Le miroir se brisa

Les médecins. Qui sont-ils ?

Des êtres parfaits qui sauvent des vies à longueur de temps, écoutent avec empathie tous leurs patients, n’ont aucune faille ? Poussant la perfection jusqu’à chez eux, où leurs conjoints et enfants se délectent des petits plats qu’ils leur ont mitonné, tout en réglant, un dimanche soir, une situation médico-sociale compliquée par téléphone ? [1]

Sont-ils des super-héros aux supers pouvoirs, dont celui de n’avoir jamais faim, ni soif, ni sommeil, de n’être jamais malade (ni enceinte pour les femmes), dont la vessie a des capacités extraordinaires, et dont la famille se contente d’être en photo sur leurs bureaux ? [2]

Sont-ils des nantis, nés avec une petite cuillère en or massif dans le bec, ainsi qu’une mauvaise foi sans égal, dont l’état a payé les coûteuses études pendant lesquelles ils n’ont absolument rien branlé : ni bûché, ni se lever tôt pour se faire vomir dessus, ni enchaîné les gardes pour être payés une misère (100 € mensuels waaaaah le luxe), et encore moins donné leur énergie et leur cœur à leurs patients. Qui une fois ces études finies, gribouillent 3 pages intitulées thèse, et 2 pages de plus intitulées mémoire, ce qui ne leur prend que 2 heures, et encore, parce qu’ils ne sont pas doués. Que d’autres nantis valident dans une scandaleuse coaptation. Qui ensuite passent leur temps à hurler sur leurs secrétaires, infirmières, etc. en arguant une supériorité hiérarchique irrecevable. Sans jamais faire le moindre effort pour soigner leurs patients qu’ils saignent aux quatre veines le temps d’une consultation. Et pour cause, ils n’ont aucune espèce d’humanité, et à part le fric volé à l’état durant leurs études, n’en ont gardé aucune compétence. Sans honte, ils choisissent de s’installer là où on aura le moins besoin d’eux, histoire d’être certains que s’agrandissent les déserts médicaux. [3]

De la catégorie [1] et [2], j’en connais des tonnes, je ne sais pas au juste comment ils font, et je les admire. C’est curieux, parce que de la catégorie  [3], je n’en connais pas. Pourtant si on en croit certaines voix, celles de mécontents, de politiques, de médias, c’est la majorité de mes confrères et consœurs qui sont de ce type-là.

Je ne suis d’aucune des 3. Déjà, la perfection, j’aimerais bien, mais c’est clairement pas dans mes cordes. En outre, j’ai tout le temps faim et ma vessie a des limites. Ma thèse faisait plus de 3 pages, mes mémoires de DES et de DESC étaient probablement nuls, c’est pourquoi il ne m’a pas été si évident de les valider. J’ai un job que j’adore et que je tente de faire bien, mais que nombre de mes confrères, y compris aussi jeunes, font bien mieux que moi. Ça doit être pour ça que j’ai un contrat pourri, avec aucune sécurité d’emploi. Hier soir j’ai failli m’endormir sur le canapé, vautrée avec 2 plaids en polaire, le chat sur mes genoux, en me gavant de nutella devant une série américaine débile mais drôle. Ce matin je suis passée sous la barre des 1000 € de dettes que j’ai envers ma tante, en lui virant 250. Elle m’avait prêté 3000 euros pour ma thèse, parce que mon profond découvert bancaire ne me permettait ni d’imprimer les différents exemplaires pour le jury (vous imaginez bien que mes parents n’ont eu aucun exemplaire, du coup, j’allais pas gaspiller le pognon prêté), ni d’organiser un modeste pot après la soutenance, histoire de remercier tous ceux qui m’ont soutenu pendant mes études. J’ai dormi jusqu’à 15 heures pour rattraper l’enchaînement de gardes de ces derniers jours, et être en forme pour celui qui arrive. Après je suis allée chercher Petit Caillou à l’école, je lui ai préparé un goûter, puis nous avons fait les devoirs. Pour une fois que c’est possible.

Je ne les aime pas tous aveuglément, mes confrères. Y’en a même que je peux pas encadrer. Pas toujours pour des raisons professionnelles, d’ailleurs. Pas toujours avec de véritables raisons, non plus. Y’a des gens avec lesquels le courant ne passe pas. En fait, qu’ils soient médecins ou pas, ça n’y change rien. Cependant, la plupart de mes confrères accomplissent un boulot dingue, dans une abnégation qui me fait proprement halluciner. Ces temps-ci, peut-être un peu plus que d’habitude, on entend ça-et-là beaucoup de choses sur les médecins. En bien et en mal. Je ne me sens pas visée personnellement, parce que mon activité se situe dans une niche. Je pense aux autres médecins. Je ne comprends pas.

C’est quoi le problème, avec les médecins ? Est-ce qu’on s’est au moins demandé qui ils sont ? Non, parce que je suis idiote, ça ok, mais ça me parait bizarre que chacun sache ce qu’ils vivent, ce qu’ils ont traversé, ce qu’ils pensent, et quelles sont leurs motivations ; alors que moi, qui théoriquement en suis, je l’ignore. Y’a-t-il une âme charitable ici qui daignerait m’expliquer ?

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21 commentaires pour Le miroir se brisa

  1. arabeshagya dit :

    Dans ta première partie, tu ne parles pas du droit de cuissage sur la secrétaire. Un oubli? 😉

    Question subsidiaire: combien coûte une promo d’ENArques?

    • docadrenaline dit :

      1) Exact, de même que sur l’infirmière.
      2) Probablement pas un centime, ni pendant leurs études ni après … Contrairement aux vilains toubibs.

      • arabeshagya dit :

        Oui! vilain toubib! Et vilains pharmaciens aussi!

      • Linoa dit :

        Bah merde j’ai pas été « cuissee » moi, il fout quoi le chef de service….. D’autant que nous autres les infirmières, on sait bien comment nos sommes hein….. Plus sérieusement je trouve effectivement ce débordement de haine hallucinant: un peu comme quand les pompiers se font caillasser, ça m’étonne toujours de voir la haine se tourner vers les gens qui veulent du Ben aux autres juste parçe que d’un coup on les a désignés comme bouc émissaires!….

  2. arabeshagya dit :

    Passé 2 fois, désolée! Vire-le 2ème s’te plaît 🙂

  3. DIgel dit :

    Petite phrase que j’ai entendu un jour et qui m’a semblé pertinante dans ce sujet:
    « Les deserts médicaux sont avant tout des déserts humains… »

    Ce débat sur les médecins en ce moment que je me garderais de commenter me peine autant que toi, surtout quand je vois « mes » cher(e)s pneumologues de l’hopital public et que je galère avec eux tous les jours… Quelle sociète ingrate je vous jure…

  4. Vous commencez à faire vraiment chier, la jeune génération. Il fut un temps, c’était cadré. Soubiran était mort, Bensaïd aussi. Céline était total décrédibilisé pour parler souffrance et soins, ayant pataugé dans l’abjection avec délectation. Winckler était en place, mais heureusement Philippe Val et Jean-Luc Hees veillaient. D’écrivains médecins, y’avait queud, ou presque. La place était bonne à prendre. Maintenant, à tous si bien écrire vos états d’âme, vous faites chier. Encore quelques années, et les gens vont finir par croire que la médecine est faite par des êtres humains. Et ça, croyez-moi, ça va les faire flipper gravement. Comme le jour où petit on croise la maîtrsse ou l’instituteur au rayon frais.

    • docadrenaline dit :

      Désolée, suis une chieuse de naissance. Née chieuse, grandit chieuse, restée chieuse, malgré tous les efforts de mon environnement.
      Ça me permet de cacher mon incompétence et ma connerie, alors je le suis et le reste.
      Heureusement je ne vais pas souvent au supermarché, je fais mes courses par internet.

  5. yannbbb dit :

    Mais sérieusement, comment fais-tu pour que chacun de tes posts soit si juste? Merci, mille fois.

  6. fredledragon dit :

    Chat, Nutella, canapé, c’est bien une histoire de nanti 🙂

    • docadrenaline dit :

      Oui j’avoue, mais pas mon chat.
      Mon chat, lui, bosse 24h/24 et 7j/7.
      Sans jamais se plaindre.
      En recevant pour modeste salaire quelques caresses et des croquettes.
      Sans relâche, il travaille à l’UF Évaluation-Qualité de tout ce qui est canapés, coussins, lits, tapis, …
      Un travail de titan.
      Hier soir quand je branlais à regarder une série, il était encore à l’ouvrage, appréciant les plaids.
      C’est dur la vie de chat.

  7. Ah voilà c’est la pizza, faut que je m’y mette;
    Je ne suis pas médecin, je suis juste fille de et n’ai jamais vu mon père finir avant 20h30 bien que travaillant en cabinet. J’en ai rencontré beaucoup, des cons certes, mais surtout pleins de médecins admirables, certains très connus, mais capables de venir en pleine nuit à l’hôpital pour s’occuper de mon fils qui débarquait en ambulance à Bicètre du fin fond de sa province. Si je suis là, si mon fils et mon mari sont là en vie, c’est uniquement grâce aux médecins qui ont tout fait pour cela.
    J’aime beaucoup ce billet, il est très juste.

  8. Mr V dit :

    Il n’y a aucun problème avec les médecins selon moi hormis le fait d’un orgueil a rallonge et d’une parfaite mauvaise foi en ce qu’il s’agit de leurs connaissances.
    J’ai jamais entendu dire un médecin : pardon j’ai eu tord. Je me suis trompé.
    A en voir certains ils semblent vouloir donner illusion d’être d’une autre classe sociale, que si elle existait serait a la droite de dieu.
    Heureusement tous les médecins ne sont pas comme cela il y a beaucoup de dévoués.

    Pour parler finances, je diverge, les internes gagnent bien leur vie, il faut aussi savoir que les études en France coûtent cher, pas que pour les médecins !

    • JeeP dit :

      Vous avez tout à fait raison Mr V. Je vais reprendre point par point votre argumentaire, pour vous appuyer.
      L’orgueil à rallonge des médecins est une certitude. On s’en rend d’autant plus compte depuis qu’ils tiennent des blogs. Dans lesquels leur orgueil s’étale sous l’apparat de doutes, d’incertitudes, de souffrances, de turpitudes. Surement cherchent-ils à insinuer dans l’esprit de leurs lecteurs, qu’ils surmontent tous ces écueils, et visent ainsi indirectement, fourbes et mesquins qu’ils sont, à faire flatter leur orgueil.
      La mauvaise foi sur leurs connaissances est une évidence: tous ceux que je connais disent ne pas savoir grand chose, ne pas savoir autant qu’ils le voudraient. Or ils en savent souvent bien plus qu’ils ne le reconnaissent, bien assez pour exercer leur spécialité au quotidien, bien assez pour se dépatouiller des cas rares, et suffisamment pour ne pas trop merder quand ils sont confrontés à un problème qui sort du champs de leur spécialité. C’est une grande mauvaise foi que de ne pas reconnaitre ses compétences.
      Jamais ils ne reconnaissent leurs erreurs. Jamais. Peut-être n’en font-ils quand même pas tant que ça, si l’on en croit les statistiques d’indemnisation des erreurs médicales. Pour autant, ils pourraient quand même reconnaitre les erreurs qu’ils n’ont pas commises, histoire de témoigner de leur bonne volonté.
      Ils se prétendent d’une catégorie de la société qui diffère du commun des mortels. Parce qu’ils ont touché des morts sans avoir vomi ni pleuré, parce qu’ils ont sacrifié leurs nuits à faire en sorte que ces morts ne le soient pas, ou parfois ne le soient plus. Parce qu’ils rentrent à la maison avec cette boule dans le ventre, qui ne disparaitra qu’après avoir des nouvelles du patient inquiétant. Le plombier est-il inquiet pour son robinet, le capitaine d’industrie pour le devenir de ses employés à la suite d’une décision stratégique?
      Cela les destine-t-il à s’asseoir à la droite de Dieu? Je ne pense pas qu’ils y prétendent, tant ils savent par les situations médicales et sociales vues chaque jour, que tous les dieux sont très souvent occupés ailleurs. Et aussi parce qu’ils ont choisi de faire de la médecine, pas un sacerdoce.
      Je ne vous ferai pas l’insulte de préciser que bien évidemment, je suis sarcastique. Je sais que malgré toutes les généralités que vous avez faites dans votre commentaire, vous ne souhaitez pas généraliser, ce que vous traduisez par cette phrase aux pouvoirs magiques, « heureusement tous les médecins ne sont pas comme cela il y a beaucoup de dévoués », qui s’apparente aux « perché » de notre enfance.
      Quant aux émoluments des internes. Comment dire. Que signifie « bien gagner sa vie » pour vous? Sachant qu’ils gagnent le SMIC, j’en conclus que vous classez les smicards parmi les nantis. Bien sûr je suis de mauvais foi, ils peuvent grassement compléter leur mirifique salaire en faisant des gardes. 100€ pour travailler 24 heures d’affilée (+1 heure de relève qu’on ne compte jamais), c’est suffisamment payé. Vingt-quatre heures, soit deux tiers de ce que vous faites en une semaine. Payé un tiers de SMIC hebdomadaire. (http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022509256&dateTexte=&categorieLien=id , annexe 8; pour le SMIC, je me suis basé sur Wikipedia).
      Mirobolant. Pour des gens qui ont fait à ce stade 6 années d’études, deux concours, 3 ans de stage. Nos études couteraient cher, je n’en suis pas convaincu, mais n’est-ce pas aussi le prix de votre santé? Combien mettez-vous dans le vaccin de votre chien? Moi, c’est 90€. Dans votre vaccin à vous? 23€. Une perfusion par le véto? 120€. Par une infirmière? Je ne sais même pas exactement, mais mois de 10. Nos études couteraient cher? On les rembourse avant de les avoir terminées, mais on semble garder une ardoise bien après, tout du moins dans l’esprit de trop de gens.

      Je ne suis pas un médecin dévoué. Je fais mon boulot. Mon boulot c’est de soigner les gens, je le fais avec conviction, avec soin, avec sérieux. Quand je ne sais pas, je dis que je ne sais pas, et j’envoie vers le confrère qui saura.
      Je soigne tout le monde, y compris ceux que la société refuse ou ignore, SDF, immigrés plus ou moins clandestins, prisonniers. J’en suis fier et j’aime ça. Je ne me sans pas pour autant investi d’une mission.
      Je vous déteste Mr V, vous et tous ceux qui pensent comme vous. Vous êtes de ceux qui crachent dans la soupe, cette soupe gastronomique d’une des meilleurs médecines du monde et pourtant peu couteuse à ses patients.
      Je vous déteste, mais demain si vous me consultez, je vous accueillerai. Surement pas à bras ouverts, car je n’accueille jamais mes patients à bras ouverts, ce n’est pas professionnel. Je vous déteste, mais je vous soignerai, aussi bien qu’un autre. Ca ne me donne pas une place à la droite de Dieu, mais je crois que je peux prétendre pour cela à un brin de reconnaissance de la société. Si c’est cela que vous signifiez par « être d’une autre classe sociale », alors oui, finalement, nous sommes d’accord.

  9. DIgel dit :

    Mr V, votre fréquentation des hopitaux est de quel type ? Patient, visiteur, parent de patient ?? vous n’avez fait que passer pour l’appendicite ou la mauvaise chute au ski ? ou avez le malheur d’être un malade grave ??

    quand je lis votre message j’ai l’impression de parler du Soudan, c’est a dire une situation que je ne connais que via TF1 France 2 et Itélé… Avec tous les clichés qui vont avec…
    Allez passez votre chemin s’il vous plait!

  10. fil-r dit :

    Bonsoir, Mr V.
    Nous passons notre vie à peser le pour et le contre de nos décisions, tentant ainsi de respecter le principe fondateur de notre profession : avant tout ne pas nuire
    Souvent, nous faisons part à nos confrères de nos doutes et même (si si) de nos erreurs.
    Et si nous n’avons jamais tord (de tordre ?), il nous arrive d’avoir tort et de nous tromper et nous l’assumons

  11. Et si simplement nous étions des gens normaux à qui ont a refilé un peu plus de responsabilité sur les bras? Dans le cas d’un chirurgien c’est immédiat: tu fais une erreur le type est mort. Je me souviens d’un film où un chirurgien justifiait sa conduite inqualifiable en disant à la fin de son argumentaire  » à cause de tout ça je suis Dieu » ( j’ai oublié le titre).
    Pour cette raison le boulot de médecin est passionnant mais je comprends que certains ( rares) dérapent.
    Je suis aussi choquée que tout ce débat aille sur la place publique, fasse la une des médias alors que peu de médecins sont foncièrement avides de gain. Ca aurait pu se régler simplement en rappelant à l’ordre ce qui exagèrent. Et pendant ce temps-là les vrais problèmes de société sont un peu oubliés, le bon peuple a son attention ailleurs que sur le chômage et la dégradation de la société (école etc.)

  12. Casque Houille dit :

    Bon, Mr V. , qui en fait est Mr Vipère , a bien mérité ce qu’il s’est pris dans les dents . Il devrait épouser Elisa , ils s’entendraient bien , ces deux-là !!! Mais surtout , s’ils font des petits , ne m’en gardez pas , pitié !!!

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