La Barrière – 1

Ne croyez pas que je ne mets pas mes menaces à exécution. La preuve. J’avais dit que je parlerais de la barrière, et ben je le fais. Na. Et même, j’ai au moins 2 billets, dont celui-ci, pour vous en parler. Pourquoi pas qu’un ? Ben parce que c’est çui-qui-écrit-qui-décide, d’abord, et parce que ça me permet de vous en parler selon 2 modes. Et puis comme ça les billets seront moins longs, votre migraine moins intense, et vous pourrez vous reposer.

Quand j’étais en stage infirmier, au tout début de ma deuxième année de médecine, un matin ma tante m’a accompagné en voiture à l’hôpital. Son chéri l’a appelée. «J’amène la petite à l’hôpital ! (…) Mais non, elle est pas malade, elle est docteur !!!!». Ben voilà. Elle avait déjà tout dit. Je suis pas malade, je suis docteur, entre les deux y’a un fossé / une interface / une barrière, appelez ça comme vous voudrez. Si c’était aussi sexy à dire qu’en anglais, on pourrait dire «les portes». «There are things known and things unknown, and in between are the doors». Phrase d’Aldous Huxley, lui-même inspiré par William Blake, dont s’inspirèrent 4 hurluberlus (de l’anglais «hurly-burly» le tumulte, ou du français, on sait pas trop, ça y est je m’égare) qui baptisèrent leur groupe musical «The Doors». Bon en français, c’est beaucoup moins sexy, alors j’ai choisi le mot «Barrière» qui me rappelle mon passé champêtre.

À l’époque je n’étais pas docteur, bien sûr. J’étais sous-sous-sous-merde de la sacro-sainte hiérarchie médicale hospitalo-universitaire, mais déjà, il y avait la Barrière. J’ai même l’impression qu’elle y a toujours été. Comme j’ai toujours été, rétrospectivement, urgentiste, (voir «Engagez-vous, rengagez-vous. Le Mythe Fondateur.»), y’a toujours eu, surgissant du sol lorsque l’occasion se présentait, la Barrière. C’est un réflexe protecteur spontané. Qui ne protège pas forcement que moi, mais aussi mes patients, finalement.  J’ai cru longtemps que tous, les soignants, nous disposions de cette Barrière à déclenchement automatique, depuis toujours. En fait il semblerait que non. Une des personnes dans mon métier que j’admire le plus, et qui me fait l’extrême honneur de m’adresser la parole, et plus encore, d’arriver à me faire croire que ma petite personne est digne d’intérêt à ses yeux (alors qu’en y réfléchissant, c’est complètement dingue, cette histoire de Lionne reine des animaux, qui s’intéresse à la petite fourmi), [aparte] oui je t’aime, c’est même pour ça que je te l’ai dit sur bandes enregistrées [fin de l’aparte, c’était au cas où cette personne me lise], donc, disais-je avant de m’égarer, certains confrères, consœurs et collègues soignants m’ont témoigné ne pas avoir ce type de Barrière, ou en tous cas pas en mode automatique-et-depuis-toujours. Dont une estimée consœur récemment. (et voilà, vous ne comprenez rien, mais je suis vaguement retombée sur mes pattes). Leur barrière à eux est différente, s’est construite différemment. Certains n’en ont pas à proprement parler, et à priori ça ne les empêche pas de bosser.

Je ne suis jamais malade, je traite mes propres rhumes / bronchites / etc par le mépris, et exceptionnellement par un peu de sérum phy dans le pif, voire une pincée de paracétamol, et surtout de la tisane miel-citron comme me faisait ma grand-mère. Mes gosses, baignés dans les bouillons de culture microbiologiques scolaires, semblent avoir le même système immunitaire rouleau-compresseur que moi, le dernier 38° remontant à y’a 4 ans. Globalement, pas de malades dans le moi et les extensions du moi. Ça tombe bien. Je suis pas malade, je suis docteur. Et j’y tiens.

La Barrière me permet, je crois, de garder mes capacités intellectuelles (déjà pas bien épaisses, faudrait pas qu’elles soient amputées) devant mes patients et leurs situations cliniques. D’être un médecin tout neuf, à l’humeur égale, face au 10e patient comme face au premier au cours d’une rude journée. De soigner sans juger, le chauffard qui aura coupé la route au piéton et qui se sera mangé un lampadaire (les platanes étaient en grève). Je n’ai pas fait médecine pour me soigner moi, tout ou partie, mais pour soigner les autres. Je suis empathique de mes patients, mais je ne m’identifie pas à eux. Ok, parfois, rarement, je les identifie à des êtres chers. Ceux qu’inconsciemment j’aurais peut-être voulu soigner (Freud est en grève aussi, alors je ne sais pas). Les petites vieilles au regard espiègle qui adorent le café au lait, oui c’est vrai, je vois un peu en elles ma grand-mère. Ça reste aussi exceptionnel qu’une fièvre de ma progéniture. La Barrière, je crois, améliore le «service» que je rends aux patients, et pour sûr, me protège. J’y tiens. Je m’y cramponne. Faut pas qu’elle pète.

L’autre jour, je l’ai faite péter. Toute seule comme une grande. Le «monde» des patients, ce n’est pas «mon» monde. Bah non, ils ne sont pas du même côté de la Barrière ! Oui mais là, ce n’était pas un acte irréfléchi, au contraire (j’aggrave mon cas, je sais), mais je l’ai faite péter. Nous sommes arrivés en fanfare bitonale, pompiers et SAMU. Nous nous sommes garés devant cette maison. En sortant du véhicule, j’ai vu ces 3 petits visages à la fenêtre du 1er étage. En entrant, pas de marmots, pourtant. Un homme, alcoolo-tabagique au dernier degré, coronarien notoire (en français : malade +++ du cœur), et son aîné  mineur mais «grand». L’homme avait un souci médical pour lequel j’ai jugé bon qu’il aille faire un tour à l’hôpital, conduit par nos amis pompiers, afin d’aller faire une petite révision des 200 000 (cigarettes), mais nous n’avons pas eu besoin de lui prodiguer de soins lourds de réanimation. J’ai discuté avec le garçon qui avait composé le 15. En «gardien» responsable de tout ce qui pouvait se passer. Il a fondu en larmes. La situation d’un père, dont les problèmes cardiaques exigeraient qu’il cesse de boire et de fumer, qui se met ainsi en danger, la peur d’un jour le perdre subie par ceux qui l’aiment, tout cela, il n’en pouvait plus, ce garçon. J’ai taché de le consoler, lui dire que je le comprenais, que malgré tout je pensais que son père était aimant mais que lui-même souffrait, qu’il était normal d’avoir besoin de se faire aider, psychologiquement et socialement. Et puis je lui ai demandé, pour les petits à l’étage. Je me suis proposée d’aller les rassurer. Je suis montée. Ils étaient trois, petits bouts de 5 à 10 ans environ. Avec au moins 4 chats, qui les entouraient de leurs ronronnements réconfortants. Ils étaient sages comme des images. Terrorisés. Y’avait le SAMU et les pompiers qui étaient arrivés tous gyros dehors, et qui avaient embarqué leur papa. Mon cœur m’a dit qu’il fallait rapporter les choses à une dimension humaine, palpable, plutôt que de leur sortir un «Allez les enfants, Papa est parti à l’hôpital, faut pas s’inquiéter» comme une connasse qui comprend rien vêtue de blanc. Elle est tout près de chez moi, leur maison. Ils vont dans la même école que Petit Caillou. Je leur ai dit. J’ai gardé ma tenue blanche, mais je suis devenue une maman, qui connait le quartier, leur quartier, et dont le bout de chou va à l’école, comme eux. Je crois que mes mots leur ont été accessibles. Qu’ils étaient inquiets, c’est normal, après mon départ, mais plus terrifiés.

D’habitude je suis «le médecin du SAMU». Je donne mon nom à ceux qui me le demandent, mais c’est rare. Je suis de ces «sauveurs» (ouh lala comme elle se la pète !) venus du ciel, dont l’action, qu’elle ait été salvatrice, vaine, ou le plus souvent une étape de la prise en charge, a duré peu de temps, et est restée anonyme. Cet anonymat relatif colle bien avec la Barrière. Bon du coup je ne reçois jamais de boites de chocolats, mais c’est pas grave, Chéri d’Amour m’achète plein de chocolat. Je sais que tel ou tel patient va mieux, que j’y ai participé, ça me va. Ouais mais là, mon sentiment était qu’il fallait faire péter la Barrière.

La Barrière me permet aussi de faire un clivage total entre ma vie personnelle et ma vie professionnelle. Enfin total… Au grand dam de Chéri d’Amour, je suis médecin 24h/24. Lâchez un «il s’est blessé» ou un «elle respire mal» dans mon environnement sonore alors que je suis en civil, et vous verrez avec quelle promptitude le docteur cheval revient au galop. M’enfin sinon, y’a quand même le «monde» des patients, et le mien, et c’est juste pas le même, c’est une autre dimension.

Il y a peu j’ai twitté un «oh meeeerde», qui visiblement est passé inaperçu. À l’heure des mamans (et des papas), devant l’école de Petit Caillou, il y avait le père de ces enfants. Mon patient. J’ai été en proie à une espèce de panique intérieure qui ne m’est pas familière. Ce qui est complètement con, en fait. J’ai rien dit ni fait de mal, lors de cet inter. Rien que je regrette. Je pensais tout ce que j’ai dit, y compris le fait que cet homme souffrait, de mon point de vue, et que son fils pouvait demander de l’aide. Je vois pas bien pourquoi j’ai été flippée / chamboulée par la vision de ce patient, devant l’école. Il allait chercher ses gosses, tout comme moi. Quoi de plus naturel ? J’ai flippé et ensuite j’ai gambergé en roue libre sur «pourquoi j’ai flippé, au juste ?».

J’ai flippé parce que certes, c’était moi qui l’avais défoncée à la hache, la Barrière, mais bon normalement ce truc magique là se reconstitue tout seul, de la même manière qu’il apparaît. Et que par conséquent, l’irruption de cet homme dans mon monde personnel, alors qu’il était censé rester sagement dans mon monde professionnel, le fait qu’il soit là, à attendre ses petits comme moi, le mettait en parallèle de moi (et mes proches) et non plus «de l’autre côté de la Barrière». Et ça, si c’est pas la preuve que «tu vois le truc qui t’a l’air solide et sur lequel tu prends appui, quand tu penches la tête vers le précipice du malheur / de l’horreur / de la maladie / de la mort, ben tu vois, il est un peu bidon ton truc qui a l’air solide». Ouais ça m’a rudement foutu la frousse.

Je me demande comment font mes confrères généralistes, en particulier en milieu rural, par rapport à cette mise à distance, ou appelez ça comme vous voulez, que j’appelle Barrière. Comment ils gèrent son absence pré-existante, quand ils connaissent le patient depuis toujours, en civil. Comment ils gèrent son explosion lorsqu’ils en avaient bâti une. Je veux bien qu’ils me l’expliquent. Histoire de leur piquer quelques trucs.

Ce jour-là, auprès de ces enfants, j’ai choisi de rompre la Barrière. Même au summum du passage froussard post-croisage de leur père à l’école, je ne l’ai pas regretté. C’était un choix.

Quand la Barrière explose, sans que mon subconscient n’ait été consulté, c’est autre chose …*

* Teasing discret comme un camion.

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11 commentaires pour La Barrière – 1

  1. JeeP dit :

    «mes propres rhumes / bronchites» «Je ne suis jamais malade» : je trouve ça amusant, parce que ça exprime la distance entre la vision que les patients peuvent avoir, et la réalité. Et c’est source de bien des incompréhensions. Beaucoup de choses iraient nettement mieux si on arrivait à éduquer nos patients pour qu’ils arrêtent de considérer un rhume comme une maladie et un motif de consultation nécessitant une prescription. Un autre aspect de la barrière?

    • docadrenaline dit :

      Oui, clairement.
      Un bon exemple est ma meilleure amie (encore elle). Régulièrement, elle se disait (à mon oreille) malade, « pas bien », lors de rhumes, etc. Il se trouve qu’elle a une forme plus que latente d’asthme intermittent léger (et encore… elle a du tousser 3 fois et éternuer une dizaine de fois… enfin pour elle on est proche de la maladie grave).
      Un jour, elle m’a envoyé un texto pour me dire que ça n’allait pas du tout, qu’elle n’arrivait pas à respirer, qu’elle étouffait, …
      J’ai été super inquiète.
      Quand j’ai pu la contacter, il s’est avéré qu’elle avait le nez bouché, par un simple rhume, ni plus, ni moins.
      J’ai un peu pété les câbles. Dans « mon » monde d’urgentiste qui a l’habitude de voir des patients dyspnéiques du type schtroumpfs, ce n’est pas être gêné pour respirer. C’est avoir le nez qui coule, relancer contre son gré l’industrie du kleenex, mais certainement pas « s’étouffer ».
      Bon du coup elle a cessé de me dire qu’elle agonisait quand elle est enrhumée. Elle me contacte « médicalement » pour des choses qui le justifient un peu plus. Heureusement après examens se sont révélées non graves.
      Je peux admettre qu’une simple gastro soit par contre beaucoup plus « handicapante », et qu’il soit compliqué d’aller bosser avec. Pas super pratique quand on se vide.
      Il se trouve que je n’en ai jamais, et mes gamines non plus. Même pas un peu. Malgré les nombreuses vagues épidémiques. Tant mieux !

  2. coco dit :

    j’ai souris en voyant le titre de ce nouveau post dans la mesure où je pensais en écrire un « de l’autre côté… » de la barrière sur mon blog…
    moi non plus jamais malade sauf hier petite intervention « truc-de-fille »
    une autre façon de faire exploser la barrière…
    j’attends la suite de « ta » barrière en attendant d’écrire « ma » barrière!

    @lamèreCoco

  3. Elisa dit :

    Bonjour,

    si je vous ennuie dites le moi j’arrêterai de mettre des commentaires sur votre blog.
    La barrière entre médecin et malade est quelque chose que l’on vit des deux côtés, rien que l’utilisation du titre universitaire « docteur » pour désigner les médecins est symptomatique du besoin/nécessité que semble avoir les médecins de cette barrière.
    Dans l’histoire que vous racontez, il vous a semblé avoir fait tomber la barrière en vous occupant des enfants de ce monsieur, il vous a semblé que vous n’étiez plus dans une posture de médecin mais dans celle d’une maman qui essaie d’aider de jeunes enfants à affronter la déficience de l’adulte qui devrait être leur référence.
    Vous ne leur avez pas prodigué les soins qu’un médecin urgentiste prodigue dans situation de détresse vitale mais de mon point de vue vous leur avez apporté ce dont il avait besoin à ce moment là. L’aide psychologique dont a besoin le père devrait peut être faite par un médecin aussi.
    Peut être que les médecins qui ont tant besoin de barrière ne sont pas si clairs avec ce qu’ils sont capables d’apporter aux gens qu’ils soignent, avec la barrière pas de question, quelques mots compliqués un peu de condescendance et emballé c’est pesé (c’est ce que je ressens face à certains médecins, je les quitte ceux là).
    Votre malaise lorsque vous rencontrez le père des enfants hors situation de soin, en situation normale accompagnant ses enfants à la sortie de l’école donc dans une situation équilibrée illustre peut être que vous ne pouvez voir les gens que vous avez soigné que sous un seul angle, celui du soigné, que vous n’avez pas si bien séparé la vie pro et la vie perso.
    Je pense aux médecins du travail de mon établissement, ils ont trois alors que dans mon entreprise tout le monde se tutoie, eux ne le font pas, sauf un, la barrière…

    Très cordialement

    • docadrenaline dit :

      Élisa,
      Non vous ne m’ennuyez pas ! Vos commentaires, comme tous, sont les bienvenus, quels qu’ils soient. Je l’ai déjà dit, ce blog est ouvert, c’est un choix.
      J’avoue être encore un peu sur la défensive lorsque je vous réponds. Je me connais assez pour savoir que ça va passer.
      Je m’étais sentie agressée par vos premiers commentaires. Globalement, dans la vie, je crois que l’agressivité n’est que le maquillage de ce qu’elle cache. La connerie, l’incompétence, mais aussi souvent la souffrance et le désarroi. Ça fait partie de mon taf de la prendre en pleine gueule, sans sourciller. D’y faire même front, sans pour autant y répondre, afin d’en protéger mes patients et mes équipes. (D’ailleurs, au sujet du « mes » équipes, ça me fait penser qu’en définitive je n’ai pas publié de réponse à votre commentaire de « Cher confrère« . Il faut que je reprenne l’ébauche que j’avais commencé à taper pour étayer quelle était ma pensée en utilisant le possessif. Je n’aurai pas le temps ce soir, mais je me le mets sur l’oreille.) Sauf que là, sur ce blog, même si j’y parle boulot, je me livre un peu, exposant mon coeur. Je n’attends pas, en réponse aux propos que j’y tiens, que des caresses dans le sens du poil et autres félicitations. Je crois que ce qui a participé à ce que je me sente de la sorte personnellement agressée, en dehors de votre ton qui, je vous le dis, avait quelque chose de violent, c’est que vos commentaires précédents sont peut être tombés au mauvais moment, à un nadir de vulnérabilité.
      Bref, j’ai cru enfin comprendre que vous ne vous vouliez pas agressive envers ma petite personne.

      Donc pour répondre à votre commentaire de ce jour :
      Ce n’est pas en étant humaine, maternante, ou que sais-je que j’ai fait péter la barrière. Ça aussi, c’est une facette du boulot. C’est en dévoilant à ces enfants que mon propre enfant allait dans la même école qu’eux. Ça, c’est une effraction de la barrière.
      Ce que vous dites à propos du malaise que j’ai ressenti devant l’école n’est qu’une reformulation de la pensée que j’en ai. Les malades sont dans l’autre monde, pas celui de mes enfants ni de moi. J’ai une sorte de pensée magique (bien confortée par le peu d’écrits nécessaires dans le carnet de santé de mes enfants) qui est que je suis docteur, pas malade, et que « les bouts de moi » auxquels je tiens encore plus qu’à moi (vous savez comme c’est d’être mère), ne peuvent pas être malades non plus, puisqu’ils sont du « bon » coté de la barrière. Et je sais que c’est de la pensée magique bidon, mais étant donné que je pense rationnellement qu’elle est utile autant à mes patients qu’à mes enfants, d’autant plus qu’elle n’est pas dogmatiquement inaliénable, je la respecte et ne cherche pas à l’ébranler.

      Élisa, je ne suis pas la meuf parfaite, je ne l’ai jamais revendiqué. Et encore moins le médecin parfait.
      Je fais du mieux que je peux, de tout mon coeur, avec sincérité.
      Je fournis probablement même plus d’efforts pour être « meilleure » techniquement, éthiquement, humainement, pédagogiquement, (…) bref professionnellement, que je n’en fais dans ma vie personnelle.
      En civil, je me sens le droit d’être humaine. Professionnellement, je sais que je le suis, je sais que j’en ai le droit, mais j’estime que mes patients, leurs proches, mes collègues, mes étudiants, etc., sont eux en droit d’attendre que cela ne constitue pas une excuse facile.
      J’ai le droit de ne pas savoir, de ne pas savoir faire, de ne pas savoir être, parfois. Ça tombe bien parce que ça m’arrive. Il est même essentiel que je sache que c’est le cas, pour permettre à d’autres de combler ces manques auprès de ceux auxquels je ne peux pas le faire. Ça ne change rien au fait que je m’efforce quotidiennement de mieux être médecin. Je ne compte atteindre aucune perfection, mais j’y travaille quand même. Ça fait partie du taf, à mon sens.
      A bientôt, Élisa.

      • Elisa dit :

        Dans vos articles et surtout vos commentaires je sens beaucoup de sincérité ( ce qui ne suffit pas à être un bon médecin mais c’est une condition nécessaire), vous devez surement être un super médecin. Il me semble que vous êtes plutot jeune, donc plein de temps pour vous améliorez.

      • docadrenaline dit :

        Je suis sincère dans tout ce que j’écris ici. Je vais pas commencer à me compliquer la vie à réfléchir à ce que je dis, l’enjoliver ou mentir ! Entre le boulot, la maison, les enfants, … j’ai autre chose à faire et ça ne m’apporterait pas grand chose étant donné l’anonymat du blog.
        J’écris en « one-shot », ce qui explique ma cadence (parait-il grande) de publication. Si j’ai le temps, et que ça me prend d’avoir un truc à raconter, je fais un billet.
        Pour les réponses aux commentaires, et bien je les poste quand j’ai la possibilité technique de le faire (ma réponse précédente était trop longue pour être tapée d’un téléphone, donc fallait que j’ai l’ordi sous la main, ce qui n’est pas possible ni au boulot, ni occupée familialement).
        Oui je suis jeune, et je tache de le rester intellectuellement (j’applique quotidiennement une crème anti-rides cérébrale) tout en prenant aussi toute l’expérience que la vie, le taf, et les autres peuvent m’apporter. Mais garder un peu de fraîcheur, « la foi » dans ce que je fais, je crois que c’est important, ne serait-ce que pour tenir le coup. Je me méfie de l’écueil qui consiste à ne même plus voir la personne qui souffrait derrière le énième suicidé défiguré, qui pourtant constitue une autoprotection (voir « Le tunnel« ). Je suis jeune mais pas tant que ça non plus…
        Quant à être un super médecin, ouais, bof … Ça dépend des instants. Y’a des moments où je me donnerais des coups de pied au cul à moi même, si c’était techniquement faisable.
        En tous cas il ne m’appartient pas d’en juger.

        Bonne soirée !

  4. Radéchan dit :

    Réponse d’un médecin de village, installé dans le village qu’il habite, avec ses enfants dans l’école du village, toussa.
    Cette « barrière » est indispensable si on veut garder son équilibre mental, et faire du bon travail, donc réfléchir avec sa tête et pas son utérus ou son cœur.
    Ma femme, installée avec moi, a fini par craquer parce qu’elle ne l’avait pas du tout développée : tutoyait ses patients, les accompagnait gratuitement lors des expertises, dépannait tout le monde de n’importe quoi (le Levothyrox de la mère de la patiente, la pilule de sa fille, les gouttes pour les yeux de son chien etc) et a fini par tout envoyé balader quasi du jour au lendemain avec un grande colère contre elle-même et tous les patients. Elle n’a plus aucun contact avec ses anciens patients, et les évite si elle les croise en grande surface etc.
    Pour ma part, je suis d’une extrême politesse, jamais de familiarités, de plaisanterie, je vouvoie tout le monde, des ados aux vieux, je ne fais aucun acte gratuit, je fais tout sérieusement, et quand je ferme le bureau, je ne suis plus généraliste mais monsieur tout le monde. Exemple, je chante dans une chorale avec des patients que je tutoie, je fais la bise, je plaisante, puis en consultation je serre la main et je vouvoie. Si besoin, j’explique que pour faire le boulot il faut une distance qui garantit le respect et le bon soin si un de ces patient(e)s me tutoyait. Bon courage.

  5. Yem dit :

    Merci de me donner l’opportunité de réfléchir à une des raisons qui jusque là me retiennent de m’installer et même de remplacer dans mon propre village. J’ai peur de me retrouver comme l’épouse de Radéchan, submergée par trop de proximité, ce qui au fond n’est pas mon temparément. A l’inverse de toi, une fois la journée finie, je ne suis pas médecin-cheval mais plutôt médecin-paresseux-j’ai-déjà-tout-donné-fichez-moi-la-paix. Et je ne me sens pas capable non plus de faire la bise à quequ’un à la fête du village que je vais vouvoyer le lendemain. L’équilibre à trpouver est différent pour chacun de nous. Aujourd’hui je m’en tiens à retrouver avec plaisir des patients d’une consultation sur l’autre et quand je les croise au supermarché, je les salue et j’évite les « ça va mieux parrc »e que j’ai une grande faculté pour oublier noms et motifs si je n’ai pas les dossiers sous les yeux. La barrière est présente et elle me rassure, je pense qu’elle rend mon empathie plus objective… Je n’ai pas encore lu la barrière-2, mais j’ai hâte!

  6. Ping : frère et soeur | ni Sorcière ni Fée

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