souci d’égalité des cultes, je fais la grasse les autres jours aussi. Faudrait voir si en faisant revivre un mammouth congelé en Sibérie grâce à la conservation de son ADN, il se souviendrait d’une légende mammouth comme quoi un jour je me suis levée tôt un dimanche. Pas sûr. Vous savez les mammouths broutent parfois des pâturages douteux. Y’a certainement des trucs passionnants à faire le dimanche matin. Pas aussi passionnants que dormir. Rêver.

Y’a les dimanches où je taffe. Le certificat de décès du dimanche matin, un grand classique. Pépé trouvé par Mémé au moment de se lever pour aller à la messe. L’intox médicamenteuse pourrie qui date du samedi soir, ce sont heureusement les équipes de nuit qui se la tapent à 6h du mat. Idem le gros carton de sortie de boite de nuit. Le dimanche y’a aussi plein de gens qui ont mal dans la poitrine. Ça doit être l’effet déjeuner-avec-belle-maman. Les Urgences sont bondées des sportifs-du-dimanche, et de bricoleurs-du-dimanche. En SMUR c’est bien parce qu’y’a pas grand monde sur la route, et puis ils sont pas pressés de déjeuner avec belle-maman, donc ils nous laissent passer. C’est en arrivant aux Urgences qu’on comprend pourquoi les rues étaient désertes : ils sont tous là. Tous sauf la famille de ce petit vieux qui se sent si seul et perdu, dans ce service où l’infirmière intérimaire du week-end l’a fait partir en ambulance parce que là, vraiment, ça n’allait plus. La déshydratation. L’altération de l’état général. Les troubles du comportement. Il suit des yeux l’équipe SMUR qui passe, avec un brancard et un patient intubé-ventilé dessus, et accroche votre regard. Y’a souvent des suicidés le dimanche aussi.

Y’a les dimanches radieux, où on bénit l’astre solaire de nous réchauffer. Où une fois finie la grasse mat’, après un-café-une-douche-une-robe-légère, je vais cueillir quelques framboises / cerises / tomates selon la saison. Y’a les dimanches pluvieux, où rien ne se passe dehors, à part les cordes qui tombent, rien ne se passe sur internet, où la cafetière fait tout ce qu’elle peut pour me réchauffer avec son breuvage odorant.

Y’a les dimanches estivaux, où on espère pas aller pêcher un gosse en arrêt au fond de la piscine dans laquelle il avait filé se noyer pendant que belle-maman prenait l’apéro en faisant des remarques sur l’éducation des enfants à sa bru qui finissait de préparer le repas en rêvant y ajouter de la ciguë. Y’a les dimanches gris-mouillé, où on sait qu’y’aura moins de sportifs-du-dimanche et au taquet d’accidents de la route, pour la plupart sans gravité.

Aujourd’hui c’est dimanche. J’ai dormi dormi dormi, et puis j’ai traîné 1h dans la salle de bains. Ensuite je suis allée rappeler à Conchita-à-moteur (la machine à laver) qu’elle n’avait syndicalement droit à aucun jour de repos hebdomadaire. J’ai entendu des pimpoms en prenant mon café. De la fenêtre de la salle de bains, j’ai aperçu un hélico. Pendant que je glande avec mon homme, mes gamines, mon chat et la copine qui squatte chez moi, y’en a qui bossent. Qu’est-ce qu’ils sont allés faire comme inter ? J’ai une pensée pour eux. Ce dimanche ils ne sont pas avec leurs familles qu’ils aiment, et ne se coltinent pas leurs belles-mères non plus. Si ils ont le temps entre deux inters, ils se rassembleront autour d’une table pour déguster la fantastique nourriture de l’hôpital. Demain ils se faderont des heures d’attente à la préfecture pour aller faire tel ou tel papier, seront plus ou moins décalqués par la garde, et se feront pourrir par la dame-au-guichet parce qu’ils auront oublié de noter un détail administratif sordide dans le formulaire 324-12-935 C, et aussi parce que la veille sa belle-mère aura eu raison de ses nerfs. En attendant, ils sont là. Ils veillent. Hier soir ils se sont couchés tôt. Pour vous. Pour moi. Pour nous tous. Pour notre dimanche, quel qu’il soit. Merci les gars. Je pense à vous !

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2 commentaires pour Sunday bloody sunday

  1. Marie dit :

    Bonjour et tout d’abord merci pour ton blog. Voilà je viens régulièrement depuis… le début je crois (je fais partie de ces anonymes qui ne commentent quasiment jamais). Bref une petite impression de te connaître, toi le petit caillou, etc. Je ne trouve pas le moyen de te contacter en privé alors je laisse ce commentaire public que tu pourras supprimer aussitôt après en avoir pris connaissance car il n’a d’autre intérêt que de te dire que j’ai été presque vexée de me voir demander un mot de passe pour le prochain article. Ce genre de relation à sens unique d’où on est soudain exclu. Bon, je fais comment pour l’avoir ce mot de passe? Ne faisant pas partie des initiés… Merci! (mon email est enregistré il me semble)

  2. Anne dit :

    Je suis aussi de ceux-là… Qui te lisent depuis le début ou presque, en silence. Toi qui décris si bien chaque détail de ce que je pense bien souvent, moi qui suis « de l’autre côté » ou plutôt… Un peu des deux cotés… Ça dépend de l’heure, de l’ambiance… Toute mon enfance j’ai entendu ma mère nous donner des bribes d’infos sur les « cassés » qui n’allaient d’ailleurs pas si mal que ça puisqu’ils avaient droit au service de chir orthopédique 🙂 mais ça m’a vaccinée pour la vie… La voiture est ma ‘meilleure amie mais je ne suis que quelques morceaux de chairs… Enfin je égare !
    Continue ta route… J’espère ne jamais la croiser :p

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